On apprend la dissolution des Mouvements de la Terre, prise par décret en conseil des Ministres. A lire cet article de Médiapart, on en arrive à se demander si l'intelligence artificielle, très à la mode dans les informations, n'a pas été conçue pour servir de prothèse aux hommes politiques qui soutiennent ce genre de décision !
En effet, l'opposition aux bassines, qui a été le détonateur permettant de s'attaquer à un mouvement de préservation de l'environnement accusé par le Ministre de l'intérieur "d'écoterrorisme" (un abus de langage qui n'a aucun fondement juridique), se révèle, au fil de l'actualité et des rapports publiés sur le sujet, très bien argumentée. Une étude récente dénonce une gestion aberrante de la ressource en eau : sur les onze "unités de gestion" comprenant une ou plusieurs de ces mégabassines, trois ne peuvent tout simplement pas être remplies du fait d'une pénurie d'eau sur le bassin non anticipée par les pouvoirs publics. Deux autres unités peuvent être remplies, mais au détriment de la distribution de l'eau pour les autres usages. Enfin, même dans les bassins où le remplissage est possible se pose la question d'un partage inéquitable de l'eau au profit d'agriculteurs irrigants, qui représentent 9% des exploitations. Aux scientifiques qui pointent la réalité d'une pénurie d'eau, le Préfet et la chambre d'agriculture de la Vienne ne savent opposer qu'un déni non-argumenté et un refus de débattre.
Il suffit pourtant de regarder autour de nous pour constater les dégâts provoqués par cette absence totale de gestion de la ressource hydrique, avec l'exemple de l'Espagne - aujourd'hui en voie de désertification - qui a puisé sans retenue dans ses ressources hydriques pour pourvoir en eau son agriculture intensive. Et c'est le fait que nos autorités soient en voie de reproduire ce modèle désastreux qui donne aux oppositions citoyennes le devoir de s'exprimer. Si l'on évoque également les lenteurs de la Justice, dont les failles ont permis la construction illégale de bassines en Charente Maritime, peut-on encore se prétendre dans un état de droit ?
Sous les mandats d'Emmanuel Macron, fait remarquer Jade Lindgaard, "les dissolutions administratives se sont succédées à un rythme inédit sous la Ve République". Cette phrase résume à elle seule la dérive autoritaire de ce Gouvernement minoritaire à l'Assemblée qui s'arroge le pouvoir de dissoudre par décret un mouvement écologiste. Nous ne sommes pourtant pas dans une de ces périodes tumultueuses marquées par la décolonisation, par la guerre d'Algérie et les crimes de l'OAS, par la révolte de Mai 68, où des groupes terroristes d'extrême gauche sévissaient en France (assassinat de Georges Besse) en Italie (assassinat d'Aldo Moro) et en Allemagne (en 22 ans, 33 assassinats par la Fraction Armée Rouge). Nos prétendus "écoterroristes" n'ont rien fait de tout cela et ceux qui se font l'écho de ces outrances verbales ne savent tout simplement pas de quoi ils parlent : nous sommes seulement dans une période où face à la violence exercée par les riches sur l'environnement, les citoyens qui disent des choses raisonnables ne sont même pas écoutés ! Que cela aboutisse à la désobéissance civile n'a rien d'étonnant lorsque les autres moyens de se faire entendre sont inopérants. Que ces mouvements de désobéissance civile génèrent des débordements - auxquels pourtant ceux de la flicaille motorisée n'ont rien à envier comme il a été constaté récemment à Sainte Soline - n'a non plus rien d'étonnant. Mais, comme dit le proverbe, "qui veut noyer son chien l'accuse de la rage". Et c'est exactement la devise de ce Gouvernement, qui saisit le prétexte de ces violences pour les attribuer à l'ensemble des militants d'un mouvement et promulguer un décret de dissolution arbitraire.
L'affaire n'en restera pas là : pour les avocats des soulèvements de la terre, cette tentative de dissolution n'a aucune base juridique solide. Tous les soutiens au recours déposé par le mouvement devant le conseil d'état doivent s'exprimer, car c'est l'existence même de la vie associative qui est l'enjeu de ce combat.
Billet de blog 22 juin 2023
Mouvements de la terre : vouloir dissoudre la révolte
"Contresens historique", nous dit Jade Lindgaard, journaliste à Médiapart, à propos de la dissolution des "Mouvements de la Terre". En effet, c'est vouloir traiter les effets et non la cause, c'est casser le thermomètre pour occulter la fièvre. C'est comme si Louis XVI avait voulu dissoudre la Révolution. En un mot, bienvenue en Absurdie !
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