L'antisémitisme est un échec. L'échec de l'Etat et l'échec du politique. L'histoire le montre et le répète. L'antisémitisme est l'injustice ultime qu'inflige un Etat en affligeant une communauté des conséquences de la médiocrité de son personnel politique incapable à maintenir la cohésion sociale, non pas contrainte par une force publique qui s'exerce aux mépris des libertés fondamentales, mais consentie, par l'adhésion de chacun dictée par son sentiment d'appartenir à une communauté qui le respecte.
Un pays où l'antisémitisme trouve à s'installer est un pays où l'Etat et le politique laissent prospérer une misère intellectuelle propice pour qu'il y rencontre de l'écho.
Un pays où l'antisémitisme trouve des oreilles complaisantes et un pays où le politique a failli dans son obligation positive à garantir l'effectivité du droit à l'instruction, comme la France en a pris internationalement l'engagement.
Un pays où l'antisémitisme trouve un terreau favorable pour y diffuser son venin est un pays où le politique renonce à combattre les préjuges et l'ignorance comme y contribue et le prévient le droit à l'instruction, en le privant des fonds nécessaire au prétexte de l'austérité, pour des raisons budgétaires.
Un pays où l'antisémitisme reçoit un accueil et permet de faire vendre des livres ou des spectacles est un pays où le politique a failli en laissant dans sa population des personnes privée d'un esprit critique suffisant pour se rendre compte d'elle-même de l'erreur dans laquelle elle se fourvoient et se compromettent. Un peuple éclairé est plus difficile à gouverner parce qu'il est en mesure d'exiger que soit respecté l'intérêt général.
C'est une erreur et c'est réducteur de limiter le débat sur l'antisémitisme aux juifs.
L'antisémitisme dépasse les juifs.
L'antisémitisme est un indicateur social de l'état de déréliction d'un pays, de la médiocrité de sa politique en matière de prévention de la discrimination.
L'antisémitisme est l'expression d'un état d'arriération mentale favorable à n'importe quel arbitraire.
L'antisémitisme est le signe d'un Etat et d'un politique qui laissent s'installer des déséquilibres propices à rompre le lien social, le lien qui uni et prévient l'émergence de la jalousie, de la haine.
L'antisémitisme est une manifestation de l'atomisation sociale qui déstabilise les plus faibles et les inspire à chercher un refuge pour se protéger contre une politique agressive promouvant le rapport de force, la confrontation.
Un sentiment d'abandon et la peur expliquent le repli communautaire et favorisent l'instrumentalisation et la manipulation sectaire, propice à faire de n'importe qui un ennemi. Cette observation mérite d'être méditée par tout le monde.
Si Franklin Delanoe Rossevelt disait " La seule chose dont vous devez avoir peur, est la peur elle-même. " il faut que personne n'ait peur. Il ne sert à rien de transférer la peur à un autre. Ce travail collectif passe par le rétablissement de la confiance, non pas des marchés, mais de la population dans ses institutions. Or, l'évidence montre le politique a gaspillé cette confiance, puisque, d'une part, des juifs préfèrent quitter la France pour aller en Israël, où la violence est présente, et que, d'autre part, des jeunes préfèrent quitter la France pour aller se battre et, selon le gouvernement lui-même, revenir commettre des attentats.
L'antisémitisme est un signe d'un malaise social de très grande ampleur. Il est une alarme, une alerte parce qu'il n'est pas possible d'imaginer qu'un pays comme la France dérive dans la violence raciste sans un profond dissensus suffisamment grave et puissant pour s'opposer aux valeurs fondamentales de la République.
L'antisémitisme envoie un signal au pouvoir qui dépasse la seule communauté juive parce que l'antisémitisme est un racisme et que le racisme est un discrimination, laquelle fait grief à la dignité humaine.
Le retour sur la scène publique de l'antisémitisme et de sa violence inadmissibles interpellent donc très gravement la communauté nationale et, notamment, ceux qui ont sollicité le mandat de la diriger à trouver, non dans le discours mais l'acte politique, les moyens, c'est une obligation de résultat, de combler l'insondable béance intellectuelle dans laquelle trouve à résonner et à s'amplifier l'ineptie qui fait le succès des antisémites.
S'interroger sur ce qu'est l'antisémitisme permet d'arriver à la conclusion qu'il n'est que vacuité intellectuelle. Il ne s'explique ni n'admet aucune explication rationnelle.
L'antisémitisme se nourrit, se développe et s'amplifie du vide de la pensée. Comme n'importe quelle discrimination, il repose sur des préjugés et l'ignorance.
S'il n'est pas possible de trouver à l'antisémitisme une explication, ses causes sont à chercher ailleurs, au-delà de la communauté juive. L'antisémitisme a des causes externes à la communauté qu'il accable. Il nait donc d'une faiblesse du pays où elle se trouve.
L'antisémitisme est un racisme, un discrimination. Il est l'indicateur précurseur dramatique d'une société qui se divise et se morcelle en détestations réciproques et stupides. Les discours discriminant et stigmatisant accélèrent ce processus.
Il est dramatique de devoir constater que 70 ans après la guerre, en France, le juif reste une cible, comme si la France n'avait pas retenu les leçons de l'histoire. Elle les a inscrites dans des livres d'histoire ou des études savantes, mais il est évident qu'elle n'est pas parvenu à les inculquer à tout le monde.
L'antisémitisme du XXI° siècle signale l'échec de l'Etat à édifier et stimuler un esprit critique. C'est une faute politique, l'échec du politique.
Les historiens préciseront la date du début de cet échec.
Le droit à l'instruction est un droit de l'Homme de deuxième génération, un droit économique social et culturel. L'Etat, et ceux qui ont reçu mandat pour le gérer, comme ils l'ont sollicité, ont une obligation positive à garantir l'effectivité de ces droits de l'Homme.
Or, force est de constater que le personnel politique de ces dernières dix années a gravement manqué à cette obligation et qu'il l'a même copieusement méprisé, déstabilisant la société sans se soucier des conséquence prévisibles des déséquilibres qu'il provoque.
L'absence d'effectivité du droit à l'instruction entrave l'acquisition des outils nécessaires à construire un esprit critique. L'effectivité d'un droit ne s'apprécie pas par l'existence de textes ou de lois. Elle s'apprécie concrètement, factuellement. Or, si factuellement, il existe de l'antisémitisme, c'est que, factuellement, le droit à l'instruction n'est pas garanti.
Un pays où des préjugés racistes et religieux existent n'est ni un pays développé, ni un pays moderne, ni un pays laïc.
L'antisémitisme en France, comme n'importe quelle autre forme de racisme ou de discrimination, établit que la France n'est pas un pays moderne.
Le pouvoir peut contester la chose. L'antisémitisme le contredit.
L'obscurantisme dont se nourrit l'antisémitisme vient d'une abdication de l'Etat et du politique.
L'école a été mise en échec, comme l'accès au logement, comme l'accès au travail avec un salaire permettant de vivre décemment, comme...
Le personnel politique libéral a détruit avec le succès que l'on sait la cohésion sociale au mépris de la prohibition de la régression sociale inscrite dans le droit, avec un discours dont l'indécence n'a d'égal que la bêtise et qui s'est trouvé de puissant relais dans les médias pour convaincre l'opinion malgré l'évidence de son ineptie. Le message libéral grotesque est que le pauvre est pauvre parce qu'il le veut bien. Son corollaire est qu'il coûte trop cher. La logique de ce discours est non seulement discriminatoire mais il est également mortifère. Il condamne.
En condamnant, il provoque un sentiment d'injustice, voire d'humiliation. Il isole, désocialise, rejette.
Un pays qui ne garantit pas l'effectivité de l'égalité, le sentiment d'appartenir à une seule et même nation, provoque des replis communautaires.
Un pays incapable d'entretenir le lien commun est un pays dont la politique divise et dont n'importe quel facteur ou propos de division vient accréditer l'idée qu'une telle division est légitime. Il banalise la division et son acceptation intellectuelle.
Le discours scandaleux sur les Roms et le comportement inadmissible de l'Etat et des collectivités territoriales, dont les abus ont été sanctionnés par la justice, ont contribué à l'émergence et la banalisation du racisme, dont le traitement administratif a montré que les pouvoirs publics eux-mêmes ont manqué d'un minimum de bon sens.
Bien au contraire, il s'est trouvé des hauts fonctionnaires pour se faire les zélés promoteurs d'une circulaire condamnée par la communauté internationale, lesquels poursuivent un carrière heureuse et ont connu une promotion, qui ne peuvent que choquer, avec la caution et la mansuétude d'un premier ministre qui prétend, aujourd'hui, s'émouvoir du retour d'un comportement discriminatoire.
Mais pourquoi ne fait-il donc pas ratifier le texte qui permet de la combattre plus efficacement ?
Il n'est pas possible de s'émouvoir aujourd'hui de la résurgence de l'antisémitisme sans se rappeler du discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy et des déclarations de Manuel Valls sur l'incapacité à intégrer un groupe de population dans la communauté nationale.
La militance du Front national à proposer des repas à base de porc et le débat idiot sur la viande hallal ont également participer à cette division de l'opinion, nonobstant son discours sur l'immigration qui contribue à entretenir la confusion et la détestation de l'altérité affectant des citoyens français.
Voilà le moteur de la division sur lequel est venu s'ajouter le puissant levier qui l'a amplifié, celui des économies budgétaires et de leurs conséquences.
La régression sociale que produit une politique libérale qui réduit les budgets sociaux, les budgets publics, font obstacle à l'édification de l'esprit critique suffisant à la propagation d'idées racistes ou discriminatoires, lesquelles trouvent un levier dans l'humiliation ressentie dans les populations frappées par l'accroissement des inégalités.
Que n'a-t-on pas entendu comme promesses et que n'a-t-on pas vu comme reniements qui accroissent encore ces inégalités ?
Le discours du gouvernement à poursuivre dans cette voie s'affirme dans le projet de loi Macron pour des raisons fallacieuses.
Il n'y a pas lieu à détruire le code du travail pour relancer la croissance ni supprimer des budgets parce que l'Etat laisse filer 150 milliards d'euros de ressources publiques par an. L'Etat serait largement en mesure d'assurer l'équilibre budgétaire, garantir l'effectivité des droits sociaux, relancer la croissance et rembourser la dette s'il s'appliquait à percevoir ces 150 milliards. Il est peu probable que ce sont populations modestes qui dissipent cet argent public et le mettent dans des paradis fiscaux.
Ce n'est pas appauvrissant les pauvres, en étendant la paupérisation et en stigmatisant par des discours cosmétiques les imbéciles qu'on réduit les causes de l'antisémitisme. Tout le monde n'a pas un Israël pour refaire sa vie quand la France n'a plus rien d'attrayant.
L'antisémitisme est un vide, une expression du néant. Une inhumanité.
La misère matérielle et la misère intellectuelle sont aussi des vides.
L'antisémitisme est le résultat d'une synthèse, de la conjonction, des vides que le pouvoir, soumis aux égoïsmes qui militent pour l'optimisation immédiate de leurs profits, abdique à son obligation qu'il a de les remplir, pour que trouve à s'exprimer la richesse humaine qui manque aujourd'hui à la France et dont l'absence explique le succès d'une haine stupide et mortelle.
L'antisémitisme est la conséquence d'une politique superficielle, faite d'apparences, de déclarations formatées de communicants pour un journal de 20 heures d'une chaîne dont le souci est de vendre sa pub à des annonceurs.
Des discours creux sans incidence concrète sur le progrès social et le bien-être général sont des discours creux. Ce qui est creux est vide.
L'antisémitisme nait du vide et il est la conséquence d'un vide.
La résurgence de l'antisémitisme permet de constater dans ses causes ou ses effets l'échec du politique. Que ce soit par peur ou par haine, la France déçoit et fait fuir.
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Ceci n'est pas un juif 24 janvier 2015 | Par babordages
«Après les meurtres antisémites, plus aucun juif n'est à l'abri en France» Par Carine Fouteau
Mediapart a rencontré le président de l'Union des étudiants juifs de France et quatre de ses prédécesseurs afin de recueillir leur analyse sur l'évolution de l'antisémitisme.
Après les attentats, le plan pour l'école néglige l'essentiel Par Lucie Delaporte
La grande mobilisation de l’école décrétée par l’Élysée après les attentats de Paris a accouché de mesures symboliques centrées sur la laïcité. Derrière les rodomontades républicaines, les questions douloureuses ont, elles, été soigneusement occultées.
L'échec de la case prison Par Joseph Confavreux
À l’heure où l’on condamne à de la prison ferme des ivrognes pour « apologie du terrorisme » tout en s’inquiétant des effets de radicalisation liés à l’enfermement, le sociologue Didier Fassin propose une éclairante ethnographie de la « condition carcérale » et des effets délétères des logiques strictement punitives.
Les lourdes peines de prison ferme prononcées ces derniers jours pour réprimer l’apologie du terrorisme s’inscrivent-elles dans cette logique ?
(...) Au moment même où on nous explique que la prison est un lieu de radicalisation, on enferme donc des gens qui sont dans des comportements de rébellion, mal armés intellectuellement ou politiquement, au risque de les mettre dans des circuits où ils peuvent trouver une forme d’exutoire par rapport à leur révolte.
Cette extension de l’État pénal a-t-elle pour corollaire, ou conséquence, le rétrécissement de l’État social ?
On peut repérer trois rationalités dominantes de l’État en matière de gouvernement de la précarité.
D’abord, l’État social vise à protéger l’ensemble de la population, et notamment les plus fragiles, des aléas de la vie. Il est aujourd’hui en déclin au moment même où les inégalités augmentent, (...). Du reste, pour rendre cette évolution acceptable, on délégitime les bénéficiaires en les soupçonnant de toujours abuser et tricher.
Ensuite, l’État pénal s’est quant à lui étendu de manière spectaculaire avec une augmentation de plus de 50 % de la population écrouée entre 2002 et 2012, ce qui est sans précédent en France, (...). Or, cet emprisonnement concerne d’abord les populations qui souffrent le plus du désengagement de l’État social.
À ces deux rationalités s’ajoute une troisième, celle de l’État libéral, non pas au sens des économistes, mais au sens politique classique (...). Parallèlement, on ne cesse d’invoquer la responsabilisation des détenus, par exemple à travers le travail ou l’école, alors même qu’il n’existe pas de place dans l’un ou l’autre pour la majorité des détenus.
À quoi tient la surreprésentation des Noirs et des Arabes dans les prisons françaises ?
D’abord, les délits qui ont été ajoutés dans le code pénal ou dont les sanctions ont été aggravées au cours des décennies récentes visent plus particulièrement les milieux populaires, et notamment ceux qu’on appelle les jeunes des cités. On pénalise ainsi davantage les outrages et les rébellions envers les représentants de l’autorité publique que les délits en matière financière ou fiscale.
Ensuite, pour un délit donné, on concentre l’application de la loi davantage sur ces populations. C’est particulièrement vrai de l’usage, de la détention ou de la revente de petites quantités de cannabis. On assiste à une véritable explosion de ces condamnations, qui représentent 14 % des entrées en détention, alors que les trafiquants eux-mêmes ne représentent que 0,25 % des détenus. Or, alors que les pratiques de consommation chez les jeunes sont réparties de façon équivalente dans toutes les classes sociales, la quasi-totalité des contrôles, des fouilles et surtout des interpellations portent sur les jeunes résidant dans les quartiers populaires, qui correspondent à des catégories défavorisées et des minorités ethnoraciales. Ce sont eux que l’on retrouve en prison pour ces infractions.
Assemblée Générale de l'ONU : L'Antisémitisme
Par dianne
Séance plénière des Nations Unies consacrée à la montée de l'antisémitisme dans le monde.