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Billet de blog 12 juin 2012

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Mexique : pour ou contre le retour de la « dictature parfaite » ?

A trois semaines de l’élection présidentielle à un tour, la campagne électorale prend des allures de référendum pour ou contre le retour du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI). Tandis que les jeunes indignés battent le pavé.

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A trois semaines de l’élection présidentielle à un tour, la campagne électorale prend des allures de référendum pour ou contre le retour du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI). Tandis que les jeunes indignés battent le pavé.

  • L’écart se resserre entre le candidat de gauche et Enrique Peña Nieto du PRI, toujours donné gagnant par des sondages suspects de favoritisme.
  • Les étudiants mexicains poursuivent la constitution de leur mouvement YoSoy132. Ils demandent la transparence dans les médias, l’observation du scrutin et un troisième débat présidentiel.
  • Des partisans du PRI amenés en bus au stade Azteca ont agressé des étudiants qui manifestaient contre Peña Nieto.

En ce dimanche soir de juin, la place centrale de México, le Zócalo, prend des allures d’agora.  Une mer de citoyens s’agglutine pour visionner sur écran géant le deuxième débat présidentiel à trois semaines d’un scrutin à un tour.

Plusieurs milliers de personnes, manifestement favorables au candidat de la gauche Andrés Manuel López Obrador lancent des vivas lorsque leur favori apparait. A l’inverse, le candidat du Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) Enrique Peña Nieto est l’objet de cris hostiles. Dans ce fief de gauche qu’est Mexico, les étudiants du mouvement YoSoy132 ont de nouveau manifesté quelques heures plus tôt. Leur mouvement, qui a émergé de manière inattendue, exige l'honnêteté des médias et appelle à faire barrage au  PRI.

Le débat commence: chaque candidat a 8 minutes 30 pour exposer son programme au cours d’interventions limitées à 2 minutes 30. Ils ne peuvent se couper la parole, mais la candidate de la droite sortante Josefina Vásquez Mota ouvre le feu. Pour elle « Enrique Peña Nieto et Andrés Manuel López Obrador ne sont que les deux faces d’une même PRI » : d’un côté un parti adepte de la répression et de l’autre une gauche «intolérante».

Quelques jours plus tôt, le très sérieux hebdomadaire The Guardian a corroboré les informations qui circulaient des informations qui circulaient déjà dans la presse mexicaine indépendante : à savoir que dès 2005, Enrique Peña Nieto, alors qu’il était gouverneur de l’Etat le plus peuplé du pays a grassement rémunéré Televisa, le groupe qui possède un quasi monopole audiovisuel sur les ondes du pays, en échanges de publi reportages, d’interviews et de commentaires favorables des « journalistes » de la chaîne.

Quant au peuple de gauche, il lui reproche son bilan en matière de droits de l’homme dont nous parlions ici.

Attaqué par la gauche, la droite et le mouvement social, le candidat du PRI aborde donc un scrutin qui prend des allures de référendum contre son parti qui a gouverné le pays sans partage jusqu’en 2000.

Les grands moments du débat :

Le candidat de gauche Andrés Manuel Obrador s’est montré rassurant en appelant les électeurs au « changement tranquille » incluant « le secteur privé » qui l’a tant dénigré lors du précédent scrutin en 2006. « N’ayez pas peur » a lancé AMLO qui a centré son discours sur la pauvreté, l’emploi, la corruption et la violence. Il a prôné une baisse des salaires des hauts fonctionnaires, la fin des privilèges fiscaux et la lutte contre la corruption pour redistribuer les fonds vers la lutte contre la pauvreté.

La candidate de la droite, distancée dans les sondages, s’est montrée très offensive. Elle s’est placée du côté des étudiants manifestants, en rappelant qu’elle a été témoin, il y a exactement 40 ans, de la répression étudiante du 10 juin 1971. Et a défendu son bilan en tant que ministre de l’Education puis du Développement social. Mais la situation du pays (60.000 morts depuis 2006) et la militarisation rendent sa position difficile.

Quant à Enrique Peña Nieto, il a débuté son intervention en balbutiant plusieurs fois et s’est montré transparent lors du débat. Il n’a pas attaqué le candidat de gauche et s’est contenté de démentir les accusations de collusion avec les médias, pourtant documentées. Ses propositions en faveur d’une meilleure transparence politique et d’un congrès plus efficace (suppression de 100 députés et 31 sénateurs) sonnent cependant faux pour celui qui est entouré de dinosaures éclaboussés par des scandales. Le dernier en date est celui de Tomas Yarrington, gouverneur sortant du PRI du nord du Mexique, accusé de blanchiment aux Etats-Unis.

Enfin, le 4e candidat, Gabriel Quadri, a lancé pêle-mêle des propositions pour le mariage homosexuel, l’accès à l’eau, un meilleur traitement des déchets et la protection des femmes victimes de violence. Malheureusement ce très bon communiquant peine à convaincre car il est  appuyé par un parti satellite du très sulfureux syndicat des travailleurs de l’Enseignement (SNTE).

Le débat se poursuit, au gré des graphiques ou des photos compromettantes que les candidats exposent pour appuyer leurs arguments ou leurs attaques. La nuit tombe sur la place centrale de Mexico. Et devant la majestueuse cathédrale légèrement inclinée en raison de l’instabilité du terrain, des techniciens finissent d’installer une scène géante qui accueillera Justin Bieber pour un concert gratuit. A la fin du débat, dans les rues adjacentes, sous la lueur des lampadaires, la foule des étudiants révoltés se mêle à celle des jeunes filles déjà là pour accueillir le chanteur.

Suivez la campagne au jour le jour sur mon compte Twitter: @raphamoran

>Précédents billets sur la campagne présidentielle mexicaine:

Portrait d'Andrés Manuel López Obrador, candidat de la gauche à la présidentielle mexicaine.

La révolte des jeunes contre les médias.

Peut-on corrompre les électeurs? La preuve en photo.

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