DES CHIFFRES ET DES LETTRES ou de l'islamogauchisme et du capello-vychinskisme.

Il y a peu, dans un de ses commentaires auxquels la rareté confère une valeur presque oraculaire, notre vénéré Edwy Plénel, se référant à la charte de Médiapart, déplorait l'usage du terme islamo-gauchiste.

D'après Edwy, et bien que cela ne soit pas expressément mentionné dans ce document empreint de sagacité qui confère aux échanges entre médiapartiens une urbanité légendaire, l'usage du terme islamo-gauchiste constitue immanquablement une violation de ladite charte.

@Lemoineau Rappel de la Charte éditoriale de Mediapart (elle est ici), que vous vous êtes engagé à respecter en souscrivant votre abonnement : "Insultes, invectives, injures, harcèlement, dénigrement et propos de nature diffamatoire, envers tout contributeur comme envers Mediapart est sa rédaction, n'ont pas leur place sur Mediapart". Les mots "collabo" ("en temps de guerre" face à "un ennemi déclaré", donc potentiellement traître à abattre) comme l'amalgame aussi grossier qu'insultant "islamo-gauchiste" relèvent de ce registre. Si je ne dépublie pas votre commentaire (alors que je le devrais), c'est en guise de mise en garde pour ceux qui seraient tentés de vous suivre sur cette voie. Merci donc de revenir à des arguments et d'abandonner les insultes, invectives, injures, etc.

===================================================================================================

S'agissant du terme collabo, il n'est pas douteux qu'il est peu susceptible de s'extraire du registre de l'insulte.

Notons cependant que son usage est assez courant parmi les abonnés, car le premier réflexe d'un polémiste est souvent de chercher des expressions virulentes et, de ce point de vue, le terme collabo semblera toujours bien pratique à plus d'un de nos conclubiotes. Gageons que désormais, il sera employé avec plus de circonspection et que la modération le sanctionnera, maintenant que la jurisprudence est établie.

Certes, un de nos camarades, bien connu pour sa délicatesse rhétorique, arguera volontiers du fait que les séides de Déat pullulent dans les divers courants de la gauche radicale et qu'il est donc fondé à en conserver l'usage, dès lors qu'il aura identifié l'un deux. J'espère simplement que la modération, ayant à cœur d'accorder du crédit à la parole d'Edwy, n'acceptera pas cette interprétation extensive.

Venons-en au néologisme islamo-gauchisme. Outre que sa graphie n'est pas encore fixée, il faut noter que la réaction d'Edwy venait juste après qu'il ait été, dans la discussion sur le burkini, accolé au terme collabo. Sans cela, peut-être eût-il échappé à son courroux, est-on tenté de penser.

Rien n'est moins sur, cependant, car il s'est empressé de mettre en garde ceux qui en feraient usage et ce, sans préciser que, pour être fautives, les deux expressions devaient faire référence l'une à l'autre.

Nous voilà donc confrontés au fait que, selon Edwy Plénel, le terme islamo-gauchiste, aussi grossier qu'insultant, n'est pas, si j'ose dire, Médiaparto-compatible.

Pourtant, le 6 Janvier 2016, Médiapart a organisé avec Edwy Plénel un débat pour tenter de comprendre, intitulé Aveugles face au Djihadisme. , en compagnie de Jean Birnbaum auteur de Un silence religieux. La gauche face au djihadisme, et de Gilles Kepel, auteur de Terreur dans l’Hexagone, genèse du djihad français. Ce dernier et Edwy Plénel sont tous deux chroniqueurs à France Culture. Nul doute qu'ils connaissent parfaitement leurs idées respectives.

Or, lors d'une émission sur France Culture - Face à la barbarie - en compagnie de l'immense et regretté Abdelwahab Meddeb, Gilles Képel tenait le propos suivant:

 

 

 

Islamo-gauchisme

Pour ceux qui voudraient écouter l'intégralité de l'émission, c'est ici.

Voilà qui est intéressant, n'est-ce pas? Il semble qu'Edwy, si sourcilleux d'ordinaire sur les questions d'éthique, n'ait pas songé à tenir grief à Gilles Képel de considérer que le concept d'islamo-gauchisme pouvait offrir une certaine pertinence pour désigner les choix idéologiques d'une partie de la gauche radicale, celle qui d'ordinaire se plait à se présenter comme la seule vraie gauche.

À mon sens, il y a peu de chance que Médiapart bénéficie jamais d'une explication théorique en bonne et due forme entre les deux personnages mais ce qui est certain, c'est que l'usage de ce terme ne semble pas incongru à un invité de la Rédaction. Ledit invité étant lui-même jugé apte à émettre des opinions éclairantes sur le jihadisme, l'islam, les musulmans et, nous l'allons bientôt voir, sur la façon dont certains se positionnent au sein de la Vraye Gausche. J'en suis donc venu à considérer que, sous réserve qu'il s'agisse d'une véritable référence politologique, le terme islamogauchiste n'est pas une insulte contraire à la charte et constitue même une notion précieuse pour éclairer les positions prises par un certain nombre de membres du Club. J'espère qu'Édwy me saura gré d'avoir affiné sa doctrine pour éviter toute censure injusifiée.

Au cours du même entretien avec Abdelwahab Meddeb, Kepel émet la considération suivante:

Islamophobie

France Culture

Vous avez donc bien entendu: parlant d'islamophobie Képel utilise les termes de pseudo-concept et de machine de guerre destinée à protéger les salafistes.

Or si Edwy est riche de son amour inconditionnel pour les musulmans, Kepel, lui, maitrise infiniment mieux la variété des débats et des stratégies internes à l'islam. Il est donc certainement plus à même de situer l'intérêt que représente l'usage intensif du terme islamophobie quand un certain nombre d'islamogauchistes, que l'on trouve immanquablement sur les billets traitant de près ou de loin de l'islam, se montrent bien en peine d'en donner une définition uniforme et pertinente. Généralement ils hésitent entre un méronyme de racisme et une particularité nosographique non encore répertoriée par les versions les plus récentes du DSM-V. Enfin, quand je dis qu'ils hésitent, c'est généralement dans le cas ou ils sont disposé à apparaitre ouverts au débat, car leur réaction habituelle est plutôt de considérer le fait de simplement soulever la question comme un indice probant de racisme.

Je ne conteste d'ailleurs pas qu'on puisse être simultanément victime du préjugé raciste et présenter des troubles du comportement, mais il faut bien admettre qu'il est plutôt acrobatique de fusionner théoriquement des domaines aussi éloignés. Soit il s'agit d'un trouble comportemental, soit il s'agit de racisme.

Dans le premier cas, la meilleure stratégie impliquerait une thérapie conforme aux courants et aux techniques qu'on tient personnellement pour les plus adaptées: psychanalyse (de divers ordres), thérapie comportementale, hypnose eriksonienne, voire, pour les nostalgiques du soviétisme dans un seul pays, traitement neuroleptique, douche froide et camisole de force. Il n'y aurait donc pas lieu de brasser l'air avec des invectives, de manifester dans des cantons éloignés au risque d'essuyer un épisode cévenol ou de gesticuler en criant de façon hystérique: ¡No pasarán!.

En revanche, s'il s'agit d'une référence politique, d'un préjugé racial, ou d'une stratégie visant la dignité de ceux que la loi interdit de stigmatiser à raison de leur ethnie, pourquoi se charger, surtout si l'on est athée, de références théologiques? Sans compter que, sur ce plan, hormis quelques expressions dialectales, on ne peut guère dire que l'aspect dogmatique soit plus qu'effleuré. Si tous les musulmans s'accordent à valoriser la pilosité faciale masculine, ils ne sont par exemple pas tous d'accord sur l'étendue de la pudeur qu'il convient d'attendre du sexe féminin: certains se contentent d'un simple foulard, d'autres ne jurent que par des sortes de cagoules très ajustées, d'autre par des tenues presques moniales tandis que certains imposent des gants et ne laisseraient que les yeux apparaitre si la loi républicaine scélérate, adoptée par les manigances des Sages de Sion alliés aux ultra-laïcards crypto-fascistes, ne l'interdisait. Bref, nos islamo-gauchistes n'acceptent pas de critique de l'islam venant d'un non-musulman mais il n'y entendent eux-mêmes pas grand-chose. Suffirait-il de se convertir à l'islam pour pouvoir le critiquer? L'idée parait curieuse...

Je sais, on me dira que, pour certains, l'islam est avant tout une identité, à mi-chemin entre le costume et la couleur de peau et qu'à travers lui, on vise toute la dignité de ceux qui en présentent les attributs vestimentaires et dermatologiques. Fariboles, car nous nous retrouvons de nouveau face à du racisme.

Que Gilles Képel, pour qui j'ai le plus grand respect et une grande admiration, me pardonne en tout cas de le brouiller avec une certaine partie du lectorat de Médiapart mais comme il a, pour ainsi dire, reçu l'onction de la Rédaction, j'ose espérer que la critique éventuelle de ses propos ne s'avancera pas jusqu'aux rivages fangeux du dénigrement personnel. Si tel était le cas, cependant, c'est aux mœurs en usage chez certains qu'il faudrait l'imputer et il serait sans doute temps de se demander comment fonctionne l'échange d'idée au sein de certains groupes militants.

J'arrêterai là pour l'instant car, sachant la répulsion naturelle de l'islamo-gauchiste pour tout argumentaire osant critiquer l'intérêt du concept d'islamophobie, je ne voudrais pas lui fournir une raison supplémentaire de se défiler en prétendant que mon brouet est indigeste. Ce qui me permettra de considérer tout commentaire recourant à cet expédient comme un mélange de flemme, de bêtise et, car ce n'est pas exclusif, de mauvaise foi.

Je traiterai donc du capello-vychiskisme dans un seconde partie, de sorte à laisser les esprits se régénérer et l'attention se rétablir.

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.