Lettre ouverte au maire de Gonesse, à propos d'EuropaCity

A l'occasion de la troisième fête des terres de Gonesse, le maire de Gonesse a cru bon d'interpeller les intervenants sollicités par le CPTG, pour leur expliquer à quel point "ils se trompent de combat". Ici, une réponse à sa lettre.

Monsieur le Maire

Plusieurs intervenants à la fête des terres de Gonesse n'ont pas apprécié la lettre que vous leur avez envoyée à propos d'EuropaCity (ici en pièce jointe). En effet, beaucoup n'aiment pas votre prétention à avoir raison sur toute la ligne, que vous exprimez si facilement en termes méprisants pour des opposants à EuropaCity qui se battent pour leur conviction, en contradiction avec le respect que, dans votre conclusion, vous dites leur porter.  Et votre qualité "d'ancien député frondeur" dont vous vous targuez dans cette même conclusion ne vous autorise nullement à faire la leçon à d'autres : les soi-disant "frondeurs" du parti socialiste, ayant refusé d'aller jusqu'au bout de leur opposition à l'emploi abusif de l'article 49-3 par le vote d'une motion de censure, n'ont aucune crédibilité !

A vous lire, EuropaCity, que vous vantez comme "exemplaire sur le plan écologique", est le projet vert de ce siècle débutant. Ce panégyrique  démontre surtout une incroyable myopie, car c'est oublier le rapport des inCOPruptibles, que vous vous gardez bien de mentionner : selon lui, les études d'impact écologique sont tronquées, car elles ne tiennent aucun compte de l'empreinte carbone des déplacements en avion, que l'on peut estimer, si les prétentions du promoteur à amener 31 millions de visiteurs par an (deux fois plus qu'EuroDisney !) deviennent réalité, à la moitié d'entre eux. Sans cet apport, le projet n'est pas économiquement viable et le risque que dans dix ans ou même moins, vous ayez créé par votre obstination une nouvelle friche commerciale, est loin d'être exclu. Or on sait aujourd'hui que les déplacements par avion représentent une part importante du bilan carbone global du transport, à tel point que la revue Alternatives Economiques pose ce mois-ci la question "faut-il encore prendre l'avion" ? Les jugements du Tribunal Administratif, qui, jusqu'à maintenant, vous ont été défavorables sont d'ailleurs motivés par l'absence d'études sérieuses sur l'impact écologique du projet. Alors, quelles que soient les caractéristiques du projet que vous vantez abondamment, vous méconnaissez l'essentiel. Regardez par votre fenêtre : vous y verrez, au-delà de votre territoire de Gonesse, les jeunes mobilisés par la lutte pour un réchauffement climatique que votre projet contribue à aggraver, vous y verrez aussi un mouvement en Suède qui prône la préférence pour le transport ferroviaire.

Un autre point que méconnait complètement votre missive, c'est l'impact du surcroit de déplacements automobiles liés au projet. Un rapport sur l'aménagement du territoire souligne  "le risque de bloquer complètement l'autoroute A1".  Cela pourrait augmenter de façon significative le temps de déplacement entre Paris et l'aéroport Charles de Gaulle et, par voie de conséquence, la pollution liée à ces déplacements. Alors quand vous proclamez que "ce développement nécessaire ne peut se réaliser au détriment de l'environnement", cette belle déclaration d'intention ne tient aucun compte des réalités.

D'ailleurs, le projet d'aménagement du triangle de Gonesse - qui, rappelons-le, inclut également un centre d'affaires - ne fait-il pas double emploi avec ce qui existe déjà ? Une simple promenade dans la zone de Paris Nord 2, dont les locaux sont loin d'être tous occupés, devrait vous apporter la réponse. Quant à EuropaCity lui-même, rappelons que deux parcs d'attraction existent déjà dans la région (Astérix et EuroDisney). Le projet "qui n'est pas un centre commercial", comportera tout de même des commerces "sans caddies" qui seront probablement des boutiques de luxe, auxquelles celles du terminal T4 en projet feront aussi concurrence. Il serait temps, comme le préconise Chantal Jouanno, d'arrêter de "saucissonner" et d'organiser une consultation nationale qui prenne en compte tous les projets "sur le feu" en Ile de France pour mettre fin à cette anarchie d'aménagement du territoire qui fait que chacun bétonne dans son coin. Contrairement à ce que vous affirmez, monsieur le Maire, les projets comme EuropaCity ne concernent pas uniquement les Gonessiens, mais l'ensemble de la région Ile-de-France. 

Monsieur le Maire, si vous voulez être crédible, ne commencez pas par asséner des contre-vérités évidentes : plusieurs d'entre nous ont déjà accédé au site où ont lieu nos fêtes des terres de Gonesse en prenant le bus depuis la gare de RER parc des expositions (sur Paris Nord 2) jusqu'à la fontaine Cypierre qui continue ensuite vers le centre-ville. Il est donc possible, en prenant cette ligne en sens inverse, d'accéder au RER B sans passer par Paris. Gonesse n'est donc pas plus enclavé que beaucoup d'autres communes du  Val-d'Oise et il n'est pas complètement absurde de penser que la gare "en plein champ" des terres de Gonesse servira essentiellement à desservir EuropaCity.

Enfin, les promesses d'emploi : les annales en comportent un certain nombre (EuroDisney, Aéroville...) qui n'ont pas été tenues et il conviendrait de se montrer beaucoup plus méfiant que vous l'êtes sur les promesses d'EuropaCity. La situation financière du groupe Auchan devrait d'ailleurs vous inciter à plus de prudence concernant la faisabilité de ces créations d'emploi et surtout leur pérennité : L'exemple tout récent de GE, qui avait promis de maintenir l'emploi en France pour finalement en supprimer 1000 à Belfort montre bien qu'aucun Gouvernement - et à plus forte raison aucune commune - ne maîtrisera jamais les conditions qui permettraient de maintenir des emplois pérennes. De ce point de vue, c'est une politique de Gribouille que de privilégier de fallacieuses promesses d'emploi sans tenir compte des effets secondaires.
Les concepteurs du projet d'économie circulaire CARMA (auquel vous concédez généreusement 400 hectares au nord du triangle dont nous avons cru comprendre, à entendre une "étude" que vous avez produite au cours de l'audience d'annulation du PLU, qu'une partie était sur la commune de Roissy), sont beaucoup plus prudents sur le nombre d'emplois créés et évitent les promesses mirifiques, ce qui vous permet d'affirmer gratuitement qu'ils n'en créeront pas plus de 50.

Enfin, permettez-nous de vous poser une question : si votre projet de PLU aboutit, à quel prix seront rachetés les terrains agricoles à leurs propriétaires et à quel prix seront-ils revendus à EuropaCity ? Une réponse en toute transparence à cette question aiderait chacun à savoir si, oui ou non, tout l'ensemble de l'affaire n'est pas, avant toute chose, une opération de spéculation immobilière.

 

LA LETTRE DE JEAN-PIERRE BLAZY, MAIRE DE GONESSE

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