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Billet de blog 18 avr. 2022

Colloque Iliade, des identitaires à l’école du « grand remplacement » (1)

Renaud Camus fait applaudir par 900 identitaires le « grand courage » de « s’assumer raciste ». Le Colloque de l’Institut Iliade, samedi 2 avril, a montré la vigueur du courant issu de la nouvelle droite, l’affirmation paradoxale d’une sensibilité catholique chez des identitaires. Récit d’une visite écourtée chez ces étranges partisans de Zemmour. Première partie : entrée et sortie.

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Samedi 2 avril 2022, un franc soleil inonde la rue Saint Dominique ; dans ce quartier sans habitants, la Maison de la Chimie est remplie, pour le colloque d’un « institut Iliade», une des écoles de formation de cadres et de militants dont disposent aujourd’hui les droites radicales en France.

Les interventions et tables rondes se succèdent dans l’amphi principal. Des stands, au bord des grands halls du premier étage de cet hôtel particulier, accueillent diverses structures qui appartiennent ou sont liées à l’Institut Iliade, ou aux intervenant·es de la journée.

J’échange quelques mots avec un visiteur, Pascal MH, critique de cinéma proche de la Nouvelle droite, qui me parle d’une critique cinématographique parue dans un numéro de Ras l’Front en 2001, bonne mémoire ! Un garçon surgit, nous interrompt : « René ? »  « René Monzat ? » « Oui c’est moi ».  Les colloques, meetings ou manifestations sont souvent l’occasion de rencontres impromptues, de bavarder un peu avec des cadres ou de simples militants.

Hélas, le jeune homme tremble d’émotion à un rythme que je croyais impossible pour un être humain, il bégaye par rafales « MMM  MmMonzat··· J Journaliste ··· La HoHorde·· JouJournaliste… an.. an.. antif fafasciste » et reprend en boucle.

En fait je n’ai jamais eu l’occasion d’écrire une ligne pour le réseau antifa libertaire La Horde, Reflexes ni le Scalp. Mais apporter ce genre de précisions peu pertinentes dans le contexte risque d’être pris pour une piteuse dénégation.

 « Et alors ? » Pourquoi donc cet excès d’émotion ? Le jeune émotif ne semble pas lui-même savoir. Mon interlocuteur cinéphile garde son sourire pour lui faire remarquer que j’ai payé mon entrée dans une réunion publique, et qu’il convient de me laisser tranquille.

Le jeune émotif enrichit par moments son expression des mots « a article à à à à charge » puis disparaît dans le public.

Je continue le tour des stands, achète, en liquide comme il est recommandé, quelques livres et, après une petite volée d’escaliers, pousse les portes de l’amphi.

Plein comme un œuf, impossible d’espérer une place assise, je me glisse entre les personnes debout dans l’embrasure des portes. Alain de Benoist est intervenu dans la matinée et, dans ce type de colloque, ses interventions font le plein. Les 900 personnes sont restées pour écouter Renaud Camus, autre guest star de la journée.

Cet atrabilaire parle comme il écrit, avec le souci de la langue, l’amour des digressions, l’étalage d’une culture acquise au cours des décennies. L’intervention annoncée, « « ethnos » et « polis », on ne remplace pas un peuple » traite en fait de la race « un profond murmure ».

« Une des bizarreries du dogme de l’Inexistence des races, qui à la vérité n’est que bizarreries, invraisemblances, approximations inouïes, c’est qu’il n’est un instant soutenable qu’à la condition que le mot race y soit pris, par les antiracistes ses auteurs et promoteurs, dans la même acception exactement que par les pires racistes : c’est-à-dire comme un terme scientifique, ou pseudo-scientifique. »

Les portes de l’amphi grincent quand des gens rentrent et sortent, se surimposant aux mots de Camus.

« Je ne sais pas trop ce qu’est la signification scientifique de la race, celle qui lui vaut, non sans abus probablement, de n’exister pas. Peut-être les races n’existent-elles pas selon la science, encore ai-je sur ce point des doutes croissants. »

 Des gens passent la tête et la retirent, écartés par la moiteur de la salle pleine et la rangée de dos qui en bouchent le spectacle.

« Le mot antiracisme a totalement changé de sens, au point qu’il serait loisible de distinguer deux acceptions totalement différentes de ce terme, avant et après le grand renversement du milieu des années soixante-dix, avant et après la proclamation du Dogme. Le premier antiracisme est né de l’infiniment légitime plus jamais ça des camps de la mort, ce qui le rendait incritiquable ; et certes il n’y avait rien en lui de critiquable dès lors qu’il était la protection contre les persécutions de certaines races particulièrement menacées, les juifs, les noirs, les tziganes, les indiens d’Amérique, etc. »

La tête de l’émotif surgit telle une gargouille, entre les battants de la porte puis disparaît presque aussitôt.

 Le second antiracisme, lui, poursuit Camus, c’est la négation de l’existence des races, c’est le Dogme, c’est le prétendu multiculturalisme, cette déculturation de masse : la colonisation de l’Europe, le génocide par substitution, la promotion à tous les instants du métissage et du changement de peuple. 

Je sens une main se poser sur mon bras. Deux types de la sécurité, au blouson de la boîte de gardiennage, m’encadrent. L’« émotif » et peut-être un copain à lui sont là aussi. Le plus âgé des hommes en blouson se met face à moi et me chuchote, malgré mon doigt sur ma bouche « Venez ! ». « Non, Non, j’écoute Renaud Camus, c’est intéressant ce qu’il dit » chuchoté-je en retour. « Venez, c’est indispensable ! » « Non je veux écouter ».

« Rien ne serait plus logique ni, selon moi, plus souhaitable, qu’un renversement en symétrie du mot racisme, qui dès lors n’aurait pas d’autre sens que l’amour des races, la conviction de leur existence, l’organisation de leur heureuse coexistence à toutes. »

« C’est pour vous protéger ! » je tords le cou à droite et à gauche pour voir Camus malgré le visage de l’homme planté devant moi à quelques centimètres.

« Considérez, je vous prie, ce chiasme : puisque c’est l’antiracisme qui est désormais génocidaire, ne serait-ce que par substitution, c’est au racisme qu’il revient d’être protecteur, des hommes, des femmes, des races, des peuples, des animaux, des paysages et de la Terre. ». Tonnerre d’applaudissements alors que le discours avait été écouté dans un silence religieux.

Je tente de ne pas perdre le fil du discours de l’orateur malgré l’insistance des hommes en blouson : « Alors restez là à côté de moi jusqu’à la fin de l’intervention, ensuite on va voir ensemble le responsable de la sécurité ». Un jeune homme que je n’avais pas remarqué me montre le badge du colloque attaché à sa ceinture.

« Pour s’assumer raciste en cette acception inédite et renversée, mais plus conforme à l’étymologie et plus logique que le sens classique contemporain, il faudrait certes un grand courage ; et d’autant plus d’héroïsme, même, que le Bloc Négationniste-Génocidaire, la davocratie remplaciste et ses sbires, ses journalistes, ses juges, ses harceleurs, ses trolls, ses officines de délation et ses milices, qui sont légion, se feraient un plaisir d’ignorer le renversement, de prétendre ne pas le comprendre, ou de contester sa sincérité. »

« Il faut venir tout de suite ! » « Si vous me forcez, je crie » et réponse toujours à mi-voix : « ça ne changera rien, ce serait idiot ». L’homme au blouson a raison sur ce point, personne dans la salle ne comprendrait la genèse de l’incident.

« Mais le profit serait immense, je crois. Car c’est là, c’est autour de la race, que nous sommes… »

Je sors donc avec les vigiles sans entendre la fin de la phrase de Camus. L’émotif suit le mouvement. Il ne se calme pas. Il est en passe d’ajouter au record de la vitesse des tremblements celle de leur durée. « Vous m’inquiétez, reprenez votre calme, vous risquez de faire une crise cardiaque ». Il rétorque alors que c’est moi qui ferai une crise cardiaque quand ils vont me « pousser », témoignant d’un notable manque d’empathie.

Dans le hall, on retrouve le jeune responsable de la sécurité, agacé mais plus calme, qui explique que je ne me suis pas enregistré comme journaliste (ce qui est exact) et le fait que j’aie payé ma place et rien demandé en tant que journaliste, pas même un dossier de presse, ne l’émeut pas. « Alors remboursez-moi l’entrée » « Ok, on le fera »·

Traversée du hall, descente au rez-de-chaussée entre les deux vigiles, je récupère le montant de l’entrée.

Mes deux anges gardiens m’accompagnent à la porte de la rue. A l’air et au calme. Le plus âgé est un homme brun au physique d’ancien militaire, toujours clair et précis dans sa manière de s’exprimer, son rythme cardiaque n’a pas augmenté d’un battement par minute durant mon exfiltration, son collègue, de plus grande taille, plus jeune, au visage plus rond est resté plus silencieux.

Ils me resituent ce qu’est, selon eux, le contexte : j’aurais été raccompagné pour éviter de me faire casser la gueule par les amis de l’émotif. « Si c’est ça, merci ! »

On bavarde encore quelques minutes, les deux disent effectuer une prestation à titre professionnel, « vous seriez étonnés de savoir, on a même travaillé pour des socialistes », mais des auditeurs du colloque saluent le plus âgé, lequel se défend toujours d’être militant, mais assure, ce qui est évident, qu’il « connaît des gens ». Le plus jeune affirme m’avoir lu. Certes, mais j’ignorais que ma modeste notoriété s’étendait au milieu des vigiles qui ne seraient pas politisés. Je les crois donc… à moitié.

Un peu par provocation, je leur souhaite de se syndiquer, voire d’adhérer à la CGT. « Il y a des syndicats dans les métiers de la sécurité » répond le plus âgé. Je confirme : « et même la CGT dans la police » (certes très minoritaire chez les policiers en tenue). Le plus jeune ajoute : « il ne faut pas cracher dans la soupe, la CGT nous a obtenu des choses. »

 Le public du colloque commence à sortir de la Maison de la Chimie, hommes et femmes habillés chic décontracté, un peu terne, mais moins tristounet que les catholiques traditionnalistes, surtout chez les femmes. Je ne sais pas alors que tous et toutes viennent d’applaudir la péroraison terminale de Renaud Camus :

« L’ethnos est aux taquets. L’élection de la semaine prochaine est sa dernière chance de rentrer dans ses droits. Demain il en sera fini de lui, de sa coïncidence millénaire avec la polis. Le scrutin présidentiel est en fait un référendum. Douze candidats, certes, mais ce sont les Onze contre un seul : les partisans enthousiastes ou résignés du statu quo ou de son aggravation, du changement de peuple et de culture, du changement de race et de civilisation, contre le seul qui s’y refuse et envisage ouvertement de renverser le Grand Remplacement, jusqu’à évoquer la remigration. Entre Éric Zemmour et les Onze, je pense n’avoir pas à préciser mon choix. »

Je prends donc congé de mes deux « protecteurs ».

à suivre dans le billet Races et silence...

 René Monzat

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