l'Etat faussaire

Qu'on ne s'y trompe pas, le pouvoir n'en a rien à faire des 7 policiers condamnés à Bobigny, pas plus des suicides dans la police ou à France Télécom.
Sacco e Vanzetti © Accabadora

Qu'on ne s'y trompe pas, le pouvoir n'en a rien à faire des 7 policiers condamnés à Bobigny, pas plus des suicides dans la police ou à France Télécom.

Preuve en est qu'ils vont faire l'objet d'une procéure disciplinaire, qui reposera en grande partie sur les déclarations faites dans le cadre de la procédure pénale à l'origine des peines de prison. Cela démontre l'équivocité du discours politique et préfectoral. Il dénonce la justice tout en affirmant la suprématie d'une justice déléguée, privée, les poursuites disciplinaires, qui ne fait que renforcer le risque d'arbitraire.

Les deux cents fonctionnaires ayant manifestés devant le tribunal de Bobigny sont donc manipulés par un pouvoir qui prend la police pour un réservoir d' "idiots utiles" et renforce son emprise sur eux. Le pouvoir ne défend pas les policiers, mais son monopole sur ses fonctionnaires.

La levée de boucliers administrativo politiques est motivée par une inquiétude bien plus grande ; celle d'une menace qui pèse sur le fonctionement d'un Etat reposant sur des pratiques dont la condamnation de Bobigny ne fait que lever un coin du voile. Un petit coin seulement, parce que les 7 fonctionnaires de police ne sont qu'en bas de l'échelle et n'ont agi que d'une façon ponctuelle.

Le faux en écriture publique est régulièrement dénoncé. Des demandes sont faites pour que des pièces mensongères tombant sous le coup de la loi soit retirée des dossiers. Le directeur de la police judiciaire n'hésite pas à solliciter un témoignage mensonger et le ministre de le produire en justice. Ce recours a été rejeté par le Tribunal adminsitratif de Paris et par le Conseil d 'Etat jugeant l'action dénuée de moyens sérieux.

C'est le fonctionnement d'un Etat faussaire qui est donc menacé par la condamnation à de la prison ferme des 7 fonctionnaires, et non la police.

La peine inquiète d'autant plus le pouvoir qu'elle ne vise ici que des exécutants et non des hauts fonctionnaires. Ceux-ci n'auront aucune excuse, bien au contraire, la jurisprudence fait du niveau de responsabilité un cas d'aggravation.

L'affaire Bettencourt, l'affaire Karachi n'ont fait qu'illustrer le fonctionnement d'un Etat faussaire.

L'Etat faussaire méprise en plus l'humain.

L'affaire Karachi le montre. Mais il y a tous les jours des "Karachi" en France. Depuis des années. Et rien ne change.

Le suicide est anormalement éléevé en France à commencé par els activités socio professinelles où l'Etat est dirigeant ou actionnaire (Education nationale, police, France Télécom, La Poste, Renault, ...). Le capitaine de police Thierry Ducret s'est donné la mort à son service un dimanche après plusieurs années de galère adminsitrative quand le syndicat nie un problème de façon indécente en considération de 700 suicides.

Une telle indifférence meurtrière persistante exclut toute excuse.

La fragilisation de la profession médicale par la modification récente du code de la santé publique et l'absence de moyen de la médecine du travail décidées par le pouvoir ne peuvent que contribuer à l'amplification d'un phénomène qui n'est dès lors plus accidentel mais voulu.

La disproportion du discours et des moyens mis en oeuvre pour la prévention des accidents de la route et celle du suicide montre que les premiers font l'objet de toute l'attention du pouvoir et que le second se heurte à l'indifférence alors qu'il cause cinq fois plus de victimes. Cette contradiction n'est que le résultat d'un calcul d'opportunité. Les accidents de la route coûtent cher, les suicides, eux, sont sans incidence économique. Cela révèle le mépris pour la vie.

Voilà la mentalité qui gouverne l'économie, la politique et le monde de l'entreprise en France depuis des dizaines d'années. Les 7 policiers de Bobigny seront aussi vite jetés par l'administration qu'elle se sert d'eux aujourd'hui. Ceux qui résistent ne sont pas soutenus, sauf s'il y a de l'argent à se faire. Voilà pourquoi les faux continueront, les suicides aussi, comme le chômage et les délocalisations.

Les chutes de neige ont montré que la France est un pays où on se sent en sécurité avec des chaînes. Bobigny est un épiphénomène. La partie visible d'un iceberg.

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