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Billet de blog 28 oct. 2017

La censure pour les chafouins

Le récent épisode de la dépublication d'un billet d'Utopart m'a rappelé celui que j'ai vécu au printemps dernier. Au mois de juillet un article de Guillaume Alexandre était venu nous expliquer qu'il fallait alerter sur certains commentaires si nous voulions avoir des fils de discussion de qualité. Il ne semble pas avoir convaincu tout le monde sur l'impartialité de la modération.

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Je précise, bien entendu que je n'ai pas toujours été tendre avec Utopart en raison de ses analyses politiques. Mais quand quelqu'un dit que deux et deux font quatre, je ne me base pas sur la nature de ses idées pour savoir s'il dit vrai: il me suffit généralement de regarder la pendule.

Voici donc le message que j’ai posté le 13 Juillet dernier sur le billet de Guillaume Alexandre, et qui se trouve ici:
https://blogs.mediapart.fr/guillaume-alexandre/blog/100717/pour-des-fils-de-commentaires-de-qualite-pensez-alerter 

Une fois n'est pas coutume, je viens plaider pour ma paroisse car un de mes billets a été dépublié il y a quinze jours, et ce d'une façon qui me semble constituer un cas intéressant d'hybridation entre la censure proprement dite et le traitement de l'information façon Pravda.


J'avais publié, en Novembre, le compte-rendu de la republication d'un ouvrage sur l'opération Turquoise par l'officier qui venait hiérarchiquement après le général Lafourcade, chef de la mission. Il s'agissait du livre Les larmes de l'honneur du colonel Jacques Hogard. 


Il se trouve que, depuis le vingtième anniversaire du génocide en 2014, je me suis plongé dans l'étude du dossier de l'effroyable tuerie qui s'est perpétrée au Rwanda, de ses causes, de ses séquelles et de son traitement médiatique. Je vous fais grâce de la bibliographie que j'ai pu parcourir, mais le livre dont je parle apportait non seulement un point de vue assez fort sur la façon dont l'armée française avait rempli sa mission, mais aussi un élément nouveau résultant de sa mise à jour, critiquant un personnage apparu providentiellement pour la circonstance et bénéficiant d'une communication parfaitement synchronisée portée par quelques journalistes délivrant depuis le départ une version unilatérale du drame: Laure de Vulpian, Maria Malagardis, Colette Braeckman, Patrick de St Exupéry, Jean-François Dupaquier, pour les plus engagés. 


Tout à coup, vingt ans après les faits, un officier d'artillerie, après avoir écrit un roman à clef - Vents sombres sur le lac Kivu - c'est à dire ne nommant ni les acteurs réels, ni les lieux, est venu ouvrir un blog sur Médiapart et sur Le Monde.

J'ai fini par avoir personnellement des échanges assez rugueux avec lui, me faisant même insulter, car je n'apprécie guère sa façon de procéder. 
Paré des attributs du lanceur d'alerte, il se garde en fait de toute accusation vraiment précise, répétant constamment qu'il ne parle que dans le souci d'offrir le point de vue d'un acteur de terrain mais sans s'autoriser une analyse d'ensemble de la situation. Il n'y a que sur un seul point, celui qui revient aujourd'hui, qu'il s'était un peu avancé mais en l'interrogeant un peu, j'ai fini par le prendre en défaut et il a un peu perdu son flegme: il prétendait que la complicité de la France dans le génocide résultait d'une livraison d'armes à laquelle il avait assisté. 


Pas de chance, en discutant avec moi, il a fini par lâcher que la livraison avait eu lieu entre le 17 et le 30 Juillet. Et quand je lui ai fait remarquer qu'à cette date le génocide était déjà terminé, il n'a vraiment pas apprécié ma remarque: 


C'est ici: 
https://blogs.mediapart.fr/guillaume-ancel/blog/040714/juillet-1994-livraison-darmes-aux-forces-armees-rwandaises-refugiees-au-zaire-une-operation-hum/commentaires

Bien entendu, il a immédiatement fait effacer ma réponse, comme il le fait chaque fois qu'il est en difficulté. Je peux vous l'adresser en privé, vous verrez qu'il n'y a rien de contraire aux sacro-saints principes de la Charte.

C'est donc avec une certaine curiosité que j'ai lu les précisions du Colonel Hogard au sujet du capitaine Ancel dans la mise à jour de son ouvrage. Celui-ci s'élève en faux contre les déclarations d'Ancel et explique clairement qu'il y aurait une certaine concomitance entre un refus de réintégration du capitaine Ancel dans l'armée et le besoin subit d'épancher sa mémoire. Ce n'est pas moi qui le dit et, dans mon billet je n'ai fait que reproduire les propos du colonel Hogard. 


Figurez-vous qu'il y peu le capitaine Ancel se réveille et vient démentir les propos du Colonel Hogard, me traitant au passage de suppôt de l'extrême-droite alors qu'il n'a jamais attaqué les propos en justice. Comme je le lui fais observer avec quelques remarques acerbes sur le caractère éphémère de la célébrité, il fait dépublier ma réponse. 
C'est que quand le capitaine Ancel s'exprime sur Médiapart, on ne réplique pas.


Mais comme je ne me laisse par marcher sur les pieds quand j'ai le droit et le bon sens pour moi, j'efface mon billet et je le republie. C'est à dire que, puisque je n'ai pas la main secourable d'Anastasie à ma disposition, j'utilise le seul moyen à qui me reste pour nous remettre à égalité.

Et là, Ancel fait dépublier mon nouveau billet.


Pendant neuf mois, il n'a pas attaqué le colonel Hogard, il n'a pas attaqué mon billet et, tout à coup, il décide soudainement que mes propos sont diffamatoires. C'est une blague ridicule car le billet republié est resté neuf mois en ligne, c'est à dire que l'action était prescrite. Évidemment, comme je republie, il peut prétendre qu'il y a nouvelle publication et - soi-disant - m'attaquer moi et le journal. Avec le résultat qu'on devine car je n'ai pas ajouté une ligne de texte aux propos du colonel Hogard. C'est minable mais techniquement, ça peut se plaider. Et je ne vais pas offrir à la rédaction un motif de me priver de parole car, visiblement, mes propos dérangent son plan média depuis le départ. 
Curieuse censure, donc, et variante très imaginative, vous en conviendrez.

Mais, et c'est tout le sel de l'histoire, le Colonel Hogard vient lui aussi de réitérer ses déclarations dans le journal Causeur.

Et il n'y va pas par quatre chemins: 
http://www.causeur.fr/rwanda-france-revue-xxi-turquoise-45275.html 
L'épisode de la réintégration est rappelé. C'est à dire le propos qui m'a valu une dépublication. 


Et que fait le capitaine Ancel? 


Comme vous le savez, par tradition, un bon artilleur est sourd. J'ai pris le soin de dire tout cela dans les commentaires qui suivent sa dernière interview sur Médiapart mais, pour l'instant, aucune réaction. Voilà qui est curieux. 
Je m'adresse donc, à travers vous, à la rédaction en prévenant que si Ancel n'attaque pas la source de mon billet, personne ne sera fondé à affirmer qu'il y a diffamation - sauf si j'en rajoute une couche sur les faits, ce dont je me garderai bien.


Mais comme je connais ma petite Anastasie sur le bout des doigts, je préfère l'obliger à prendre part au spectacle pour que les connaisseurs puissent apprécier son zèle en gourmets.


Voilà donc un reproche que j’adressai directement au modérateur et qui reste à ce jour sans réponse de sa part.


En revanche, j’en eus bien une de la part de Guillaume Ancel qui, après m’avoir traité de lâche parce que je contribue sous pseudo me proposa de le rencontrer pour me convaincre de sa bonne foi. L’offre me parut peu intéressante, compte-tenu de la suite notamment.

C'est ici:

https://www.mediapart.fr/journal/international/080717/guillaume-ancel-retourne-sarajevo/commentaires#comment-8394435

En effet, comme on pourra le constater dans les commentaires, Guillaume Ancel admit sans sourciller que les propos de jacques Hogard le mettant en cause n’étaient pas de la diffamation mais un simple comportement déplacé:


En d’autres termes Mediapart avait sucré pour diffamation un de mes billets après qu’il soit resté en ligne neuf mois sur la simple demande de quelqu’un qui reconnaissait finalement qu’il ne s’agissait pas de diffamation mais de comportement déplacé. Tout en me menaçant de me retirer mes droits participatifs pour le cas où je republierais mon billet.
Cette histoire m’a persuadé que le grief récurrent qui est fait à Mediapart d’avoir une censure à géométrie variable mérite qu’on s’y attarde quelque peu.
Et, bien entendu, le récent épisode de la dépublication du billet d’Utopart semble me donner raison dans la mesure ou ceux qui l’ont lu n’ont pas vu en quoi il constitue la fameuse contravention à la loi sur la presse dont la mention apparait désormais à sa place.
On peut s’en faire une idée ici:

https://blogs.mediapart.fr/lancetre/blog/281017/tariq-ramadan-accuse-de-viol-dialoguer-ou-depublier

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