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Billet de blog 3 avr. 2021

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Urgence climatique absolue

Nos élus, qui discutent en ce moment même une dérisoire loi climat qui ne répond pas à l'urgence, n'ont mesuré ni l'ampleur, ni les conséquences de l'emballement du réchauffement climatique. Mais, nous-mêmes, sommes-nous prêts à accepter les bouleversements de nos modes de vie induits par une véritable action contre la crise climatique ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le climatologue Christophe Cassou sonne l'alarme pour Reporterre : 2020 a égalé le record de température globale de 2016. Ce réchauffement climatique « naturel », du à un réchauffement inhabituel de l'eau dans la partie Est de l'océan pacifique, affecte à la hausse les températures globales. Or si en 2016, ce phénomène, appelé El Nino, était présent avec une intensité inhabituelle, le record de 2020 s'est fait sans sa contribution. On peut donc penser que le réchauffement climatique d'origine humaine s'est accru entre les deux années et que la baisse des émissions de gaz à effet de serre liée à l'activité ralentie en raison du COVID 19 n'a pas contribué à atténuer la hausse des températures.

Incendies en Australie : les leçons qu'on devrait en tirer

L'Australie est un « laboratoire » qui permet d'apprécier en réel les effets du réchauffement climatique : depuis plusieurs années, ce pays-continent est sujet à des vagues de chaleur récurrentes entraînant des feux de forêt intenses et étendus. Là encore, malgré l'absence d'El Nino, le thermomètre est monté en 2019 jusqu'à +44°C à Camberra et a frôlé les 50°C à Sidney.
Le 18 janvier 2020, dans un article titré « l'avertissement australien », le journal Le Monde faisait état de 80 000 km2 de forêts détruites par le feu, soit une surface équivalente à celle de l'Irlande. Et un phénomène rend ces incendies encore plus immaîtrisables : celui des « orages de feu », qui contribuent à l'auto-entretien du cataclysme : l'ascension rapide de l'air chaud des incendies génère des orages violents dans la haute atmosphère. Ces orages, qui ont la particularité de ne pas s'accompagner de pluie, vont provoquer de nouveaux départs de feu, sans qu'il y ait besoin de pyromanes (on n'arrête pas le progrès !). C'est ce cercle vicieux qui explique la persistance et l'étendue de ces incendies, ainsi que leur caractère immaîtrisable. Et le climatologue Christophe Cassou mentionne un autre cercle vicieux : « la sécheresse renforce la chaleur qui, à son tour, assèche encore davantage ». « En 2019 et 2020, c’était en Australie et en Sibérie, mais ces événements peuvent se produire n’importe où ». Y compris en Europe Occidentale, qui se réchauffe plus vite que ne le laissaient prévoir les modélisations : la fréquence des jours caniculaires y a triplé depuis 1950 et celle des jours de grand froid a diminué d'un facteur de 2 à 3, avec un accroissement des températures des uns et des autres (+2,3 à 3°).

Une gestion désastreuse des ressources hydriques

Les sécheresses récurrentes ne sont que l'aspect extérieur du grave problème des ressources en eau qui se posera dans un avenir proche. Il n'y a plus besoin d'aller sur la banquise pour constater la fonte des glaces, sous l'effet du réchauffement climatique : il suffit de se rendre sur la Mer de Glace, le plus grand glacier de France qui domine Chamonix. Deux photos, l'une prise en 1909 et l'autre en 2015, confirment ce recul du glacier, ainsi que des névés des montagnes qui le dominent. La fonte des glaces s'accélère : les Échos nous apprennent que le glacier a perdu plus de trois mètres d'épaisseur en un an, contre un mètre les années précédentes.

La fonte des glaces concerne les glaciers du monde entier (Islande, Himalaya...) et, plus proche de nous,  les alpes suisses, qui méritent le nom de « château d'eau » de l'Europe, car l'eau venue de ses glaciers alimentent quatre grands bassins hydrographiques (Rhin, Rhône, Po, Danube), avec des conséquences majeures sur les capacités de stockage des lacs artificiels - c'est à dire sur la capacité de production hydroélectrique - et les débits des fleuves.

L'exemple du Rhône illustre les conséquences que pourraient avoir le dérèglement de l'hydrologie provoqué par le réchauffement climatique : la modélisation selon deux scénarios, respectivement augmentation de 2°  (voir ci-dessus courbe B2) et de 5° (courbe A2) donne les résultats décrits sur le graphique ci dessus : dans les deux cas, la quantité d'eau qui s'écoule sur les 12 mois - qui peut mathématiquement s'exprimer par la surface sous ces courbes de débit - est profondément diminuée, ce qui signifie que même en cas de respect des accords de Paris, nous aurons à faire face à de graves problèmes. Cette diminution des débits pourrait, entre autres, affecter le fonctionnement des centrales nucléaires (il y en a cinq dans la vallée du Rhône), avec des risques lourds de conséquences sur leur sécurité, mais cela n'empêche pas Macron, à qui les leçons de Tchernobyl et de Fukushima ne semblent pas avoir suffi, de proclamer que le nucléaire « est notre avenir environnemental et écologique ».

Mais déjà, c'est tout le cycle naturel de l'eau qui se trouve en partie interrompu par les activités humaines : prélèvements excessifs pour l'agriculture intensive qui réduisent le débit des fleuves (exemple du Tage espagnol),  création de bassins de rétention d'eau (lacs artificiels et réservoirs) dont les variations saisonnières se révèlent quatre fois plus importantes que celle des lacs naturels. Il y a aussi les altérations qui impactent les nappes phréatiques :  assèchement par pompages excessifs, pollution (pesticides, gaz de schiste obtenus par fracturation) ou salinisation, tout concourt à un effondrement des ressources hydriques dans les années à venir.
L'eau devient rare et comme tout ce qui est rare est cher, elle n'est plus un bien commun, elle est accaparée par ceux-là mêmes dont les activités sont la cause de sa raréfaction.

Il est peut-être déjà trop tard

La concentration en  CO2 n'a jamais été aussi élevée dans l'atmosphère terrestre, aujourd'hui largement au dessus du seuil de 400 ppm, le point de non-retour fixé par les scientifiques. Selon Christophe Cassou, « la date de franchissement du seuil de 1,5°C qui est au cœur de l'accord de Paris arrivera certainement dix ans plus tôt que celle qui avait été évaluée dans les précédents rapports du GIEC ».  Nos élus, qui discutent en ce moment même une dérisoire loi climat qui ne répond d'aucune façon à l'urgence, n'ont mesuré ni l'ampleur, ni les conséquences de cet emballement du réchauffement climatique.
« Les forêts précèdent les hommes, les déserts les suivent ». Cette citation, attribuée (peut-être faussement) à Chateaubriand prend aujourd'hui des allures de prophétie. Sur la trajectoire actuelle, la France aura le climat du sud de la Tunisie avant la fin du siècle, avec les problèmes de désertification qui en résultent. Bien plus qu'un simple changement de nos habitudes, c'est la famine que nous préparons pour les générations futures. Mais, nous mêmes, sommes-nous prêts à accepter les bouleversements de nos modes de vie induits par une véritable action contre la crise climatique ?

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