Les chansons à la gloire des narcos interdites dans l'ouest du Mexique

Chronique latino n°3. L'Etat du Sinaloa au Mexique a banni les narcocorridos, ces chansons populaires qui vantent les faits d'armes des barons de la drogue. Selon un porte-parole de Felipe Calderón, la lutte contre les cartels est aussi « culturelle ». Et aussi des nouvelles des réfugiés de l'ETA à Cuba.

Chronique latino n°3. L'Etat du Sinaloa au Mexique a banni les narcocorridos, ces chansons populaires qui vantent les faits d'armes des barons de la drogue. Selon un porte-parole de Felipe Calderón, la lutte contre les cartels est aussi « culturelle ». Et aussi des nouvelles des réfugiés de l'ETA à Cuba.
Photo d'un disque de narcocorridos Photo d'un disque de narcocorridos

Dans le Sinaloa, Etat du Pacifique mexicain connu pour être le berceau d'un des plus puissants cartels du monde, le cartel du Sinaloa, chanter les louanges des trafiquants de drogue est maintenant illégal. Le gouverneur de cet Etat a décrété l'interdiction de diffuser des « narcocorridos », ces chansons populaires qui vantent les faits d'armes des dealers de drogue de la région, des mélodies très populaires dans les bars du nord du Mexique (exemple ici).

Les chansons évoquant le crime organisé et le trafic de drogue sont dorénavant prohibées dans les discothèques, les salons privés et les cantinas, ces bars où les machos exhibent bottes, chapeau et revolver, dans des vapeurs de tequila.

La volonté d'interdire les chansons à la gloire des narcos est ancienne. Cela fait plusieurs années maintenant que le succès des chanteurs qui louent les faits d'armes de tel ou tel capo de la drogue gênent les autorités. Aujourd'hui, le porte-parole de la présidence pour les questions de sécurité, Alejandro Poiré, explique sur son blog que le droit interdit les apologies aux délits. Et il devance l'argument culturel : « certains pensent sûrement que ce type de musique est populaire dans la région depuis longtemps. Mais il faut dire que le narcotrafic est aussi présent dans la région depuis longtemps, et ce n'est pas pour cela qu'on doit le tolérer. Au contraire ».

Certains groupes de musique du nord du Mexique sont depuis plusieurs années réputés pour être la caisse de résonnance musicale des barons de la drogue. Ils animent leurs fêtes débridées, lancent des éloges lorsque des cargaisons passent del otro lado (aux USA) et sont par la force des choses pris dans leurs conflits. Depuis 1992, environ 10 chanteurs de corridos ont été assassinés lors de règlements de comptes, dont le célèbre leader de K-Paz de la Sierra, tué en 2007.

« Le combat contre le crime organisé ne se manifeste pas seulement par le déploiement de la force publique. C'est également une lutte culturelle... », conclut Poiré.

La lutte du gouvernement pour faire barrage à la narcoculture semble dérisoire vu son succès auprès des jeunes hommes. Encore une fois, le gouvernement s'attaque aux symptômes du mal, sans s'en prendre à la racine : pauvreté, absence de perspective, autorité absente ou corrompue. Pour beaucoup, la réussit des narcos constitue le seul horizon. D'où le succès du Saint Malverde, icône généreuse du saint des voleurs. D'où le culte croissant à la Santa Muerte (voir reportage ici), figure macabre qui attire les prisonniers mexicains en perte de repères. Les groupes Facebook en l'honneur de certains cartels ont des centaines de membres. Et le polo que portait La Barbie, un narcotrafiquant de haut vol, arrêté il y a peu, est en vente à prix imbattable sur Internet...

A Cuba, le régime dirigé par Raúl Castro met en marche les mesures de libéralisation. L'une d'entre elles est déterminante:

Les entreprises d'Etat ou les coopératives cubaines qui se révèlent déficitaires de manière répétée pourront être placées en liquidation judiciaire ou privatisées, en vertu des nouvelles réformes économiques dont le contenu est publié lundi par les autorités cubaines.

Les entreprises, qui ne sont plus rentables ou affichent des pertes systématiques, "seront soumises à un processus de liquidation judiciaire ou pourront se transformer en entités de gestion non-étatique (privée, coopérative ou mixte)", explique une des 313 mesures de réforme économique publiées lundi. (voir la suite ici)

Enfin, le journal espagnol El País consacre un article sur la nouvelle politique de La Havane à l'égard des "réfugiés politique de l'organisation terroriste ETA. Jusqu'à présent, en vertu de l'appui inconditionnel du castrisme pour les "mouvements d'émancipation nationale", des etarras se réfugiaient à Cuba pour se dorer la pillule loin des juges espagnols. Sauf que, plus question pour eux de quitter l'île. Le piège se referme sur eux car La Havane refuse de leur accorder des permis de voyager à moins qu'ils ne fassent des démarches à l'ambassade espagnole, humiliation suprême pour un membre de l'ETA. Dans une lettre au régime, deux militants de l'ETA réfugiés à Cuba accusent même les autorités cubaines de se comporter en "geôliers" !

Mexico, 19 mai 2011.

Retrouvez la chronique de la semaine dernière ici: Un mouvement social original contre la violence au Mexique.

Et celle de début mai, là: Ombres chinoises au Pérou, masques roses à Cuba.

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