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Billet de blog 23 nov. 2022

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Instituer des contre-pouvoirs

Dans le dessein renouvelé de bâtir des ponts entre l’institution judiciaire et les services publics, Délibérée a souhaité ouvrir l’espace de « L’invité·e » à Mathieu Bellahsen psychiatre, ancien chef de pôle du secteur de psychiatrie d’Asnières-sur-Seine. Retour sur les rapports entre la psychiatrie et cette "instance tierce" qu’est la justice, ainsi que sur les luttes communes.

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Ce texte, paru sous le titre Instituer des contre-pouvoirs. Entretien avec Mathieu Bellahsen est paru dans la rubrique "L'invité.e" du numéro 16 de la revue Délibérée. Mathieu Bellahsen, psychiatre, ancien chef de pôle du secteur de psychiatrie d’Asnières-sur-Seine, est l’auteur d’ouvrages et d’articles sur la psychiatrie et la psychothérapie institutionnelle. Il est engagé au sein de collectifs et d’associations pour la psychiatrie, l’hôpital public et les droits des psychiatrisé·es. Lanceur d’alerte sur les enfermements illégaux pendant le Covid, il a été contraint de quitter le secteur public. Il exerce désormais dans le secteur associatif auprès d’enfants et d’étudiant·es, où il continue de penser et de pratiquer l’émancipation collective des soigné·es et des soignant·es en milieu psychiatrique. Retour sur les rapports entre la psychiatrie et cette «instance tierce » qu’est la justice, ainsi que sur les luttes communes qui attendent les acteurs et les actrices de ces deux institutions,  tous·tes dépositaires d’un même pouvoir : faire vivre l’instituant. 

source : gallica.bnf.fr / Bobliothèque nationale de France © auteur·e non identifié·e

* * * * *

Délibérée : Peux-tu retracer ton parcours de médecin-psychiatre et revenir sur ce qui t’a conduit à t’engager, par ta pratique, dans la défense des droits des patients ?

Mathieu Bellahsen : J’ai rencontré la psychiatrie en rencontrant les patients. Quand j’ai commencé médecine, je m’intéressais déjà à la psychiatrie et à la psychanalyse. À vingt ans, un stage au Centre Artaud à Reims1 m’a fait vivre concrètement la psychothérapie institutionnelle. Dans la salle d’accueil du centre, aucune blouse : je ne savais pas qui était qui... Je me souviens d’une discussion incroyable avec quelqu’un sur la situation de la psychiatrie dans la Marne sans savoir si c’était un patient ou un soignant... C’était un patient. Dans le même temps, j’ai rencontré Jean Oury, psychiatre fondateur de la clinique de La Borde. L’année suivante, j’y ai fait un stage, puis je suis revenu régulièrement au Centre Artaud et des histoires d’amitiés et de luttes sont nées, notamment autour de l’association Humapsy2. Avant de rencontrer le savoir médical et psychiatrique, j’ai donc rencontré des gens et des histoires. Ça a marqué de façon très importante mon exercice.

Puis, le début de mon internat a été un choc. Royaume des blouses blanches et des certitudes. Le premier cours, suivi d’une longue série, portait sur « les bases neurophysiologiques de la schizophrénie ». Outrés, nous avons créé avec des co-internes l’association Utopsy en 2007 pour penser l’articulation entre clinique et politique. Comment penser la psychiatrie et son exercice sans penser la société et ses aliénations ? Les pratiques concrètes étaient les grandes oubliées de l’enseignement, donc on organisait des soirées gratuites et ouvertes à tous. Ce lieu de formation alternatif a existé pendant dix ans. En décembre 2008, Nicolas Sarkozy3 prononce le discours d’Anthony. Avec d’autres, nous créons alors le « Collectif des 39 »4 pour ne pas laisser « La nuit sécuritaire » s’abattre sur la psychiatrie… Dans le même temps, avec Loriane Bellahsen, nous avons été élus à l’Association des internes de psychiatrie afin de nous opposer au projet de réforme de notre formation, conçue sous le prisme de la « valorisation des compétences », du « capital humain » et de la psychiatrie pseudo-objectiviste. Chacun de ces engagements était pour nous une façon de ne pas collaborer aux visions méprisantes et validistes qui touchaient les patients.

Délibérée : Tu as évoqué la place, dans ta formation intellectuelle, de la psychothérapie institutionnelle introduite dans les années 1960 sous l’impulsion – parmi d’autres – de François Tosquelles et Jean Oury. Celle-ci se fonde sur une éthique du sujet bien spécifique. Comment la définirais-tu ?

Mathieu Bellahsen : Elle repose d’abord sur l’idée que tout milieu produit de la pathologie et que traiter la pathologie du milieu permet de soigner les gens qui y ont recours. Le milieu psychiatrique produit en lui-même une sur-aliénation, ce que Jean Oury nomme « la pathoplastie » : la tendance est d’y sur-pathologiser tout un tas de choses, voire même d’avoir des conduites qui produisent de la pathologie chez les patients. La seconde grande avancée est d’avoir pensé qu’il fallait un collectif de soin pour faire institution autour de la personne et mettre en commun ce que le patient nous renvoie. En pratique, la psychothérapie institutionnelle, c’est fonder avec les patients et au sein d’un collectif de soins, des espaces adaptés à ce dont ils ont besoin. Transformer des ambiances aliénantes en ambiances thérapeutiques. Je préfère désormais parler de « pratiques altératrices » ou de « praxis instituante », c’est-à-dire d’une articulation pratique et théorique qui permet d’instituer. Ce qui compte, c’est le mouvement qui consiste à instituer des choses, l’instituant.

Délibérée : N’y a-t-il pas aussi l’idée selon laquelle le trouble psychiatrique n’est pas immuable, sous-tendue par un refus de l’essentialisation du patient dans sa pathologie ?

Mathieu Bellahsen : Oui. À mon sens, les luttes actuelles sont et doivent être menées contre la naturalisation, ou l’essentialisation. Les psychiatres de FondaMental5 ne se gênent plus pour dire que « les troubles psychiques sont des troubles cérébraux », point. Or cette perspective fait le lit du nihilisme thérapeutique où seuls les médicaments comptent. S’ensuit le lot des aberrations comme le décret concernant l’irresponsabilité pénale qui prévoit que l’arrêt d’un traitement serait punissable... Or il s’agit de trouver des marges de manoeuvre pour soigner. Penser que les troubles psys sont aussi une affaire existentielle, avec un sens, une histoire, permet de s’activer dans les soins. Pour quelqu’un qui délire par exemple, il faut s’évertuer à rechercher avec le sujet le rapport existant entre son délire et son histoire, voire l’Histoire. La psychiatrie actuelle est sans perspective, l’individu doit arrêter de délirer, basta. Mais le délire, c’est aussi son « médicament ». Donc tentons de faire en sorte qu’il ne lui soit pas toxique, qu’il puisse tout de même créer un lien social qui vaut le coup. La conception de la psychiatrie que je soutiens, c’est celle-ci : on descend dans les enfers du vécu pathologique du patient pour essayer de remonter ensemble en construisant un sens.

Dans la psychiatrie de secteur que nous faisions à Asnières, le collectif de soin s’appuyait sur le fait de pouvoir construire ensemble. Un jour, on a monté un journal. Au moment du choix du nom, dans l’assemblée, il y avait un mec qui ne parlait presque pas parce qu’il était autiste. Il faisait le bazar au fond de la salle et il répétait « et-tout-et-tout ». Nous l’avons noté au tableau parmi les noms proposés. Le mec s’est alors arrêté, a regardé tout le monde, et commencé à faire sa campagne électorale, à serrer des mains, à essayer d’acheter des votes, etc. (c’est le 92 !). Finalement, les gens ont voté pour le titre « Et tout et tout ». Alors que ce mec ne parlait jamais et avait cassé la gueule à un nombre inouï de personnes, il a donné son titre au journal, qui existe d’ailleurs toujours. Ici, on a fait à partir de cette production bizarre et stéréotypée, une construction qui va circuler dans le monde social. C’est à partir des paroles folles, délirantes, des gestes bizarres, qu’on fonde des dispositifs de soin et non pas contre eux. On les prend au sérieux. S’adresser aux patients en tant que citoyens, leur raconter les conditions de soins à l’hôpital, les manques et les pressions diverses, les créations, c’est une marque de respect. Les réunions deviennent des espaces démocratiques, de délibération et de commun.

Délibérée : Il s’agit aussi de postuler et d’affirmer un lien consubstantiel entre les pratiques thérapeutiques et le fonctionnement, l’organisation des institutions psychiatriques. Sur ce point, quelles ont été les évolutions à l’oeuvre depuis les années 1980 ?

Mathieu Bellahsen : Après la Seconde Guerre mondiale, la psychiatrie de secteur s’est créée à partir d’un principe simple : une seule et même équipe prend en charge les personnes d’un territoire. Cela permettait d’avoir une connaissance fine du milieu, de sa sociologie, de ses croyances, de ses us et coutumes. Ce principe était sous-tendu par deux idées : d’une part, que la discontinuité d’existence des personnes psychotiques prises dans des dé-liaisons permanentes du lien à l’autre nécessite des relations humaines stables et continues ; d’autre part, que les soins doivent s’adapter à chaque milieu et ses particularités. Cette organisation permet d’assurer une continuité : pour tel patient, on connaît ses crises, ses proches... Ce cadre, comme n’importe quel autre, a bien sûr généré des perversions, mais l’idée radicalement nouvelle, c’était de travailler le terrain, le milieu culturel, le milieu administratif des patients, par exemple en discutant avec les acteurs locaux importants dans la vie des personnes.

Au début des années 1960, la « santé mentale » s’entendait encore comme une notion qui allait permettre de faire accepter « les fous » dans la société. Mais la notion s’est étendue et, peu à peu, a été utilisée pour pathologiser et psychologiser des problématiques sociales et politiques en dehors de sa sphère psychiatrique initiale, comme la toxicomanie, la pauvreté, etc. Puis, dans les années 1980, la rigueur néolibérale est arrivée dans la société française. Pour la psychiatrie, le point de bascule a lieu lorsque les pouvoirs publics s’acheminent vers une définition de la santé mentale qui se substitue à la psychiatrie pour s’intéresser aux « troubles» les plus nombreux et les moins graves avant de s’intéresser aux personnes sans troubles. Trois dates symbolisent ce tournant. L’OMS décrète que 2001 sera l’année mondiale de la santé mentale, comprise non au sens psychiatrique mais dans son sens extensif. La santé mentale doit alors « se décliner » dans toutes les politiques nationales. En 2005, avec la publication du Livre vert de l’Union européenne, la santé mentale devient un outil au service de l’économie : il faut avoir « une population en bonne santé mentale pour remplir les objectifs stratégiques de l’Union européenne ». La santé mentale devient néolibérale et prend le chemin de ce que j’ai appelé le « santé-mentalisme ». En 2009, un rapport de psychiatrie définit la santé mentale6 : « s’adapter à une situation à laquelle on ne peut rien changer». Cette définition émerge sur le fond d’un double mouvement : dépolitisation progressive des psys et essentialisation des troubles. Idéologiquement, les problématiques psychiatriques se réagencent autour du cerveau et du neuro. Alors que la psychiatrie s’était émancipée de la neurologie dans les années 1960-1970, un rebranchement extensif entre psychiatrie et cerveau s’opère dans les années 1990. Ce tournant neuropolitique ne se limite pas à la psychiatrie, il concerne aussi l’éducation et la justice7.

Inutile de dire que toutes ces « découvertes » ne sont que de la poudre aux yeux car il n’y a aucun changement substantiel dans les pratiques si ce n’est une diminution de la tolérance des soignants et de la société aux personnes les plus malades. La psychiatrie actuelle se mue en cérébrologie et transforme l’activité de soin en un discours sur le cerveau peu propice à traiter réellement les troubles de l’existence humaine. Cette psychiatrie du non-accueil est aussi l’une des causes de l’inflation des contentions, des isolements, de l’augmentation des contraintes légales («soins » sans consentement, tutelles, curatelles, etc.)

Délibérée : Le juge de la liberté et de la détention (JLD) a fait son entrée dans les unités psychiatriques en 20118. Plus de dix ans après, quel regard portes-tu sur l’intervention de l’autorité judiciaire dans ce milieu ?

Mathieu Bellahsen : Avant la réforme de la loi de 2011, je n’étais pas pour. Avec le collectif des 39, on se disait : « Comment un juge peut-il voir ce qui se joue cliniquement ? » Ce sont des conversations avec André Bitton du CRPA9 qui m’ont fait grandir sur ce sujet. En me parlant des luttes des psychiatrisés dans les années 1970 avec le Groupe Information Asiles (GIA), il m’a fait prendre conscience de l’importance des instances tierces, comme peut l’être la justice, et de tout le combat jurisprudentiel engagé depuis les années 1970. Désormais, avant les audiences du JLD, je dis aux patients : « Il est là pour être sûr que je ne vous interne pas de manière abusive. » Le fait de savoir que le JLD peut lever les hospitalisations sans consentement force à faire attention à ce qu’on écrit. Il nous faut une psychiatrie de contre-pouvoirs : plus les patients peuvent se plaindre de nous, mieux c’est. Actuellement, à l’hôpital, le pouvoir est vertical (direction, ARS, ministère) sans contre-pouvoirs. Il faut donc en inventer de nouveaux, créer des pouvoirs altérants. Pour ce faire, nous devons nous saisir des scènes tierces comme peut l’être le droit.

Les choses ont aussi beaucoup changé depuis qu’il y a le contrôleur des lieux privatifs de liberté (CGLPL). Son intervention a un effet imaginaire important, les soignants le craignent et ça c’est pas mal. Dans certains lieux, les équipes de soin finissent même par avoir moins recours aux pratiques d’isolement et de contention parce qu’il y a trop de paperasse ! Il serait aussi intéressant que le JLD vienne contrôler les services de façon inopinée de temps en temps, comme le CGLPL. Les soignants auraient peur et cela empêcherait d’arranger la loi dans le sens de l’institution asilaire…

Délibérée : Dans La Révolte de la Psychiatrie. Les ripostes à la catastrophe gestionnaire (La Découverte, 2020), tu montres que la généralisation de la contention est l’un des corollaires des carences d’effectifs résultant des méthodes d’organisation gestionnaires. Le recours à cette pratique éminemment attentatoire aux libertés individuelles a récemment fait l’objet d’un encadrement accru sur le plan légal mais critiquable à bien des égards. Dans un contexte de manque de moyens du côté de la psychiatrie comme de la justice, ces dispositions ne sont-elles pas la manifestation d’une double-injonction plus formelle que substantielle, pour les professionnels de la santé comme de la justice ?

Mathieu Bellahsen : C’est une chose d’avoir un cadre qui introduit des contre-pouvoirs, c’en est une autre de mettre en place des pratiques qui permettent leur exercice. Si médecins, avocats et JLD se mettent tous d’accord, cela n’a pas de sens. Par exemple, il est scandaleux que de nombreux psychiatres mentionnent dans les certificats de soins « sans consentement » des diagnostics médicaux. C’est illégal, les certificats doivent être circonstanciés mais sans lever le secret médical... Pourquoi les avocats n’attaquent-ils pas sur ce point ? Avec le CRPA nous allons contester la loi Isolement et contention car elle ne fait rien pour diminuer, voire abolir le recours à ces pratiques10. Plus généralement, nous devons utiliser le droit pour assurer une réelle effectivité du contrôle. Pour sortir de la double-injonction que tu évoques, il faut sortir des discours qui nous convoquent à la plainte, notamment à la plainte pénurique, et remettre au centre la réflexion sur les pratiques. Actuellement, la position du gouvernement est de dire que l’isolement et la contention sont des « pratiques thérapeutiques » que la loi n’a pas vocation à limiter, mais seulement à encadrer. Autrement dit, on est là pour les régulariser procéduralement, non pour les remettre en question. Mais il faut se demander pourquoi elles reviennent en force après une réduction, voire un arrêt dans certains services pendant quelques décennies. Il y avait tout simplement un autre imaginaire du soin. Pour moi, la contention – que je distingue bien de l’isolement – n’est jamais un soin. Elle peut à la rigueur permettre qu’un mec ne s’explose pas la tête contre un mur, mais en réalité c’est extrêmement rare et ce n’est pas pour ça qu’il ne faut pas penser son abolition. Il ne s’agit donc pas là d’un problème de sous, mais bien d’un problème de soins. Dans le service que je dirigeais, la contention était proscrite et la porte de l’unité était ouverte.

Délibérée : Dans un récent entretien, tu as d’ailleurs déclaré : « Oui, on manque de moyens, c’est vrai. Mais la question des pratiques sadiques et maltraitantes en psychiatrie n’a pas attendu les pénuries. Elle est renforcée par les pénuries11. » Une question analogue se pose dans l’institution judiciaire. Le lien entre la maltraitance du justiciable et la souffrance éthique de professionnels de bonne volonté du fait du manque de moyens est incontestable. Pour autant, non seulement la violence institutionnelle est inhérente au fonctionnement de la justice, mais nombre d’habitus et d’usages professionnels dénigrants, humiliants, discriminants ne doivent rien à la pénurie et lui préexistent largement. Comment fais-tu la part des choses, en ce qui concerne la psychiatrie ? Comment faire coexister l’aporie néolibérale de la question des moyens et le combat des pratiques institutionnelles ?

Mathieu Bellahsen : Demander des moyens pour des moyens ne sert à rien. Avec les travaux de Pierre Dardot et Christian Laval, on a bien compris que l’idéologie ne transforme plus le monde12; il faut donc désormais instituer les changements à partir des pratiques. La pénurie intensifie, voire cristallise les pratiques sadiques et maltraitantes, mais ce n’est pas parce qu’il y a pénurie qu’il y a maltraitance et vice versa. En psychiatrie, le corporatisme est asilaire : les professionnels demandent des moyens pour enfermer plus, pour pouvoir sauter à plusieurs sur un patient, etc. Alors oui, on veut des moyens pour les soins, mais ça dépend pour quels types de soins. Si c’est pour construire des hauts murs et des centres experts ou d’évaluation, je préfère encore ne pas avoir de moyens ! La plupart du temps, il faut lutter contre les collègues eux-mêmes pour que les patients ne soient pas maltraités. Donc je me fous que les professionnels soient contents ou pas, ce qui m’importe, c’est que l’on se donne les moyens pour que les patients soient reconnus en tant que personnes sujets de droit et de soins. Et pour ça, il faut savoir de quoi ils ont besoin. On doit donc écouter ce que les patients nous disent, partir de leurs usages, décider et délibérer avec eux sur nos pratiques : le patient doit être le directeur de l’hôpital au sens où il nous dirige vers la reconnaissance de ses besoins existentiels.

C’est aussi pourquoi les professionnels de la psychiatrie veulent occulter la question des pratiques sadiques et humiliantes. Bien sûr, dans leurs discours, ils peuvent se dire en faveur d’une réflexion sur les pratiques, mais au fond, certains ne veulent surtout pas que l’on remette en question la hiérarchie soignante ni le primat de l’expertise médicale. C’est ce qu’aborde Paulin Ismar dans son bouquin sur la démocratie contre les experts13: la question de ce que l’on veut comme type de société, en l’occurrence comme type de soin, est inféodée à l’expertise. Or on peut remettre ça en question. La pénurie, c’est d’abord une pénurie psychique, une pénurie de l’imaginaire politique. Dès lors qu’il y a des verrous partout dans la société, il y en a aussi dans la tête des soignants et des directeurs d’hôpitaux. Il faut donc « repenser l’imaginaire », comme disait Castoriadis.

La psychothérapie institutionnelle est née de la misère, au coeur de la Seconde Guerre mondiale. Les soignants de l’hôpital Saint-Alban en Lozère planquaient des juifs et des résistants tout en inventant une autre psychiatrie. Donc il faut arrêter avec ces histoires de pénurie ! La pénurie peut être un élément pour reconfigurer des liens concrets. À ce titre, les mobilisations de 2018-2019, parties des soignants, avec les Blouses Noires du Rouvray, les Perchés du Havre, sont emblématiques en ce qu’elles ont fait émerger des espaces de lutte instituant de nouveaux liens entre soignants et patients. Lors de l’AG du Printemps de la psychiatrie au théâtre de Gennevilliers, une scène incroyable a eu lieu devant 300 personnes : une femme a dit « j’ai été attachée, j’ai perdu ma dignité » et un infirmier lui a répondu « j’ai attaché, j’ai perdu ma dignité ». Ici aussi, un espace de parole s’est ouvert, radicalement nouveau. Il faut que les gens puissent se parler des mêmes pratiques depuis leurs différentes places avec un objet commun : comment arriver à une psychiatrie humaine ? En tout cas, c’est cette « solidarité thérapeutique » – comme disait l’une de mes patientes – qu’il faut construire ensemble et c’est à partir de là que l’on peut penser la question des moyens. Mais la perversion néolibérale est toujours en embuscade pour instrumentaliser ces situations en nous disant « vous voyez, avec la pénurie vous allez pouvoir innover, c’est formidable ! ». C’est tout le travail calamiteux du think tank néolibéral FondaMental : « la psychiatrie n’a pas un problème de moyens mais d’organisation » !

La grande nouveauté entre il y a cinquante ans et maintenant, c’est qu’à l’époque les mots d’ordre progressistes étaient centrés sur la lutte contre l’institué, contre l’institution et la psychiatrie asilaire. Aujourd’hui, nous sommes face à un paradoxe qu’il faut affronter comme tel : il faut créer des pratiques instituantes qui soutiennent l’institué, puisque l’institué est détruit par l’État lui-même. Mais il faut soutenir un certain type d’institué, pas les pratiques sadiques ni les pratiques d’abandon au nom de la science, de l’expertise ou des coûts induits pour la société.

Délibérée : À ce propos, tu as introduit la notion de pratiques «altératrices ». De quoi s’agit-il ?

Mathieu Bellahsen : La distinction se situe entre ce que j’appelle les «pratiques normalisantes» et les « pratiques altératrices », ou « praxis instituante ». Les premières induisent que l’on est libre de choisir entre différentes options dans un cadre contraint, le cadre néolibéral. Ce cadre est naturalisé, il ne peut être remis en question. Selon les secondes, on peut remettre en question le cadre lui-même, le changer, le subvertir. Un petit exemple concret dans le service où j’exerçais : on ne pouvait plus faire de pause-café, qui était un temps d’échange important pour les patients. La dotation en gobelets de l’hôpital avait diminué : 100 gobelets par mois pour 33 patients hospitalisés en permanence, soit seulement 3 cafés par mois – ça c’est le rapport à l’institué. Il se trouve que le fameux journal « Et tout et tout » était autogéré. Quelqu’un a alors proposé que l’association du journal finance la fabrication de gobelets pour que la pause-café puisse reprendre. Ici, on a traité l’institué (la dotation de gobelets) par le biais de l’instituant (l’association). Certains nous diront que l’association a pris en charge la carence de l’établissement, mais il y a une autre dimension, c’est celle du « club thérapeutique », c’est-à-dire d’un espace qui travaille les hiérarchies, qui produit une activité de création (la fabrication de gobelets), qui vient soigner l’ambiance de soin et les relations entre les gens. Dans l’association, tous les adhérents se valent, ma voix de médecin chef de pôle a la même valeur que celle du copain qui est en soin, et ce travail sur les hiérarchies a des effets cliniques. Le fait que les patients puissent soigner leur lieu, parfois même contre les soignants, c’est très intéressant. Tout cela n’était pas prévu par avance...

Délibérée : Au moment de l’instauration de l’état d’urgence sanitaire en mars 2020, tu as personnellement et professionnellement fait les frais des désaccords qui t’ont opposé à ta hiérarchie. Quel regard portes-tu sur l’institution depuis ?

Mathieu Bellahsen : Lorsque la crise sanitaire a commencé, il a été décidé que toute personne arrivant dans l’unité Covid mise en place dans l’établissement de Moisselles serait « isolée en chambre » pendant 3 jours si elle avait un test négatif et 14 jours si elle avait un test positif. Dès la mi-avril, avec mes collègues psychiatres du secteur, nous avons alerté la direction : « l’isolement » était un enfermement à clé, révélateur d’une confusion entre le « confinement sanitaire » et l’« isolement psychiatrique », la différence étant la fermeture à clé de la chambre. Aucune réponse de la direction à nos alertes. Or, en psychiatrie, on ne peut pas enfermer quelqu’un à clé s’il n’y a pas un problème psychiatrique. À la suite de ces enfermements abusifs décidés sous prétexte de confinement, nous avons prévenu le CGLPL et alerté le procureur, tout en en informant la direction de l’hôpital. Quelques semaines plus tard, la CGLPL a publié une recommandation d’urgence au Journal officiel pour faire cesser ces pratiques « illégales et indignes ». Une enquête administrative a alors été ouverte, contre moi, par l’hôpital à la suite d’une lettre anonyme arrivée quelques jours après l’alerte au CGLPL. Elle émanait de certains soignants du service qui refusaient le travail institutionnel et la place accordée aux patients. Les conclusions de cette enquête administrative à charge – au cours de laquelle l’inspection a refusé d’entendre vingt-cinq personnes du service au motif que cela «nuirait à l’objectivité de l’enquête » – ont formulé des recommandations partielles et partiales sans aucun respect du contradictoire. Puis, la cadre supérieure a été mise à pied et j’ai été accusé dans une note publiée par la direction de l’établissement d’« épuration de professionnels», de « mise en danger » de patients, de « morts de patients », de « fugues », etc. Alors qu’elle me retirait la chefferie, la direction a, dans un premier temps, refusé de me communiquer mon dossier administratif sous prétexte qu’il ne s’agissait pas d’une procédure disciplinaire... Vingt patients ont écrit une lettre à l’ARS pour expliquer ce qu’il se passait de positif pour eux dans le service, qu’ils tenaient à leurs soignants. Aucune réponse. Quelques mois plus tard, tous les psychiatres du service sont partis, l’unité d’hospitalisation a fermé. Et quand elle a réouvert, la porte de l’unité était fermée à clé. Tout notre travail a été détruit en quelques semaines.

Dans cette histoire, le constat clinique c’est que le collectif de soin ne peut pas travailler la question des abus et des traumas des patients si l’établissement est lui-même source et producteur d’abus. Il fallait donc soigner l’établissement de son rapport pervers à la loi mais aussi limiter les soignants abusifs. Le constat politique, c’est que l’établissement préfère virer des soignants engagés plutôt que de questionner l’ordre asilaire, quand bien même il n’y a plus personne dans les services. Passons sur la complicité des tutelles, ARS et ministère en tête. Mieux vaut détruire toute possibilité de soin que perdre l’ordre. Les établissements se foutent de ne pas respecter la loi. Cela montre à quel point l’hôpital public est devenu invivable et indésirable, et à quel point il faut tout faire pour qu’il redevienne désirable.

Délibérée : Selon toi, quel rôle le droit et les pratiques judiciaires peuvent-ils jouer dans ce cheminement ?

Mathieu Bellahsen : Le droit est un espace potentiel. Les questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) ont permis des avancées franches et les dernières luttes victorieuses ont procédé de QPC portées par les psychiatrisés eux-mêmes, auxquels il faut rendre hommage. Car ils paient leur lutte au prix fort, celui d’être étiquetés de telle ou telle pathologie pour les discréditer. La question des coopérations est aussi importante. Il faudrait que les soignants aillent voir comment les JLD travaillent et se forment au cadre légal et que les JLD se forment pour savoir ce que sont des soins psychiatriques. Un JLD qui connaîtrait les équipes de soins serait plus attentif aux perversions dénoncées par les patients. Je pense aussi que le droit peut être un articulateur démocratique dans la relation avec les patients au sein de la psychiatrie. Certes, nous avons nos objectifs thérapeutiques, notre pensée des soins, mais elle doit être articulée à la pensée démocratique de la citoyenneté. On ne peut pas soigner contre les lois.

Délibérée : Comment vois-tu la suite ?

Mathieu Bellahsen : Qui vivra verra. Depuis quelques mois, il y a une intensification des rencontres avec des acteurs d’autres champs. C’est très important que l’on puisse discuter, cela permet de penser autrement les pratiques. C’est aussi ça, l’altération. De toute façon, la vie est une lutte donc continuons.

Propos recueillis le 5 avril 2022 par Judith Allenbach, magistrate, membre du SM et co-coordinatrice de la rédaction de Délibérée.

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1 Patrick Chemla, psychiatre, psychanalyste, praticien de la psychothérapie institutionnelle au sein du service qu’il a créé à Reims, en 1980, dans le sillage des expérimentations utopiques de Saint-Alban ou de La Borde, a été interviewé dans le numéro 15 de la revue Délibérée.

2 Humapsy est une association créée en décembre 2011 par des patients suivis dans un dispositif inspiré de la psychothérapie institutionnelle.

3 Le 2 décembre 2008, Nicolas Sarkozy, s’appuyant sur des drames commis par des personnes suivies en psychiatrie, présente à Anthony un plan de plusieurs dizaines de millions d’euros pour l’hôpital psychiatrique, axé essentiellement sur la sécurité, prévoyant notamment « au moins une unité fermée dans chaque établissement qui le nécessite » avec des chambres d’isolement supplémentaires, la création de quatre nouvelles unités pour malades difficiles (UMD), une géolocalisation de patients, des sorties « davantage encadrées » ainsi qu’une réforme de l’hospitalisation d’office.

4 Hervé Bokobza, qui avait présidé les États généraux de la psychiatrie en 2003, a initié en 2008 le « collectif des 39 », réunion de 39 professionnels de la psychiatrie – psychiatres, psychologues, infirmières, travailleurs sociaux, éducateurs – après le discours d’Antony de Nicolas Sarkozy.

5 La Fondation FondaMental est une fondation de coopération scientifique créée en juin 2007 par décret du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et se présente comme étant « dédiée à la lutte contre les maladies mentales » avec pour « vocation d’innover en matière de diagnostic, de soins et de traitements afin de redonner espoir aux malades et à leurs familles. Elle préconise une psychiatrie ‘‘préventive, prédictive, personnalisée, participative” ».

6 « Missions et organisation de la santé mentale et de la psychiatrie », rapport présenté par Édouard Couty à la ministre de la Santé et des Sports en janvier 2009.

7 À ce sujet, voir : « Le cerveau et la loi : analyse de l’émergence du neurodroit », Centre d’analyse stratégique, septembre 2012.

8 La loi n° 2011-803 du 5 juillet 2011 relative aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et aux modalités de leur prise en charge, introduit un contrôle systématique des mesures

d’hospitalisation sans consentement par le JLD. Saisi obligatoirement avant le 12e jour suivant l’admission de la personne, le JLD peut, à l’issue d’une audience au cours de laquelle le patient lui est présenté, soit maintenir l’hospitalisation, soit en ordonner la mainlevée.

9 Le CRPA (Cercle de Réflexion et de Proposition d’Actions sur la psychiatrie) est une association fondée en décembre 2010 à partir d’une scission du Groupe information asiles (GIA). Il a notamment pour objet d’informer sur le plan juridique les usagers, leurs proches ou des professionnels qui sont, ou ont été, aux prises avec des pratiques psychiatriques irrégulières ou abusives. André Bitton ex-psychiatrisé, ancien président du GIA et actuel président du CRPA, anime un blog sur Mediapart : https:// blogs.mediapart.fr/andre-bitton .

10 Loi n° 2022-46 du 22/01/22 renforçant les outils de gestion de la crise sanitaire et modifiant le Code de la santé publique, dont l’art. 17 modifie notablement le régime de l’isolement et de la contention dans le secteur

psychiatrique. Elle a été précisée par le décret n° 2022-419 du 23/03/22 modifiant la procédure applicable devant le juge des libertés et de la détention en matière d’isolement et de contention mis en œuvre dans le cadre de soins psychiatriques sans consentement.

11 « La psychiatrie et ses folies, un lundi soir avec Mathieu Bellahsen », interview donnée au média Lundimatin le 21 février 2022, disponible en ligne : https://lundi.am/La-psychiatrie-et-ses-folies-un-lundisoir-avec-Mathieu-Bellahsen

12 Pierre Dardot, philosophe, et Christian Laval, sociologue, ont co-écrit de nombreux ouvrages, notamment : La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale, Paris, La Découverte, 2010 et Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, Paris, La Découverte, 2014.

13 Paulin Ismard, La Démocratie contre les experts. Les esclaves publics en Grèce ancienne, Paris, Seuil, 2015.

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