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Billet de blog 27 avr. 2022

BRÉSIL Lié aux généraux du gouvernement, l'opérateur présumé des fraudes de Flávio B.

Indiqué assesseur de la Maison de la monnaie par des généraux du gouvernement Bolsonaro, un colonel de l'armée de terre est ami depuis plus de vingt ans avec l'ex-policier militaire Fabrício Queiroz, présumé opérateur du système de fraudes multimillionnaire et de soustraction des payes des assistants de Flávio Bolsonaro, quand il était député de Rio de Janeiro.

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Révélations de The Intercept Brasil (TIB), à l'aube du lundi 25 avril 2022.
Enquête de Amaury Ribeiro Junior et de Guilherme Mazieiro
  
(traduction manuelle)
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Le colonel Washington Luiz Lima Teixeira. © DR

Soit Washington Luiz Lima Teixeira, un colonel de réserve âgé de 61 ans. Ce colonel est le premier lien clair entre un militaire occupant un poste de haut rang dans le gouvernement Bolsonaro et Fabrício Queiroz, l'homme de l'ombre du clan présidentiel. Les relations entre les deux hommes comprennent la vente d'une propriété et une procuration dans laquelle le colonel Teixeira a donné à Queiroz des "pouvoirs étendus" pour gérer ses comptes bancaires personnels à la Caisse d'épargne fédérale (Caixa Econômica Federal), banque publique.

Grâce au soutien de ce qu'il a appelé, dans une interview accordée à The Intercept Brasil, "un groupe sélect [d'officiers] au sein des forces armées", Teixeira est conseiller du président de la Maison de la monnaie depuis novembre 2020. Là-bas, il gagne un salaire brut mensuel de 22.000 R$ [3.800 €, soit 19 fois le salaire minimum]. Il dit avoir été choisi directement par le  président de Maison de la monnaie et vice-amiral de réserve de la Marine, Hugo Cavalcante Nogueira, âgé de 58 ans.
 
Les liens du colonel Teixeira avec Fabricio Queiroz sont documentés chez les notaires de Rio de Janeiro. Au cours des six dernières semaines, The Intercept Brasil a demandé des copies et analysé quinze (15) documents. Le plus intrigant d'entre eux est la procuration signée en décembre 2009 par le colonel de l'armée de terre en activité à l'époque, donnant à l'assistant de Flávio Bolsonaro des "pouvoirs étendus" pour gérer ses comptes bancaires personnels. Il est toujours valable, à en juger par l'absence d'enregistrements de son annulation.
 

Flávio Bolsonaro (g), Jair Bolsonaro et à sa droite Fabrício Queiroz. (archives) © DR

Le document est enregistré au 8º Ofício de Notas, au centre-ville de Rio de Janeiro, et officialise le fait que le colonel Teixeira et son épouse, Ana Maria de Medeiros Teixeira, ont nommé Fabricio Queiroz comme ayant leur procuration "ensemble et devant la Caisse d'épargne (Caixa Econômica Federal), dans n'importe laquelle de ses agences et services".
L'accord signé par les trois parties donne à Queiroz le pouvoir "d'accompagner et de suivre les processus liés au logement, d'ouvrir, de faire fonctionner et de régler les comptes, d'être au courant des envois, de se conformer aux exigences, d'ajouter et de retirer des documents, de demander, de faire appel, de convenir et d'ajuster les conditions du prêt, de payer les frais de service, de signer les contrats nécessaires, d'ajuster les prix, de promettre d'acheter, d'acheter".
 
Le document donne également à Queiroz le pouvoir d'effectuer des retraits bancaires et de signer des chèques sur les comptes du colonel Teixeira. En outre, l'assistant de Flávio Bolsonaro de l'époque a obtenu le droit d'utiliser comme garantie pour les prêts "la propriété située dans la rue Baronesa". Il s'agit d'un appartement situé à Jacarepaguá, dans la zone ouest de Rio de Janeiro - une région contrôlée par la milice - un bien immobilier qui appartenait au colonel. La propriété a été vendue à Fabricio Queiroz dans le cadre d'une transaction qui, selon des documents notariés, a duré 19 ans et n'a connu un dénouement que lorsque les premières informations sur le scandale des "rachadinhas", ces soustractions systématiques sur tous les salaires des assistants du député Flávio Bolsonaro, ont émergé, en décembre 2018. 
 
Actuellement, celle qui vit dans cet appartement situé dans la rue Baronesa est Débora Melo Fernandes, l'ex-femme de Fabrício Queiroz, selon ce qu'il a lui-même déclaré à The Intercept Brasil. Malgré cela, le registre général de la propriété, que nous avons consulté le 28 mars 2022 au 9o Ofício de Registro de Imóveis à Rio de Janeiro, porte toujours le nom de Teixeira comme propriétaire de l'appartement.
 

Au moment de la signature de la procuration, en décembre 2009, Teixeira était militaire actif dans l'armée de terre et Queiroz opérait le système des "rachadinhas" dans le cabinet de Flávio Bolsonaro, alors député à l'Assemblée législative de Rio de Janeiro (Alerj), selon la plainte déposée en octobre 2020 par les procureurs de l'État de Rio de Janeiro. Les procureurs accusent l'organisation criminelle commandée par Flávio Bolsonaro d'avoir détourné et blanchi de l'argent public en achetant des biens immobiliers au nom de l'homme politique. Le fils aîné Bolsonaro et l'ex-policier militaire Fabricio Queiroz le nient.
 
S'exprimant sous la condition de ne pas révéler leur identité, les responsables de la banque publique Caixa Econômica Federal ont déclaré que la seule procédure nécessaire en cas de transfert de financement serait l'approbation de l'inscription de Queiroz à la banque. Ils ont également déclaré que la procuration avec de larges pouvoirs donnée à Queiroz par le colonel Teixeira est inutile et rarement vue dans des situations comme celle-ci. Le moyen le plus simple et le plus habituel serait d'établir une procuration avec un objectif spécifique - le transfert de la propriété. Lorsqu'ils ont été interrogés, ni Queiroz ni Teixeira n'ont expliqué pourquoi ils avaient opté pour la procuration.
 

The Intercept Brasil a conversé avec Queiroz par deux fois, par téléphone. La première fois, le 30 mars 2022, lorsqu'on lui a posé des questions sur la procuration, il s'est mis en colère et a raccroché le téléphone sans répondre.
 
Une semaine plus tard, le 7 avril 2022, nous avons rappelé Queiroz. Cette fois, il a répondu et nous a accordé une interview de 30 minutes, qu'il a également enregistrée, a-t-il insisté. Queiroz a dit que, dans la semaine entre nos appels, il a contacté le colonel Teixeira pour parler de l'enquête que nous étions en train de boucler. Ces deux personnes ont donné des versions similaires et évasives à la question : quel est le but réel de la procuration donnée à Fabricio Queiroz pour gérer les comptes bancaires d'un colonel de l'armée de terre ?

Queiroz et le colonel Teixeira ont déclaré que la procuration ne servait qu'à demander à la Caixa Econômica Federal les bordereaux de financement de l'appartement qui se perdaient ou arrivaient en retard, car le militaire n'était pas toujours à Rio de Janeiro et ne pouvait pas donc lui-même résoudre ces questions en suspens. Tous deux nient l'existence de tout mouvement financier, retrait ou autre opération bancaire.
 
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De la conversation avec Queiroz, The Intercept Brasil (TIB) a sélectionné un extrait qui évoque la procuration et les grands pouvoirs - bancaires - que le colonel lui a donné :
 

Extrait d'une conversation entre Fabricio Queiroz et The Intercept Brasil, début avril 2022. © The Intercept Brasil (TIB)

Fabricio Queiroz - [rires] Comment vais-je pouvoir effectuer un retrait et un dépôt sur le compte d'un colonel de l'armée de terre ? Pour l'amour de Dieu, les gars.

The Intercept Brasil - C'est ce que nous aimerions comprendre, car c'est un acte notarié signé.

Fabricio Queiroz - Signé par lui, par moi, c'est... Je suis sûr que le notaire y a mis trop de choses. Mec, j'ai eu du mal à payer cet appartement. Je restais trois, quatre, cinq mois sans payer, [puis] je prenais un crédit, je payais les mensualités. J'ai beaucoup travaillé dans la sécurité [privée] pour pouvoir payer cet appartement. À l'époque, je me souviens que... Je pense que grâce à cela, je pourrais demander là-bas. [...] Ils l'ont mis là par erreur. En général, quand vous faites une procuration, elle comprend plusieurs choses, plusieurs choses. Je pense qu'il y a eu une erreur, rien de plus.

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Le colonel Teixeira a déclaré à The Intercept Brasil que cette vente avec un contrat à tiroir était "courante" dans les années 1990 :
" Pourquoi le contrat est comme ça ? Car l'appartement reste au nom de la personne qui l'a financé, mais il y a, comme je l'ai dit, l'achat par un tiers [personne] et il faut faire une procuration. Moi, étant militaire, je n'étais pas toujours à Rio de Janeiro. Et de temps en temps, j'étais appelé par la Caixa Econômica Federal pour résoudre des problèmes administratifs, des factures qui n'arrivaient pas, des retards de paiement, etc. Donc, il était normal, et il est normal, que nous fassions une procuration à la personne qui l'a acheté, pour qu'elle résolve cela là, sinon vous vivrez éternellement à résoudre des problèmes pour la personne ".
 

Si, en fait, les pouvoirs accordés par la procuration étaient "exagérés" et "jamais utilisés", Fabricio Queiroz et - surtout - le colonel Teixeira ne se sont jamais inquiétés d'une éventuelle utilisation abusive de ceux-ci, ce qui démontre une relation de confiance profonde et mutuelle.
 
A partir des documents recueillis auprès de neuf études notariales ("cartorios") de Rio de Janeiro, The Intercept Brasil a pu identifier que la première relation d'affaires entre le colonel Teixeira et Fabrício Queiroz remonte à mars 1999. L'objet de la relation est précisément l'appartement de la rue Baronesa, cité ultérieurement dans la procuration. La propriété appartenait à Teixeira, qui l'avait achetée par financement dix ans plus tôt, en 1989. Selon l'acte, la valeur commerciale est de 229.000 R$.

Selon l'acte enregistré au 4º Ofício Notarial de Rio de Janeiro, en mars 1999, Teixeira a fait une promesse d'achat et de vente de l'appartement à Queiroz. Ce même acte donnait la possession de la propriété à Queiroz, qui assumait également la responsabilité de supporter ses taxes et ses frais.
 
Selon les termes de l'accord, Queiroz et sa femme de l'époque, Débora Melo Fernandes, ont versé 20.000 R$ - 83.700 R$ (15.000 US$), corrigés par l'IPCA - au colonel et à sa femme. En outre, il a été enregistré que les acheteurs se sont engagés à assumer les 72 versements restants du financement au cours des six prochaines années - c'est-à-dire jusqu'en 2005.
 

Même avec le financement au nom de Teixeira, Queiroz était censé effectuer des paiements mensuels et présenter les reçus à l'officier de l'armée de terre jusqu'à ce qu'il transfère la dette à son nom ou qu'il paie le solde de la propriété. Cependant, une lettre de notification datée du 30 juin 2007, conservée par le 2º Registro de Títulos e Documentos de Rio de Janeiro, indique que deux ans plus tard, le financement était non seulement toujours ouvert, mais qu'il y avait également des retards de paiement.
 
Le document indiquait clairement que si ces exigences n'étaient pas respectées, le contrat d'achat et de vente devait être annulé. Mais, comme il s'agissait d'une action entre amis, cela ne s'est jamais produit.

Le document a été émis par la société de gestion d'actifs et avertissait Teixeira de la possibilité d'une saisie et d'une vente aux enchères publiques de l'appartement si les versements en retard n'étaient pas payés dans les vingt jours. La dette s'élevait à 6.402,03 R$ (1.100 €), soit l'équivalent de 14.900 R$  (2.500 €) en valeur corrigée.

Deux autres documents publics, portant sur des prêts automobiles, confirment que Queiroz a continué à vivre (ou, du moins, a dit qu'il vivait) dans la rue Baronesa en 2009 et 2012.

The Intercept Brasil a demandé aux deux hommes comment ils se sont rencontrés. Tous deux nous ont dit qu'ils avaient été présentés l'un à l'autre par un ami commun, dont le colonel a dit ne pas se souvenir du nom. Queiroz, quant à lui, a seulement dit que son nom était Hernandes, une connaissance des terrains de football qui travaillait dans la vente et avec lequel il n'a plus de contact. Il a nié que son ami ait participé à la vente de l'appartement.
 
Queiroz, alors officier de police militaire actif, n'a pas dit s'il était en mesure d'assumer le financement approuvé à la Caixa Econômica Federal : "C'est juste qu'il n'y a pas eu encore le temps [de transférer la propriété à son nom]. Tous ces problèmes... Je suis très à l'aise pour évoquer ce sujet. Y compris, tout le monde me dit, mon garçon tu dois transférer ce financement à ton nom parce qu'il pourrait y avoir des problèmes. Il suffit qu'il meurt et ils disent que je n'ai pas acheté [l'appartement] ".
  

La coïncidence avec les "rachadinhas"
 
La négociation d'achat et de vente de l'appartement de la rue Baronesa, qui a débuté en 1999, n'a été conclue que le 7 décembre 2018. Ce jour-là, Queiroz et son ex-femme de l'époque, Débora, ont signé un acte d'achat et de vente de la propriété au 2º Ofício de Notas de Rio de Janeiro.

Le document a été enregistré chez le notaire le lendemain de la publication d'une première enquête journalistique, qui a évoqué le nom de Queiroz, publié par le quotidien Estado de São Paulo. L'histoire a révélé que le Conseil de contrôle des activités financières (Coaf) avait identifié des mouvements atypiques de 1,2 million R$ sur les comptes de Fabricio Queiroz, l'assistant de Flávio Bolsonaro. Les enquêtes faisaient déjà état du transfert d'un chèque de Queiroz vers un compte bancaire de l'épouse de Jair, Michelle Bolsonaro.
 
L'étape suivante devrait consister à changer la propriété du bien, ce qui n'a pas eu lieu au moins jusqu'au 28 mars 2022, comme le montre le numéro d'enregistrement recherché par The Intercept Brasil (TIB). L'appartement est toujours au nom du colonel Teixeira.
 

Le changement de propriétaire d'un bien immobilier nécessite certaines formalités. Le vendeur doit, par exemple, présenter un certificat négatif de dettes auprès des gouvernements fédéral, de l'Etat [Rio de Janeiro] et municipal. Selon la loi, seul l'enregistrement du bien garantit le droit de le posséder.

Le certificat d'achat et de vente de 2018 indique que madame Fernandes a continué à vivre dans l'appartement, mais que Queiroz avait déménagé à une autre adresse, également à Jacarepaguá. À l'époque, les deux personnes étaient déjà séparées et divorcées - et faisaient tous deux l'objet d'une enquête dans l'affaire des rachadinhas dans le cabinet législaif de Flávio Bolsonaro.

A The Intercept Brasil, Queiroz a déclaré qu'il "n'a pas les moyens" pour passer l'appartement à son propre nom - ou à celui de Débora Fernandes :
"Il est déjà mis à zéro, pratiquement tout, il ne me reste plus qu'à le transférer à mon nom. Je suis pas mal embrouillé dans ma vie actuelle, je ne peux pas maintenant dépenser 3.000 R$" (500 €), a déclaré Queiroz, estimant le montant que la démarche administrative lui coûterait. L'ancien assistant parlementaire de Flávio Bolsonaro a déclaré que, bien que ne vivant pas dans la propriété de la rue Baronesa, il paie tous les frais d'entretien à son ex-femme. Il a dit qu'il supporte "la pension alimentaire et la copropriété" de madame Fernandes, en plus des factures d'eau, d'électricité et de l'impôt local (IPTU). "Je paie parce que cela va être l'avenir de mes filles, cela va rester pour elles", a-t-il justifié.
 
L'acte de vente indique que les dernières étapes de la transaction ont commencé le 29 novembre 2018, avec le paiement de la taxe de transfert de propriété. À cette époque, avait déjà été commencée l'opération de la police fédérale "Furna da Onça", qui enquêtait sur des détournements de fonds publics dans des cabinets de plusieurs députés de l'Assemblée législative de Rio de Janeiro.
 

Cette opération, qui a atteint Queiroz, avait été annoncée à l'avance à Flávio Bolsonaro par la police fédérale, comme l'avait déclaré au quotidien Folha de Sao Paulo Paulo Roberto Franco Marinho, le coordinateur de la campagne présidentielle de Jair Bolsonaro. Homme d'affaires richissime, Paulo Marinho a ensuite rompu avec les Bolsonaro, bien qu'il ait été le suppléant de Flávio Bolsonaro au Sénat.
  

Le général de réserve Floriano Peixoto Vieira Neto, ami de Jair Bolsonaro depuis 1975, est celui qui a choisi le colonel Washington Luiz Lima Teixeira pour intégrer un groupe de travail en juin 2019, au gouvernement. © DR


Un autre ancien allié du clan Bolsonaro, Abraham Weintraub, dans une interview accordée au podcast Inteligência Ltda, a corroboré les allégations de Paulo Marinho concernant la fuite [et probable délit d'initié] de l'imminence du début de l'opération de la police fédérale. Flávio Bolsonaro a toujours nié avoir eu connaissance de ces informations auparavant, mais Queiroz a été exonéré de son poste au cabinet de Flavio Bolsonaro, à l'Alerj, moins d'un mois avant que l'opération ne soit rendue publique.
 
À cette époque, le colonel Teixeira, déjà dans la réserve, occupait le poste de coordinateur logistique au ministère de l'intégration dans les derniers jours du gouvernement du président de la République Michel Temer. Sous l'administration de Jair Bolsonaro, le portefeuille a été intégré à l'actuel ministère du développement régional.
 

A The Intercept Brasil, Queiroz et le colonel Teixeira ont nié que le scandale des "rachadinhas" ait influencé la négociation de l'appartement. Le militaire a considéré que cette vente était un soulagement, bien qu'il se soit senti exposé pour cela.

"Logiquement, nous ne sommes pas étrangers au monde. Pour moi, il n'y a eu que des points positifs [la conclusion de la vente]. Je n'ai jamais imaginé, en 1999, aucune situation qui pourrait survenir dans le futur. Pour moi, c'était bien, tu sais ? Maintenant, je pense que la question devrait être adressée à lui [Queiroz]. Je pense que c'est plus dans son intérêt. Parce que celui qui est exposé dans cette affaire, c'est moi, non ?", a fait valoir Teixeira.

Queiroz a répondu que la vente a eu lieu en décembre 2018 car "c'était le moment où j'avais du temps, où j'étais libre, où je prenais des vacances".  Et de rajouter : "J'ai demandé mon exonération [du cabinet de Flávio Bolsonaro] pour résoudre tous mes problèmes, tant de santé que privés".

Nous avons demandé au colonel Teixeira s'il faisait confiance à Queiroz et s'il referait la vente dans les mêmes conditions. Il a changé de conversation et a dit qu'il ne se sentait pas à l'aise pour répondre.

 
Dans les hôpitaux fédéraux de Rio de Janeiro
 
Avant d'arriver à la Maison de la monnaie, le colonel Teixeira transitait déjà librement au Planalto [siège de la présidence de la République]. Il avait été convoqué par le secrétariat général de la présidence de la République pour une action prioritaire dans les premiers jours du gouvernement Bolsonaro, début 2019.

Choisi par le ministre de l'époque et général de réserve Floriano Peixoto - ami de quarante ans de Jair Bolsonaro - le colonel Teixeira a participé entre février et juillet 2019 à un groupe de travail baptisé "Action intégrée pour soutenir la gestion des hôpitaux fédéraux de Rio de Janeiro"*, listé comme l'un des objectifs des 100 premiers jours de l'administration militaire. Il a été engagé par l'intermédiaire de la Fondation Oswaldo Cruz (Fiocruz), liée au gouvernement fédéral. Son salaire mensuel était d'environ 10.000 R$ (2.000 US$), selon ce qu'il a dit à The Intercept Brasil.
 

Au cours de sa carrière d'officier d'active, le colonel Teixeira a occupé des postes au sein de l'armée de terre et du ministère de la défense, dans le cadre desquels il disposait de pouvoirs décisionnels en matière d'appels d'offres, de contrats et de planification des dépenses. Dans l'un de ces postes, il a été accusé d'avoir participé, en 2011 et 2012, à un système d'émission de fausses factures pour l'achat de médicaments et d'équipements pour l'hôpital militaire (HMAR) de Recife [capitale de l'Etat nordestin du Pernambuco].
 
Les accusations contre le colonel sont détaillées dans un audit militaire. Les crimes d'escroquerie, de corruption passive, de corruption active, de falsification de documents qui ont causé des pertes de 4 millions R$ (800.000 US$) aux caisses publiques ont été identifiés. La justice militaire a retenu des charges contre 18 personnes. Teixeira a été acquitté, mais dix autres personnes, dont des civils et des militaires, ont été condamnées à la prison par le tribunal militaire supérieur (STM). Les peines allaient de quatre à six ans de prison. 
 

Washington Luiz Lima Teixeira est membre de la classe 1985 de l'Academia Militar das Agulhas Negras (Aman), chargée de former tous les officiers de l'armée de terre brésilienne. Son curriculum, disponible sur le site web de la Maison de la monnaie, indique qu'il s'est spécialisé dans le travail dans les hôpitaux des forces armées.

A l'Aman, Teixeira a choisi l'arme de l'intendance - la même que celle d'un célèbre général, Eduardo Pazuello, dont il était le contemporain à l'académie. Dans l'armée de terre, le personnel d'intendance est chargé de gérer le fonctionnement courant et bureaucratique des casernes. Même dans les situations de combat, c'est à l'intendance de veiller à ce que l'eau, la nourriture et les fournitures parviennent à ceux qui sont en première ligne. Pour autant, les officiers de l'intendance sont considérés comme les "civils" parmi les militaires - ce qui, dans le milieu, est tout sauf un compliment. Ils ne peuvent pas non plus, s'ils deviennent généraux, obtenir une quatrième étoile - le sommet de l'échelle de carrière pour un intendant est de devenir un général à trois étoiles.

La carrière de Teixeira a été typique pour un agent d'intendance. Il a passé la majeure partie de son temps en service actif à des postes de contrôle des comptes, d'ordonnancement des dépenses et de conduite des appels d'offres pour les organismes de l'armée de terre et des hôpitaux militaires.
 

L'expérience des processus de passation de marchés et le réseau d'amis qu'il a établi dans la caserne ont amené Teixeira à participer au gouvernement Bolsonaro. En février 2019, l'une des priorités du mandat nouvellement inauguré était d'organiser la bureaucratie, les processus d'appel d'offres et les procédures internes des six hôpitaux fédéraux de Rio de Janeiro.

Ce projet était initialement dirigé par le coordinateur de la campagne électorale 2018 de Jair Bolsonaro et ancien ministre du secrétariat général de la présidence, Gustavo Bebianno, décédé en mars 2020. Il était responsable des actions intégrées et a dénoncé le fait que des miliciens dirigeaient l'hôpital fédéral de Bonsucesso **. Quelques semaines après la dénonciation, Bebianno a quitté le gouvernement en rupture avec Bolsonaro et l'un de ses fils, le conseiller municipal de Rio de Janeiro Carlos Bolsonaro.
 

La commission d'enquête parlementaire (CPI) sur la pandémie de Covid-19 a fait naître le soupçon que la gestion des hôpitaux fédéraux de Rio de Janeiro serait sous l'influence directe du sénateur Flávio Bolsonaro. Ce dernier l'a toujours nié.

Teixeira et six autres colonels de l'armée de terre ont été intégrés au groupe de coordination, après la chute de Bebianno, par le général Floriano Peixoto Vieira Neto, qui a pris la relève en tant que ministre. Peixoto Vieira Neto préside actuellement La Poste.

 L'un des responsables de ces actions nous a dit, sous couvert d'anonymat, que c'était le choix du général Floriano Peixoto Vieira Neto de permettre aux militaires d'entrer dans l'hôpital fédéral de Bonsucesso, "où il y avait de nombreuses dénonciations de malversations et de sabotages". Le curriculum vitae du général Teixeira indique qu'il a travaillé dans le groupe en tant que consultant. Mais il existe peu de documents publics sur les fonctions qu'il a exercées à ce poste. La seule fois où Teixeira apparaît sur l'agenda du général Floriano Peixoto Vieira Neto est le 26 mars 2019, mais il n'y a aucun détail sur ce qui a été traité par les deux personnes.

Teixeira nous a confirmé que le choix des militaires pour l'action intégrée était une option du secrétariat général de la Présidence de la République, basée sur la nomination d'amis de l'armée de terre brésilienne.
 
(...)
 
 
Policier militaire à la retraite et ami proche de Jair Bolsonaro depuis des décennies, Fabrício Queiroz est actuellement pré-candidat au poste de député fédéral pour le parti PTB (droite de la droite) de Rio de Janeiro. Bénéficiant du soutien de la famille présidentielle, il ne s'est pas laissé intimider, même par les poursuites et les accusations du cabinet du procureur de l'État de Rio de Janeiro qui ont conduit, un temps, à son arrestation. Les procureurs l'accusent d'être l'opérateur du système de détournement de fonds publics ['rachadinhas"] et de blanchiment d'argent qui a déplacé 2 millions de reais entre 2007 et 2018 dans le cabinet législatif de Flávio Bolsonaro.

Queiroz a déjà été décrit par le président Jair Bolsonaro lui-même comme un homme qui "fait des magouilles ". Les documents publics que nous avons étudiés dans neuf offices notariaux de Rio de Janeiro indiquent que, d'une part, Bolsonaro a raison. D'autre part, elles jettent davantage de doute sur les secrets gardés par l'homme de confiance de la famille présidentielle.

  
 
(*) Ação Integrada de Apoio à Gestão dos Hospitais Federais do Rio de Janeiro.
(**) Entre janvier 2019 (élection de Jair Bolsonaro) et avril 2022, se sont déjà succédé 5 personnes à la direction de cet hôpital fédéral.
Après l'exonération de la directrice de l'hôpital Luana Camargo le 23 janvier 2019 [Camargo n'était à ce poste que depuis dix mois], a été nommé à ce poste Paulo Roberto Cotrim qui en a été à son tour exonéré par le ministère de la santé le 21/8/2019.
Est venue alors Cristiane Rose Jourdan Gomes, qui a été ensuite, le 7 octobre 2020, indiquée à la tête de l'ANVISA -  l'agence de régulation sanitaire brésilienne - par le président de la République en personne, Jair Bolsonaro. Le 25 août 2020, la direction de l'hôpital avait été assumée par Edson Joaquim de Santana jusqu'au 27/1/2021, date à laquelle il a été licencié par le ministre de la santé pour cause de l'incendie, le 27/10/2020, dans une unité de l'hôpital qui a provoqué le décès de 16 patients. Le médecin Cláudio Pena Gonçalves, après avoir été directeur intérimaire, assume la direction générale de l'hôpital fédéral depuis le 27/1/2021.
(note du traducteur)
 
 
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Addendum du traducteur :
 
La fille aînée de Débora Melo Fernandes et Fabrício José Carlos de Queiroz se nomme Nathalia Melo de Queiroz et est née en avril 1989. Elle a été employée comme assistante parlementaire à l'assemblée législative de Rio de Janeiro (Alerj) de mars 2011 à juillet 2012. Puis à l'assemblée nationale, à Brasilia, de avril 2016 à avril 2017.
Peu après son 18e anniversaire, en septembre 2007, elle a rejoint le personnel de l'Alerj et quatre ans plus tard, en mars 2011, sans quitter son emploi public, elle a commencé à travailler comme "réceptionniste" dans une salle de gymnastique, "Norte Fitiness Center, Academia de Ginastica Ltda" où elle a travaillé jusqu'à probablement juillet 2012.
Durant dix-sept mois, elle a cumulé les deux emplois. Etant donné qu'à ALERJ, en 2011, elle a aussi bien occupé le poste de "dirigeante du service public fédéral" que celui d'"assistant administratif", selon les informations reçues par le député fédéral du parti PT, Paulo Pimenta. Alors qu'en fait, elle était assistante parlementaire. Elle a quitté ce poste à l'Alerj au cabinet du député Flavio Bolsonaro - qu'elle avait pris en aout 2011 - en décembre 2016.
 
Don d'ubiquité: emploi à Rio de Janeiro et à Brasilia aux mêmes horaires.
Ce même mois de décembre 2016, sa sœur cadette, Evelyn Melo de Queiroz, née en juillet 1994, donc alors âgée de 22 ans, a pris sa suite et occupé un poste de " conseiller parlementaire " dans le même cabinet. Poste pour lequel elle percevait en décembre 2018 7.550 R$ net, tels qu'enregistrés dans la paie d'octobre 2018.
Au même mois de décembre 2016, Nathalia a alors rejoint l'assemblée nationale, à Brasília, en tant que secrétaire parlementaire du père de Flávio B., le député fédéral Jair Bolsonaro. Selon un rapport du Conseil de contrôle des activités financières (Coaf, puis de la plainte du parquet PDF 290 pages), Nathalia a reversé 80 % de son salaire d'assistante parlementaire de Jair Bolsonaro, à Brasilia, sur le compte bancaire de son père Fabricio Queiroz, et cela entre les mois de juin et de novembre 2018 : le montant reversé s'élève à 29.600 R$ pour les 36.600 R$ qu'elle avait touchés.
En janvier 2017, le salaire net de Nathalia était de 8.752,58 R$ [environ dix fois le salaire minimum national d'alors]. Moins, donc, que les 9.207R$ net qu'elle aurait reçu comme dernière rémunération à l'Alerj, comme l'a rapporté le journaliste Lauro Jardim, du quotidien O Globo. En même temps qu'elle se consacrait au secrétariat parlementaire de l'actuel président de la République, à Brasilia, Nathalia a trouvé le temps de travailler, non plus comme réceptionniste, mais comme professeur - probablement entraîneuse particulière - dans une autre salle de gymnastique, à ... Rio de Janeiro. Au cours de 2016 et de quelques mois de 2017, Nathalia Melo de Queiroz a également effectué un stage chez "Sports Solution Academia Ltda", situé sur l'avenue do Pepe, dans le quartier huppé de Barra da Tijuca, à Rio de Janeiro, quartier où demeure Jair Bolsonaro.

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Depuis le début du conflit, la société civile ukrainienne s’est massivement mobilisée pour faire face à l’offensive russe. Alors que les organisations internationales sont critiquées, comme on l’a vu encore récemment avec Amnesty International, la plupart de l’aide humanitaire sur le terrain est fournie par des volontaires à bout de ressources.
par Clara Marchaud

La sélection du Club

Billet de blog
Une approche critique de la blanquette de veau
Un jour, je viens voir ma mère. Je mange avec ma mère. J’ai fait une petite blanquette, c’est dans la casserole, elle me dit et je lui dis que c’est chouette mais quand je regarde la casserole, c’est bizarre cette blanquette dans l’eau. On dirait qu’il manque quelque chose.
par noemi lefebvre
Billet de blog
Iel
De la nécessité d'écrire inclusif-ve...
par La Plume de Simone
Billet de blog
Avec mes potes, sur la dernière barricade
Avec les potes, on a tout ce qu’il faut pour (re)faire un monde. Et on se battra jusqu’à la dernière barricade, même si « la révolution n’est plus synonyme de barricades. Elle est un tout autre sujet, bien plus essentiel : elle implique de réorganiser la vie tout entière de la société ». Ce à quoi on s’emploie. Faire les cons, tout en faisant la révolution : ça va être grandiose. Ça l’est déjà.
par Mačko Dràgàn
Billet de blog
Cornichon
Si mal jugé.
par C’est Nabum