POJ (avatar)

POJ

auxiliaire de justesse

Abonné·e de Mediapart

1010 Billets

8 Éditions

Billet de blog 3 janvier 2015

POJ (avatar)

POJ

auxiliaire de justesse

Abonné·e de Mediapart

Un prisonnier se fait euthanasier

  La Belgique autorise un de ses prisonniers, Frank Van den Bleeken,  à se faire euthanasier. La justice a répondu favorablement à sa demande. 15 autres prisonniers ont depuis demandé la même chose.

POJ (avatar)

POJ

auxiliaire de justesse

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La Belgique autorise un de ses prisonniers, Frank Van den Bleeken,  à se faire euthanasier. La justice a répondu favorablement à sa demande. 15 autres prisonniers ont depuis demandé la même chose.

Au-delà des conditions d'internement, que Frank Van den Bleeken juge indignes, et de sa surpopulation carcérale, la Belgique constate une hausse des demandes d'euthanasie en 2013.

Le droit à la santé est un droit de l'Homme.

Les Etats ont l'obligation positive de garantir l'effectivité des droits de l'Homme.

Un prisonnier est et il demeure une personne humaine titulaire de ses droits fondamentaux. Le fait qu'il soit en prison n'y change rien. Il est seulement privé de sa liberté d'aller et venir. La peine de prison, dans sa conception classique, poursuit un but d’amendement du détenu, l'amener à prendre conscience de sa faute pour qu’il se conduise en homme honnête. La peine a un caractère réformateur et régénérateur.

Un Etat qui tue ses prisonniers parce qu'il est incapable de les soigner est un Etat qui viole les droits de l'Homme au même titre qu'un pays qui accepte que des déserts médicaux se développent sur son territoire et se contente d'un "coup de gueule" pour se donner bonne conscience.

L'euthanasie ne résout pas un problème, elle fait disparaître le problème. Plus exactement, l'euthanasie fait disparaître le titulaire de droits qui posent problèmes, quand l'Etat ne garantit pas l'effectivité de ces droits.

En l'espèce, et pour le cas de la Belgique, l'absence de conditions dignes de détention et la possibilité de se faire soigner.

La surpopulation carcérale témoigne du mépris du gouvernement pour le respect de la dignité humaine.

L'absence d'accès à des soins est également une violation des droits de l'Homme.

La France offre un palmarès pareillement indigne en la matière que ce soit en matière d'indignité des conditions carcérales que d'obstacle à l'accès aux soins.

Les déserts médicaux existent jusque dans les centres urbains.

Ainsi, Roussillon témoigne de la grave inefficacité des pouvoirs publics locaux comme administratifs en laissant une communauté d'agglomération de plus de 100 000 habitants sans hopital, il n'y a qu'une clinique privée (menacée), et manquer de médecins. Les cabinets ferment. Ces mêmes pouvoirs s'entendent cependant mieux pour installer des zones commerciales et industrielles (très) polluantes, classées Seveso 2 seuil haut. Un tel développement industriel et économique au mépris des questions de santé publique crée le doute sur la légalisation de l'euthanasie.

S'agissant des conditions indignes d'incarcération dénoncées officiellement par l'autorité administrative et l'observatoire des prisons, le pouvoir a tenté de maintenir ce régime illégal depuis 1875 (1) par un stratagème, une escroquerie législative, en proporageant un "moratoire".

La prorogation du moratoire contraire au principe d'encellulement individuel a été censuré par le Conseil constitutionnel.

Les prisonniers entassés dans des cellules peuvent donc invoquer l'illégalité de leurs conditions de détention, qui est le droit interne pertinent que l'Etat viole.

La Loi du 5 Juin 1875 sur le régime des prisons départementales consacre dans son article 1, le principe de l’emprisonnement individuel pour tout détenu (base fondamentale du système c'est-à-dire la séparation de jour et de nuit des inculpés, prévenus et accusés).

La loi impose également l’adoption du régime cellulaire à toute reconstruction ou appropriation par l’Etat de prisons départementales (art. 6).

Le législateur de 2014 ne respecte donc même pas la loi.

Le Conseil constitutionnel a censuré l'article 106 prévoyant la prolongation du moratoire (voir : Les cancres de l'Assemblée nationale affirment leur mépris pour l'humain et le droit).

Cette censure, ignorée des médias, témoigne de la qualité pitoyable du travail de la majorité à l'Assemblée.

Un tel constat accablant invite la bande de charmants bricoleurs dilettantes qui gouvernent à réviser sérieusement leur droit et d'acquérir le minimum de rigueur intellectuelle qui leur fait manifestement défaut. 

Il n'y a pas lieu, dans de pareilles conditions, à s'émouvoir du refus de se compromettre à se laisser "honorer" par de telles personnes, dont l'actualité porte sérieusement à s'interroger. Christian Leclerc, chevalier de la Légion d'honneur lors de la promotion du 1er janvier 2012, a refusé d'inhumer sur sa commune un bébé Rom de deux mois mort "dans un bidonville clôturé sans eau et sans électricité, à proximité d'une petite usine, entouré par des voies rapides et des champs, quasiment au bout des pistes de l'aéroport d'Orly."

Le refus de Thomas Piketty n'est que l'expression d'un minimum de bon sens.

__________________

(1)  L'Ecole nationale d'administration pénitentiaire explique que : " Après la chute du Second empire (1870), tous les spécialistes s'accordent pour réaffirmer que la détention collective est l’école du vice, du crime et de la récidive. Il faut donc réduire la promiscuité dans les prisons de courtes peines pour limiter les risques de récidive et la contagion morale avec comme remède, l’isolement et la séparation des prisonniers, base fondamentale du futur système pénitentiaire. En revanche, si la cellule est efficace pour le repentir et le remord, jamais le coupable ne doit sombrer dans le désespoir pouvant mener au suicide ou à la folie. La religion et l’instruction (lecture et prière) ainsi que le travail doivent l’en préserver. Il ne peut donc y avoir de séquestration complète et les visites quotidiennes du directeur, de l’aumônier, des surveillants, de l'instituteur, de parents et même de membres des patronages sont recommandées. "

(2) La Quinzaine Littéraire N°1118 p. 18 : " Liquider les malades mentaux " par Georges-Arthur Goldschmidt " L'élimination physique des bouches inutiles a été l'unde des obsessions fondamentales du nazisme et représente avec la Shoah l'articulation centrale sans laquelle il n'aurait pas existé " A/s de Götz Aly, Les anormaux ou l'archipel de l'euthanasie  Ed. Flammarion

_____________________

Mises à jour :

Belgique : le violeur interné ne sera finalement pas euthanasié Le Parisien - ‎Il y a 9 minutes ‎
Frank Van Den Bleeken, un détenu belge interné en prison depuis près de 30 ans pour plusieurs délits à caractère sexuel, ne sera finalement pas euthanasié ...


La médecine belge refuse l'euthanasie à un violeur interné Le Figaro - ‎Il y a 15 minutes ‎

Cinq jours avant son euthanasie, Frank Van Den Bleeken s'est vu refuser cette procédure qui suscitait la polémique outre-Quiévrain. Les médecins belges ont finalement renoncé, à cinq jours de l'euthanasie ...

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.