Le courage des journalistes de Charlie Hebdo défie la presse française

Cabu, Charb, Wolinsky sont morts et Riss blessé par un effet boomerang de la politique menée par nos gouvernements et l'abdication de ceux-ci qui mène à la disparition de l'Etat.

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Cabu, Charb, Wolinsky sont morts et Riss blessé par un effet boomerang de la politique menée par nos gouvernements et l'abdication de ceux-ci qui mène à la disparition de l'Etat.

Qui remet en cause réellement la destruction sociale que fabriquent Hollande, Valls, Sarkozy, Macron, ... ? Qui interpellent les politiques avec une véritable exigence de cohérence intellectuelle ? Qui leur fait remarquer l'indigence de leur programme ou le mépris de l'électeur à se présenter à une élection sans programme sérieux ? Qui les critique lorsqu'on les entend dire - sans rire - une fois élu, qu'ils n'avaient pas connaissance de la situation ? Ces politiques se moque en toute impunité de l'électorat avec la caution d'une profession, les journalistes, qui ne les contredit pas, qui ne leur foit pas remarquer qu'ils mentent.

Cette caution implicite du mensonge participe à la déliquescence de la société qui favorise le repli communautaire, l'abdication au diktat financier. Il faut qu'une chaîne nationale donne la parole à une femme au chômage pour faire autrement mieux avancer le débat que tous les journalistes sur le plateau. 

La question que pose ce constat est : le journalisme est-il une profession intellectuelle ou n'est-il qu'une activité de services ?

Au-delà des dessins, Charlie Hebdo publiait des articles de fond qui méritent aussi d'être rappelés qui ne s'encombraient pas du consensus mou de la Rive gauche.

Comme le demande un auditeur d'ARTE en début de l'émission 28 minutes consacrée à l'attentat : " Charlie Hebdo est l'un des rares journaux à ne pas se censurer. Aurait-il été visé s'il y avait eu plus de rédactions osant la même liberté d'expression ? "

La réponse est clairement non comme l'expose clairement Gilles Luneau de Global magazine lors de la soirée de Médiapart (à partir de 1h 56) soulignant l'insuffisance de la presse et rappelant la responsabilité des journalistes à

" être des vrais veilleurs , (...) s'interroger sur notre exigence par rapport au politique. Trop souvent, on couvre un peu planplan les choses, ou à la surface, (...) on est sur 20 ou 30 ans de dérives, de démissions, de démission de la pensée politique, qui fait aussi qu'on arrive à un moment de l'histoire où on est plus capable de penser le vivre ensemble, plus capable de penser la politique, plus capable de voir que l'Etat-nation s'est effondré, "

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Richard Malka fait le même constat sur ARTE, parlant de " lâcheté ambiante " (9 mn 35).

Elizabeth Quin pose une question à l'Observateur et au Figaro s'il vont résister à l'autocensure (16 mn 21).

La réponse des deux responsables de ces journaux, Renaud Dély et Guillaume Roquette, est des plus décevante comme le critique très justement Richard Malka  (17 mn 58).

Les deux journalistes du Nouvel Obs et du Figaro devisent sur la liberté de la presse de façon si théorique qu'ils provoquent la réaction de Richard Malka mettant en cause le courage de la presse française qui n'est pas à la hauteur des journalistes de Charlie Hebdo (22 mn 37)

" Mais qui va oser ? Il faut voir la vie qui a été celle de ces gens qui sont morts aujourd'hui pour avoir diffusé quelques caricatures, les protéger 24 heures sur 24, ne plus avoir de liberté depuis huit ans, et de mourir ensuite. Il faut continuer à se battre. On ne peut pas renoncer à ce que nous sommes. Ce que je vois aussi, moi, en tant qu'avocat de nombreux organes de presse, c'est qu'il y a un renoncement, c'est la réalité, ça existe, on n'est pas à la pointe du combat, il y a des thèmes qu'on ne débat plus, il y a des reportages qu'on ne fait plus et il y a des lieux dans lesquels on n'envoie plus des journalistes, ça c'est une réalité. "

L'affaire des fadettes et l'espionnage des journalistes du Monde dans laquelle s'est distinguée la DGSI montre le peu de validité du discours de Nicolas Sarkozy quant à la liberté de la presse qu'il a fait peu de temps après l'attentat contre Charlie Hebdo.

 

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Il y a donc comme une prétention déplacée à s'affirmer " Nous sommes tous des Charlie ".

Il suffit de considérer la mansuétude étonnante dont bénéficie les discours politiques, les décisions économiques aberrantes et les abdications. Aucun journaliste français n'a contredit un homme politique qui ment en direct. A commencer par ceux de l'extrême-droite.

On n'arrive pas à la cheville de Charlie Hebdo ni de ses dessinateurs.

D'où la nécessité pour la profession journaliste de se mobiliser, de mettre un terme à la complaisance dont témoignent les chroniqueurs politiques à l'égard du discours politique atomisant la société et semant la violence, dont le terrorisme n'est qu'un effet boomerang dont ils sont devenus des cibles, à force de complaisance.

Cette profession va perdre sa valeur et ne la retrouver que pour le bonheur de quelques petits spéculateurs du dimanche, des Goldman Sachs en culotte courte, chaque fois que deux fous feront un carton dans une rédaction.

Des journaux dont le capital est aux mains des fabricants et des marchands d'armes qui équipent les armées des pays qui bombardent des populations civiles ou des djihadistes devrait soulever la circonspection dans les rédactions et motiver les journalistes à relancer le débat sur l'indépendance nécessaire de la presse comme l'avait très justement soulevé le Monde Diplomatique sans que la profession ne s'en empare.

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Projet pour une presse libre - Le Monde diplomatique

Le dossier sur le financement de la presse

 

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