La défaite en chantant (bis)

Les résultats sont là, ils sont malheureusement ceux annoncés. Nous savons à quelle sauce nous allons être mangés. Alors que la gauche de Mélenchon et de Hamon avait la possibilité d’être présente au second tour et de l’emporter si elle s'était entendue, elle est aujourd’hui éliminée. Cette désunion offre le pouvoir à celui qui incarne la politique de Hollande, peut-être en pire,

La défaite en chantant (bis)

Les résultats sont là, ils sont malheureusement ceux annoncés. Nous savons à quelle sauce nous allons être mangés. Alors que la gauche de Mélenchon et de Hamon avait la possibilité d’être présente au second tour et de l’emporter si elle s'était entendue, elle est aujourd’hui éliminée. Cette désunion offre le pouvoir à celui qui incarne la politique de Hollande, peut-être en pire, celle qui fut attaquée de toutes parts par les deux candidats. Ceux qui estiment que la défaite est jolie n’entendent pas la colère des personnes qui vont à nouveau subir les rigueurs d’une politique néolibérale,  portée par celui qui a inspiré le Président désavoué. Après Sarkozy et Hollande la perspective  d’un nouveau quinquennat qui ignore la détresse du monde du travail précarisé par les délocalisations, le temps partiel et le chômage, confronté au démantèlement systématique des services publics et qui promet de s’attaquer à la sécurité sociale. Cette colère s’est exprimée violemment par le score historique de Le Pen et pour une autre part dans le vote Mélenchon. Comme elle ne débouchera pas sur une victoire du FN, cette frustration prendra d’autres formes violentes, donnant encore plus de force au rejet du monde politique et de ses représentants. Dans ces conditions le FN ne peut que se développer.

Ce bilan d’échec ne résulte pas d’un constat arithmétique qui consisterait à additionner les voix de Mélenchon et de Hamon pour estimer qu’une victoire de la gauche était possible, mais d’une stratégie qui, depuis des années, mise sur une victoire d’une seule partie de la gauche en invitant  ses autres composantes à un ralliement qui équivaut à une demande de suicide de leur courant politique. A moyen terme, il n’est pas envisageable de rassembler une majorité, sur la base du seul programme des Insoumis. L’alliance des  courants émancipateurs représentés par Mélenchon, Hamon, Jadot, la mouvance libertaire,  permet seule d’envisager un pouvoir de gauche. Or, depuis l’émergence d’une opposition a la ligne Hollande-Valls au sein du PS et malgré de nombreux appels, aucune tentative de trouver un compromis sur des points fondamentaux, n’a été esquissée.

Si depuis l’apparition de deux programmes politiques opposés dans le PS, les Frondeurs comme les Insoumis avaient commencé des discussions visant à mettre en place un programme unitaire nous ne serions pas à nous poser la question du vote Macron au second tour.  

Il nous faut prendre en considération le fait que le remarquable score des Insoumis est en partie dû à un transfert des voix du PS, privilégiant le « vote utile »  sans pour autant adhérer à son programme.

Sans perspective d’une alternative gagnante,  une partie de l’électorat traditionnellement de gauche, celle qui permit la victoire de Hollande en 2012, a voté, dès de premier tour, pour un programme social néolibéral porté par « En Marche », par conviction ou par crainte d’un second tour  opposant Le Pen à Fillon. La gauche dispersant ses voix entre trois candidats, a assuré son échec. La responsabilité est collective, pas seulement celle des deux candidats de gauche.

L’inquiétant c’est que les premières réactions des "Insoumis" après ce 23 avril persistent dans le même aveuglement.  Leur représentante à la soirée de Médiapart a répété : «  On a un programme ‘L’avenir en commun’...nous porterons ce programme dans toute sa cohérence aux législatives et nos candidats seront les candidats du programme ‘L’avenir en commun’ ». Leur porte parole, Danielle Simonnet, a affirmé que : « Les arrangements de coin de table avec les différentes composantes politiques »  sont rejetées,éliminant du même coup tous les électeurs de leur candidat qui lui ont apporté leur soutien malgré leurs désaccords sur ses propositions de « discuter des frontières » avec Poutine,  sur sa façon de ménager Bachar el-Hassad en Syrie, sa stratégie de coup de force en Europe, au risque de la faire disparaître l’union européenne et sa façon très personnelle de revêtir l’habit présidentiel. Rejetant simultanément les électeurs de Benoit Hamon et certains électeurs d’Emmanuel Macron, qu’il ne faudrait pas  inscrire dans la colonne « pertes et profits ».  Noël Mamére à raison lorsqu’il demande à J.L.Mélenchon de : «  démontrer sa capacité de rassembler et de construire une force de gauche et écologiste, à la hauteur de la dynamique qu’il a su créer avec la France insoumise. ». La  propension des Insoumis à affirmer que « La Gauche, c’est nous » est une illusion porteuse d’échec. C’est dans sa diversité quelle est porteuse d’espoir.

A la question de Stéphane Alliès, lors de la soirée du 23 avril sur Médiapart : «  Comment envisagez-vous une dynamique unitaire après les présidentielles? » si la seule réponse est : « Ralliez-vous à mon programme », elle donne les conditions non de sa réalisation  mais de son enterrement.

Il importe qu’un courant unitaire de gauche pèse de tout son poids, dans et hors des  partis, mouvements et organisations pour, enfin, envisager qu’un programme issu d’une alliance sur des objectifs clairs puisse s’appliquer. 

 

 

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