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Billet de blog 26 sept. 2018

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Les déboires du Grand Paris

Le Grand Paris, c'est la construction de plusieurs lignes RER destinées à désengorger les transports en commun souvent saturés et à favoriser la mobilité dans des zones mal desservies par le réseau actuel. La gestion du projet a été confiée à la Société du Grand Paris (SGP), créée par l’État en 2010.

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La Cour des Comptes s'est récemment  intéressée à cette gestion et a fourni en janvier un rapport au vitriol : c'est un projet dont "les coûts ne cessent de dériver" : L'objectif avait été initialement (2013) fixé par le Gouvernement à 22 milliards d'euro. Une première dérive (28 milliards)  avait été constatée au printemps 2017 par la SGP elle même,  qui, en janvier 2018, révise encore sa copie pour parler en janvier 2018  de 38.5 milliards, soit une dérive de près de 10 milliards d'euro en moins d'un an !!! La Cour des Comptes parle "d'études initiales très fragiles", d'un calendrier très ambitieux de mise en service intégrant l'échéance des Jeux Olympiques de 2024, qui contribue encore à renchérir les coûts, de financements incertains. C'est purement et simplement la soutenabilité économique du projet qui est en cause.

Le calendrier de réalisation, qui prévoyait initialement une mise en service échelonnée entre 2020 et 2030, a été réduite du fait de l'échéance des jeux olympiques, ce qui fait dire au rapport : "Le réalisme de ce nouveau calendrier (...) apparait très discutable. Il pose la question de la capacité d'absorption du marché européen des travaux publics (...) et d'un possible renchérissement des prestations". Car ni le nombre des machines à utiliser, ni la main d’œuvre, ne sont extensibles. En clair, cela signifie qu'il y a un facteur limitant du côté des opérateurs, engendrant une concurrence entre les projets qui pourrait elle aussi faire exploser les coûts.

Dans un projet de cette ampleur, il est inévitable que la réalisation se heurte à des difficultés techniques imprévues. Ainsi en est-il de la ligne 15 Sud, bloquée à Saint Maur. Ces difficultés, elles aussi, retardent les projets et créent des surcoûts non-maitrisés.

Il y a aussi la question de l'endettement, évoqué par la cour des comptes : celui-ci, selon les dernières révisions des coûts, générerait un montant des frais financiers de près de 134 milliards d'euros. Les échéances de  remboursement complet de la dette, fixées au départ à 2059, passeraient à 2084, voire au delà de 2100 en cas de baisse du rendement des taxes fiscales, d'augmentation des taux d'intérêt et de l'indice du coût de la construction. Cette dette pourrait même ne jamais être remboursée. Le rapport de la Cour des Comptes précise : « le classement de la SGP dans le sous-secteur des administrations publiques en comptabilité nationale a pour effet de classer son déficit en déficit public et l’encours de sa dette en dette publique ». Ce qui signifie que, de la même façon que la dette de la SNCF a été réintégrée dans la dette publique, l'opération Grand Paris se révèle à haut risque pour les finances de L’État.

La Cour des Comptes invite les pouvoirs publics à prendre leurs responsabilités  : «La soutenabilité du projet doit être préservée par l’État, ce qui nécessite une révision du périmètre du projet et de son phasage, faute de quoi il serait contraint d’affecter à l’établissement de nouvelles recettes. » Cela implique la modification d'un calendrier devenu insoutenable - c'est à dire un allongement de la durée des travaux - et une modification du périmètre du projet - c'est à dire la suppression de certains tronçons.

Concernant le calendrier, les décisions du Gouvernement ont été révélées au cours d'une conférence de presse du 22 février : deux priorités ont été fixées : la réalisation des lignes utiles au plus grand nombre de franciliens et l'accessibilité des sites olympiques. Sont concernés essentiellement le tronçon commun entre la ligne 16 et la ligne 17 (voir plan en fin d'article), la ligne 14 et la ligne 15 Sud. Le Grand Paris prévoit de mobiliser l'ensemble des moyens sur ces lignes, causant un report des autres lignes, voire un abandon de la ligne 18.

Il serait logique que la définition d'un nouveau périmètre se fasse également en termes d'utilité pour la population. On pense à la ligne 17, qui se justifie jusqu'au Bourget et dessert ensuite des zones non-habitées, dont une gare "en plein champ" destinée à desservir le futur complexe Europacity, au prix d'un détournement. L'abandon de cette portion de ligne et, par conséquent, du projet EuropaCity (ce qu'il n'y aurait pas lieu de déplorer) permettrait d'économiser le milliard d'euro que coûterait le détournement et la gare.

L'abandon d'EuropaCity serait pour beaucoup un point positif, mais il n'y aurait pas lieu d'en être satisfait : je vivais à Montréal en 1976 et me rappelle la gabegie des Jeux Olympiques, qui ont été un modèle du genre en termes de dérapage du budget. Jusqu'en 2006, les montréalais pouvaient encore dire "Merci monsieur Drapeau" (à l'époque maire de la ville), car ils n'avaient pas encore fini de payer leurs jeux. L'éventualité des mêmes dérapages en France serait inacceptable dans un contexte qui renforcerait encore l'austérité que nous subissons, en jouant toujours sur la même variable d'ajustement, les dépenses sociales. Mais il y a un risque réel et il est dû à la gestion très approximative (euphémisme !) de la SGP.

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