A quand des devoirs de mémoire appliqués dans les écoles de police ?

Pendant qu'un débat s'élève à propos de la lettre de Guy Môquet, dont l'évocation de la mort sert par procuration un discours confus, le Nouvel Observateur consacre un commentaire sur un livre témoignage d'acteurs de la guerre et de l'occupation édité par les Arènes intitulé "Paroles de l'ombre".

Pendant qu'un débat s'élève à propos de la lettre de Guy Môquet, dont l'évocation de la mort sert par procuration un discours confus, le Nouvel Observateur consacre un commentaire sur un livre témoignage d'acteurs de la guerre et de l'occupation édité par les Arènes intitulé "Paroles de l'ombre".

Un des extaits publiés par le Nouvel Observateur retient l'attention. Il s'agit de celui de Roger Belbeoch, un policier fançais résistant portant un regard très critique sur le comportement de la hiérarchie et des fonctionanires.

 

L'article "Honneur de la police" confirme les appréciations de Roger Belbeoch, où la proximité de la police et de la pègre confinait à la confusion. Un des policiers du réseau "honneur de la police" réapparaîtra dans la disparition très suspecte de l'opposant marocain Ben Barka, aux côtés de truands notoires. Le parcours du "premier policier de France" (relatée par son fils aux éditions Laffont - "Mon père l'inspecteur Bonny") illustre les dérives potentielles d'une administration inventive en matière de fichiers, dont Roger Belbeoch dénonce la nocuité, sans oublier le fichier juif réapparaissant de temps à autre dans le débat public.

 

La littérature sur la police durant l'occupation est pourtant très fournie :

Cette littérature mériterait d'être plus commentée et débattue en considérations des dérives auxquelles la lutte contre le terrorisme sert aujourd'hui de prétexte : mettre tout le monde en fiches et menacer les libertés fondamentales comme la liberté d'expression, même à titre privé, y compris pour des avocats.

 

Les "policiers républicains" qui ont dénoncé les propos privés d'un avocat à leur ministre sont ceux-là même qui défendaient la création du fichier Edwige et prônent une "chaîne hiérarchique solidaire" du sommet à la base de l'administration policière.

 

Le justiciable s'interrogera utilement sur le sens et les effets possibles d'un tel principe "solidaire", notamment en matière d'accès à la justice et d'égalité devant la loi. Le fonctionnaire de police s'interrogera accessoirement sur ses chances d'être défendu par de tels syndicats prônant leur attachement à une "chaîne hiérarchique". Le mot "chaîne" s'interpréte différemment selon le bout où on se trouve.

 

L'histoire des "Malgré nous" est exposée dans le livre d'Eugène Riedwieg. On découvre une France bureaucratique abandonnant des populations au vainqueur, comme elle le fera en Indochine et en Algérie. Un France politique et administrative qui se désintéresse du facteur humain, tant qu'il ne s'impose pas dramatiquement à l'opinion, comme l'a encore démontré France Télécom, ou Outreau, déjà oublié. Mépris et indi-France ?

 

Ce qui précède ne devrait-il pas être enseigné et débattu dans les écoles de police ? Des évènements récents montrent que ce serait bien plus utile que la lecture de la lettre de Guy Moquet au primaire ou au secondaire.

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