Brésil: à droite toute, pour Dias Toffoli, ministre de la Cour Suprême

L'étreinte de José Antônio Dias Toffoli, chez lui, le 3 octobre, donnée à Bolsonaro scandalise les Brésiliens de progrès. Mais le journaliste Florestan Fernandes Júnior remonte la ligne du temps, court, de celui qui, conseiller juridique du PT, puis avocat général du gouvernement Lula, avant que ce dernier le nomme à la Cour suprême, avait, à petits pas, pris «un virage radical vers la droite»...

Dias Toffoli, chez lui, le 3 octobre au soir, avec Jair Bolsonaro © CNN Brasil Dias Toffoli, chez lui, le 3 octobre au soir, avec Jair Bolsonaro © CNN Brasil
Je n'ai vu aucune raison de trouver étrange l'abraço effusif de José Antônio Dias Toffoli à Jair Bolsonaro. L'ancien conseiller juridique du parti PT, né en 1967, et nommé avocat général (mars 2007/octobre 2009) du pays sous le gouvernement Lula par le président Lula, puis lorsqu'il a assumé le poste de ministre de la Cour suprême (STF), en octobre 2009, nommé par le même Lula, a pris congé de ses racines PT et, petit à petit, a pris un virage radical vers la droite.

Dès ses premières années en tant que ministre du STF, Dias Toffoli a contacté le ministre expérimenté Gilmar Mendes, qui a un historique de penchant plus que prononcé pour le parti PSDB (droite modérée). Jeune et avec peu d'envergure juridique, Toffoli a appris à se mouvoir à la Cour, écoutant les conseils du « camarade » Gilmar Mendes. Ce n'est pas sans raison qu'il a accompagné ses collègues les plus conservateurs dans les décisions contre la défense d'ex-membres du PT, devant la Cour suprême.

En octobre 2012, Dias Toffoli a condamné pour corruption, dans l'affaire du « mensalão » le trésorier du PT Delúbio Soares et l'ancien président du PT, José Genoíno.

Mais le vote le plus emblématique viendra en mai 2018, lorsque le ministre a rejeté l'appel qui pouvait garantir la liberté de Lula. Une décision qui a exclu son ex-parrain de la course électorale présidentielle et qui, sans la répercussion des révélations Vaza Jato, [par le journal indépendant The Intercept Brasil] aurait pu laisser Lula moisir dans la cellule du siège de la police fédérale à Curitiba pendant de nombreuses années.

Quelques mois plus tard, le 1er octobre 2018, en pleine campagne électorale présidentielle, Toffoli a interdit une interview de Lula - préalablement autorisée par le ministre de la Cour suprême Ricardo Lewandowski - à moi-même et à Mônica Bergamo, pour les journaux El País et Folha de São Paulo. Un entretien d'une importance politique fondamentale, car il aurait donné à l'ex-président de la république la possibilité de dire à ses électeurs qu'il ne pouvait pas se présenter aux élections, et que le candidat à la vice-présidence, Fernando Haddad, serait le chef de file. Le droit de faire l'interview ne nous a été accordé que des mois après l'investiture de Jair Bolsonaro à la présidence de la République.

Mais c'est l'approximation de Toffoli avec l'armée qui a attiré l'attention de la communauté juridique nationale. Au début de son mandat de président du STF, il a nommé le général de réserve, Fernando Azevedo e Silva, comme conseiller. Avec la victoire de Bolsonaro, Fernando Azevedo e Silva a été nommé ministre de la Défense. En novembre 2018, Toffoli a alors nommé à sa place un autre général, Ajax Porto Pinheiro, comme conseiller spécial. Est-ce un hasard si ces deux soldats qui ont été employés au STF étaient des nominations faites par le général Eduardo Villas Bôas, l'un des principaux articulateurs de la campagne électorale du capitaine Jair Bolsonaro dans les forces armées...

En raison de cette courte histoire de l'ex-président (10/9/18-13/9/20) du STF, j'ai trouvé l'étreinte fraternelle de Bolsonaro à Toffoli, naturelle. C'est l'étreinte d'une amitié qui vient d'avant la campagne électorale de 2018. Une amitié qui permet même de rompre les protocoles. Qui ne se souvient pas de la scène de Bolsonaro, quand il a quitté le palais du Planalto à pied, accompagné de ministres et de chefs d'entreprise, en direction de la Cour suprême ? À l'époque, le 7 mai 2020, comme ce n'était pas à l'ordre du jour officiel de Toffoli, la sécurité de la Cour suprême et la cérémonie ont dû être organisées à la hâte.

Pour certains bolsonaristas historiques, liés à Olavo de Carvalho et révoltés par le choix récent du juge Kassio Nunes Marques, nommé par le bloc législatif du centre à l'assemblée nationale pour être le futur remplaçant, au STF, du bientôt retraité Celso de Mello, la rencontre de ce dimanche entre le président de la république et Dias Toffoli est inacceptable. Pour les radicaux de la droite brésilienne, c'est l'abraço des noyés.


Florestan Fernandes Júnior*
("Jornalistas pela democracia")

(*) FFJ est le fils de l'icônique Florestan Fernandes, père de la sociologie critique au Brésil et, à gauche, l'un des deux plus importants chercheurs en sciences humaines de toute l'histoire du Brésil moderne, avec Darcy Ribeiro, à qui il s'opposait)


Traduction manuelle de BF.

 

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