GOULARD et LASSERRE : deux échecs pour le Président Macron

Les affaires Goulard et Lasserre illustrent l'entêtement du président à nommer des personnalités controversées alors que ces choix lui avaient été déconseillés. Le Parlement européen nous fait cruellement ressentir à quel point notre démocratie est malade.

Les institutions européennes ont parfois du bon. Quand localement, les autorités politiques sont en déshérences morales, le Parlement européen affiche sa conception de la nécessaire probité et exemplarité pour occuper des postes importants. Il faut être digne des fonctions auxquelles on aspire !

Le calendrier a de curieux hasard. L’affaire Goulard survient tout juste après le scandale Lasserre. Dans les deux cas, une volonté du président Macron pour imposer ses créatures à des postes importants. Que ces créatures soient en voie d’être mises en examen, cela n’entame pas la détermination présidentielle qui se transforme en entêtement voire en aveuglement. Pourtant, des voix se sont élevées et ont soufflé à l’oreille du président qu’il n’était pas opportun de nommer ces personnalités en raison de leur comportement problématique dans le passé. Les voix se sont épuisées pour rien car elles se sont perdues dans un néant absolu : aucune écoute.

Le président de la République avait été averti que Bruno Lasserre risquait d’être mis en examen après la condamnation, par le tribunal administratif de Paris, des méthodes de management mises en œuvre dans ses services. Peu importe ! La volonté présidentielle, hélas sans contrepouvoir dans cette affaire, a fait nommer à la tête du Conseil d’Etat un individu aujourd’hui mis en examen pour « complicité de harcèlement moral ». Un individu qui, comme Mme Goulard, se refuse à démissionner, quitte à entacher l’image du Conseil d’Etat par cette affaire de harcèlement. La soi-disant épreuve que traverse Bruno Lasserre (une épreuve toutefois moins rude que celle subie par l’agent qui a perdu la vie et la famille de cet agent) le pousse à ne pas démissionner. Et pourquoi le ferait-il puisque le président Macron est indifférent à ces questions de mises en examen ?

Le président de la République avait reçu le conseil de ne pas proposer Mme Goulard à la Commission européenne mais le président s’est entêté car il a oublié que dans cette affaire, il y avait un contre-pouvoir. Mme Goulard, en digne créature du président Macron, n’a pas voulu s’engager à démissionner en cas de mise en examen. Pour ces gens là, tout est permis et tout est dû. A quoi bon démissionner pour une raison aussi futile qu’une mise en examen dès lors que le président n’a que faire de ces procédures de justice. L’entêtement présidentiel a reçu un beau camouflet de la part du Parlement européen, et c’est tant mieux. Mais il y a pire. A Lyon, le président s'est montré agacé par la décision des députés européens et a déclaré qu'il voulait comprendre…. Eh oui, pour le président, être sous le coup d'une enquête de justice avec une forte probabilité de mise en examen n'est pas un motif de non nomination à un poste important ! Le président veut comprendre ? Qu'il regarde l'attitude de Bruno Lasserre pour comprendre que, hors de France, on ne veut pas nommer des gens qui, une fois mis en examen, ne démissionneront pas !

Le parlement européen nous a montré l’exemple de ce que peut être une démocratie qui fonctionne bien et qui repose sur des valeurs. Ce qui s’est passé au Parlement jette un cruel éclairage sur le naufrage de la gouvernance de notre pays. En France, l’exemplarité et le sens du devoir n’ont plus leur place. En France, le pire est possible car les valeurs morales et l’exemplarité sont devenues démodées. Seul compte le pouvoir et ses attributs qui deviennent une fin en soi. Le Parlement européen nous rappelle à quel point notre démocratie française est bien malade.

Régis DESMARAIS

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