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Billet de blog 10 oct. 2021

Brésil: «Mon oncle Adélio Bispo n'était un opposant, en aucune manière, à Bolsonaro»

Jeferson Ramos est le neveu de l'auteur du possible vrai-faux attentat contre le candidat Bolsonaro, le 6/9/2018 à Juiz de Fora (MG), Adélio Bispo de Oliveira (1978). Jeferson avait accordé fin août 2021 un entretien video, publié ce 9/10/21, au journaliste auteur du doc «Bolsonaro e Adélio - Uma fakeada no coração do Brasil» lancé en septembre. Traduction d'extraits de ces révélations explosives.

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© TV 247 (via YouTube)

Joaquim de Carvalho : Quel souvenir avez-vous de votre oncle Adélio Bispo de Oliveira et quelle relation aviez-vous ?
Jeferson Ramos de Souza : Mon oncle a toujours été une référence pour nous. (...) L'ultime souvenir que j'ai de lui est de huit années en arrière. Je l'ai emmené dans une église évangélique que je fréquentais, à Montes Claros (MG), où il a défendu ses idées de l'époque (...) Il était contre l'idée de mariage LGBT (...) Ensuite nous ne l'avons plus revu jusqu'à la date du 6 septembre 2018, à la télévision.
- Joaquim : Ce type d'idées le rendait proche d'une revendication bolsonarista ?
- Jeferson : Je ne crois pas qu'il était un opposant à Bolsonaro, en aucune manière.
- Joaquim : Il était en faveur de la réduction de la majorité pénale ?
- Jeferson : C'est cela. Il a toujours été pour. Ses idéologies sont très similiaires [avec celles de Jair Bolsonaro].
- Joaquim : Donc, vous ne pouvez dire que Adélio était de gauche ?
- Jeferson : Non. Non. En question d'idéologie, cela n'a aucun sens qu'il soit de gauche. (...) Sur la question des droits de l'homme, il défendait toutes les mêmes idées [que Bolsonaro], oui.
- Joaquim : Quelle est votre analyse sur l'épisode du coup de couteau, à Juiz de Fora ?
- Jeferson : Durant une longue période, je me suis interrogé sur cet épisode (...) Mais de toute notre famille, l'unique personne que je n'aurai jamais imaginé faire cela, c'est lui. (...) A cette époque là, il était réellement avec des problèmes psychologiques. Il était dans une phase de vulnérabilité. (...) Mais ce coup de couteau laisse de nombreux doutes, beaucoup de doutes. Qui, malheureusement, seulement peuvent être ôtés par le seul et propre Adélio, qui malheureusement, jusqu'à aujourd'hui n'a pu être contacté par aucune personne de notre famille. (...) Quand [le 14 juin 2019] mon oncle a été transféré [à l'unité de soins psychiatriques] dans la prison [de haute sécurité] de Campo Grande, dans l'Etat du Mato Grosso do Sul, nous n'avons jamais pu avoir, dès lors, nous de la famille, aucun contact direct avec lui.
[Le 14 juin 2019, le juge fédéral Bruno de Souza Savino, de la ville de Juiz de Fora, a absous Adélio et a ordonné son placement dans l'unité de soins psychiatriques, interne à la prison de Campo Grande. Le 3 août 2021, la Cour suprême (STF) a décidé, à l'unanimité, lors d'une séance en video-conférence, de maintenir la décision qui confirmait la permanence de Adélio à la prison de Campo Grande.]
- Joaquim : La police a rencontré des documents dans le domicile de Adélio qui prouvent qu'il voulait prendre une assurance-vie, et il a écrit votre nom et celui de votre cousine, comme bénéficiaires de cette assurance sur la vie. Il a donc une famille et le savait bien. Comment peut-on expliquer que son tuteur soit son avocat, dont personne ne sait par qui il est payé et défrayé ? 
- Jeferson : C'est complexe. Adélio a pourtant une famille et un lieu où il sera toujours accueilli. Sa situation actuelle est inhumaine.
- Joaquim : Qu'avez-vous à dire sur la page du réseau social Facebook d'Adélio ? Qu'avez-vous observé ?
- Jeferson : Quand s'est produit l'incident à Juiz de Fora, je suis rentré dans sa page, et il était ... en ligne, en direct ! Et si je me souviens bien, j'étais «ami» de Adélio sur sa page. Quand j'ai vérifié, au même moment le 6 septembre 2018, si c'était toujours le cas, je n'y étais plus, là, son «ami». De notre famille, la seule personne en lien avec Adélio sur le réseau Facebook était mon frère, qui a l'époque a subi de nombreuses représailles, des menaces de mort, etc. Car il était lié à la page Facebook de mon oncle. 
- Joaquim : Que pensez-vous de ce qui s'est produit le 6 septembre 2018 à Juiz de Fora ?
- Jeferson : Aujourd'hui, pour être sincère, je crois que ce coup de couteau ne s'est pas produit. Mon oncle a été influencé. (...) Si réellement le coup de couteau a eu lieu, Adélio n'était pas seul. Mon oncle n'avait pas les moyens mentaux, pas les moyens humains, les objections pour avoir ce type d'attitude. 
 
- Joaquim : Croyez-vous qu'ils le gardent en prison pour un usage électoral ?
- Jeferson : Pour être sincère, oui. 

- Joaquim : Votre analyse du 6 septembre 2018, comme un tout, perçoit-elle d'autres responsabilités ?
- Jeferson : On a déjà observé des affaires bien plus anodines, superficielles, avec de grandes répercussions dans les médias. Dans le cas du coup de couteau, l'affaire a été étouffée de manière très rapide. Aujourd'hui, vous n'entendez parler de cette affaire que de la part de personnes qui sont contre Bolsonaro. (...) Les médias, en eux-mêmes, n'ont donné aucune répercussion à ce sujet.
- Joaquim : Avez-vous la saudade de Adélio ?
- Jeferson : C'est très complexe, espérer quelqu'un et ne pas savoir s'il va revenir. Malheureusement, j'ai déjà commencé à me préparer au pire. [Jeferson pleure et s'essuie les yeux].
- Joaquim : Comme parent d'Adélio, pensez-vous qu'il encourt un risque et peut être tué ?
- Jeferson : Je crois, si. Basiquement, c'est ce que je vous dis maintenant. Malheureusement, je me prépare au pire. Car il a été écroué par un mec, qui, malheureusement, influence, et a des milliers de soutiens au Brésil. Vous ne savez pas s'il va revenir. Même dans sa prison de haute sécurité et dans l'unité psychiatrique, vous ne savez pas ce qui peut se produire. J'ai peur, oui, pour la vie de mon oncle. (...) Mon oncle était très détruit de l'intérieur, sur la question humaine, il voyait la duplicité des personnes. (...) Je crois qu'il a été, oui, influencé pour avoir eu ce type d'attitude [le 6 septembre 2018]. (...) Il a eu des déceptions avec l'église évangélique, des déceptions familiales, de personnages politiques, des personnes en qui il croyait.
- Joaquim : Si votre oncle voyait notre vidéo, maintenant, que voudriez-vous lui dire ? Qu'il dise la vérité ?
- Jeferson :  Question vérité, je craindrai pour sa vie. Mais je crois que ce sera toujours la meilleure solution. Pourtant, mon oncle ne livrera jamais quelqu'un. Il va défendre la thèse, jusqu'à la fin, qu'il était seul.
- Joaquim : Le fait que votre oncle ait été le 5 juillet 2018 dans le Clube de Tiro . 38, un club réservé à l'élite, à Florianópolis (SC), le même jour que Carlos Bolsonaro ? Comment analysez-vous ce fait ? Adélio avait-il le profil pour suivre des cours de tir, dans un club pareil ?
- Jeferson : Il n'avait ni le profil ni les moyens financiers. Il n'avait aucun moyen, surtout à cette époque où il était chômeur. (...) Mon oncle n'avait absolument pas le moindre profil d'un pratiquant de club de tir ou du moindre acte violent. C'est impossible de lier la même personne à ce type d'attitude. Je ne peux pas rapprocher mon oncle d'une personne qui va en poignarder une autre, qui va se disputer violemment avec quelqu'un, au point de prendre des coups. Impossible de lier cela avec la personne que je connais.
- Joaquim : Je sais qu'il a eu une altercation verbale avec le mari de sa nièce. Et il l'a pris sur lui, et que son moral a empiré.
- Jeferson : [Il pleure à chaudes larmes] Il a préféré quitter le domicile familial plutôt que se disputer, d'avoir une dispute physique avec qui que ce soit. [Il pleure à chaudes larmes].

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Je dédie cette traduction au souvenir d'une rencontre à Paris (France) avec l'un des plus rigoureux journalistes de France, en octobre 2018, donc peu après le vrai-faux attentat de Juiz de Fora, au Brésil. Il m'avait d'emblée demandé comment j'avais perçu cet événement dans la campagne électorale. Piteux, je lui avais répondu que je l'avais totalement négligé dans la hiérarchie des faits d'alors et que je n'avais que très peu de précisions. Son visage assez effaré, bien plus qu'un moment, avait été une leçon de journalisme en direct !

Publié le 9/10/21, l'entretien - accordé en août 2021 - du neveu de Adélio Bispo de Oliveira, avec le journaliste auteur de l'enquête "Bolsonaro e Adélio - Uma fakeada no coração do Brasil". © TV 247 (via YouTube)

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Rappel de mon article du 23 septembre 2021, sur le doc de Joaquim de Carvalho :

Brésil : la tentative d'assassinat contre Bolsonaro en 2018, vrai-faux attentat ? (2)

https://blogs.mediapart.fr/pindoramabahiaflaneur/blog/160921/bresil-la-tentative-dassassinat-contre-bolsonaro-en-2018-vrai-faux-attentat-2

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