Nicolas Sarkozy sonne l'hallali des droits sociaux

Tous les Français ont entendu clairement le chef de l'Etat vouloir remettre en cause les 35 heures. Il a évoqué aussi une négociation avec les partenaires sociaux à propos de la prééminence des termes du contrat de travail sur le droit du travail.
Les Rita Mitsouko - Marcia Baila © IKE66

Tous les Français ont entendu clairement le chef de l'Etat vouloir remettre en cause les 35 heures. Il a évoqué aussi une négociation avec les partenaires sociaux à propos de la prééminence des termes du contrat de travail sur le droit du travail. Il faut dénoncer avec la plus grande vigueur cette réforme annoncée sournoisement. Sournoise parce que le Chef de l'Etat ne l'a pas évoquée au sommet de la crise du 18 janvier tenu à l'Elysée. Sournoise pour être passée trop inaperçue des journalistes. Les Français du public et du privé sont concernés. Le droit de la fonction publique s'aligne sur le droit du travail. Quel les lecteurs et les commentateurs ne s'y trompent pas, les autres mesures annoncées ne sont rien en comparaison des conséquences d'une contractualisation du droit du travail comme le souhaite Nicolas Sarkozy et Laurence Parisot. C'est un défi du pouvoir de l'argent au peuple français. Le moment de s'indigner et de lancer un signal fort des Français à destination des autres peuples d'Europe est arrivé.

 

 

 

Mathieu Magnaudeix relève que Nicolas Sarkozy est prêt à passer en force. «Le premier ministre François Fillon écrira aux partenaires sociaux dès demain matin pour leur demander de les négocier dans les deux mois qui viennent » précisant qu'en cas d'échec des négociations — du fait de «blocages idéologique» —le gouvernement reprendrait la main.

Le président invite les syndicats à abandonner la sécurité juridique des travailleurs fixée par la loi, la constitution et de nombreuses normes internationales contraignantes, au profit des employeurs, des banques et des fonds de pension. Un tel mépris de l'Etat de droit et de la démocratie - en menaçant dès le départ les acteurs sociaux sur l'issue de la négociation - est un putsch : faire abdiquer les droits sociaux, qui sont des droits de l'homme, par la menace d'un passage en force.

 

 

 

C'est l'exemple le plus scandaleux de la pratique politico-administrative de l'actuelle majorité qui aboutit à une "inversion normative", c'est-à-dire faire prévaloir la volonté d'un seul (le contractant le plus puissant dans le contrat) sur l'intérêt général, posé par la loi.

 

 

 

Martine Billard et le Parti de Gauche ont alerté l'opinion sur cette pratique en dénonçant l'illégalité de la réforme des retraites. Elle a déposé une question au gouvernement dans laquelle elle démontre cette illégalité et demande au gouvernement de se conformer aux engagements internationaux de la France (ce qu'il s'abstient de faire tout en continuant à faire de la régression sociale).

 

 

 

Monsieur Juppé, donne des leçons à François Hollande sur France 2 à propos de la parole de la France (le futur accord européenn que dénonce déjà le PS). Mais à lire la question parlementaire de Martine Billard, Monsieur Juppé ne semble pas témoigner d'un réel souci des engagements du pays puisqu'il ne s'offusque pas d'appartenir à un gouvernement qui viole le Pacte international des droits économiques, sociaux et culturels, des droits de l'homme, signé en 1966 aux Nations Unies, que la France s'est engagée à respecter. Chacun appréciera la rigueur de Monsieur Juppé.

 

 

 

Le trois centième anniversaire de Jean-Jacques Rousseau est l'occasion de rappeler que le philosophe considérait que le but de toute société est de garantir le bien-être général. La société n'a de sens que de servir l'intérêt général, c'est-à-dire l'intérêt de tous tout en garantissant à chacun l'accès aux mêmes services et l'égalité des droits.

 

 

 

République signifie la chose de tous.

Il n'est plus question de république irréprochable puisqu'il n'y plus de république quand le pouvoir ne travaille qu'à l'avantage d'un petit nombre comme y conduira l'idée de Nicolas Sarkozy.

 

 

 

Qu'on ne s'y trompe pas. Cette idée est aussi un piège dressé au camp socialiste qui, sous l'éphémère séduction d'un candidat donné gagnant, s'était allée à distiller quelques idées libérales, au point d'évoquer l'idée reprise ce soir par Nicolas Sarkozy.

 

 

 

François Hollande doit donc se dégager de ce piège très rapidement en reconnaissant sans tarder l'erreur de cette idée qui lui fut soufflée sans que ses conseillers ne l'aient alerté suffisamment sur l'incidence néfaste qu'elle aura sur la protection des droits collectifs et individuels des travailleurs. Il semble en avoir pris conscience, reste à mieux le faire savoir et se démarquer très clairement.

 

 

 

En revanche, par l'énonciation de cette seule idée, Nicolas Sarkozy confirme bien que son camp n'est pas celui de la France ni du peuple français, mais celui de l'économie internationale et de la finance. Il prend clairement position pour le patronnat dans une négociation qu'il est appelé à arbitrer. Nicolas Sarkozy s'exonère de l'obligation de neutralité de l'Etat (voir par ex. : débat sur la laïcité).

 

 

 

Les Français ne doivent pas se leurrer. L'inversion des normes promue ce soir par l'UMP, met non seulement en cause la garantie du salaire et du nombre d'heures hebdomadaires mais va également soustraire les employeurs à leurs obligations de santé et de sécurité qu'ils ont à l'égard de tous leurs employés.

 

 

 

C'est remettre en cause les progrès de la jurisprudence en matière de souffrance au travail, que personne n'ignore plus devant l'accumulation du cortège des suicides dans des grandes entreprises de l'Etat. La souffrance des travailleurs anonymes du privé, méprisés pareillement, ne peut pas compter sur une représentation syndicale, puisque le syndicalisme dans le privé fait l'objet d'une contrainte, voir d'une répression.

 

 

 

Nicolas Sarkozy a donc exprimé l'idée de rabaisser les conditions de travail et le dialogue social en France à ce qu'ils sont en Chine ; plutôt que de défendre les garanties sociales et forcer le gouvernement chinois à s'y conformer - à l'avantage des travailleurs chinois - en dénonçant l'incidence dramatique et indigne d'une exploitation inhumaine de la main d'oeuvre, qu'on désigne sous l'euphémisme de « dumping social ».

 

 

 

Les employeurs n'auront plus besoin de délocaliser. Nicolas Sarkozy propose de donner aux financiers et aux employeurs le pouvoir de malmener les travailleurs français comme ils le font dans les pays en développement.

 

 

 

L'UMP finit ainsi d'affirmer sa négation de la société française en menaçant les acquis sociaux d'un siècle et demi, ancrés constitutionnellement dans l'histoire nationale (préambule de la constitution de 1946) et internationale (Pacte international relatif aux droits sociaux et culturels) acquis durement par la collectivité.

 

 

 

Sociologiquement, il est diffcile de s'empêcher de penser qu'il y a préméditation à ce qui ressemble à une provocation de l'électorat de la gauche. L'accumulation des déséquilibres du quinquennat, dont Nicolas Sarkozy vient d'annoncer surement le plus monstrueusement abouti, fragilise gravement la France et la soumet inutilement à des tensions. Une telle provocation n'a pour but que de finir d'exaspérer l'opinion et la conduire à des émeutes pour justifier une répression, envisagée par le provocateur, peut-être, ou susceptible de se préparer rapidement.

L'intervention de Nicolas Sarkozy aura illustré comment l'UMP s'est faite le fossoyeur de la république et de la démocratie.

Plus de doute sur la nécessité qu'il y a pour tout démocrate attaché aux valeurs fondamentales qui font notre société de voter à gauche.

Pas besoin de descendre dans la rue pour prêter le flanc à une provocation. Français, ouvriers, employés, cadres, syndicats, juristes, avocats, magistrats, journalistes, ... mobilisez-vous. Faîtes-circuler l'information. Discutez-en. Interpellez vos représentants. Soutenez les dans leurs contestations. Ils diront, eux, s'il s'agit de se mobiliser autrement, et comment faire.

La France de demain que promet Nicolas Sarkozy aux Français est celle de Charles X. Celle du pouvoir des riches, celle des Misérables.

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