La Gauche : Perdre en chantant ?

Après l’immense rassemblement de la Bastille, du candidat des Insoumis, Jean Luc Mélenchon (130 000 personnes) ; après l’énorme meeting (20 000 personnes) à Bercy du candidat du Parti Socialiste Benoit Hamon, que reste-t-il ? Le goût amer, au delà des énergies déployées, d’une défaite annoncée. L’un comme l’autre, les candidats ont omis, au cœur de leur discours, une volonté de rassembler

La Gauche : Perdre en chantant ?

Après l’immense rassemblement de la Bastille, du candidat des Insoumis, Jean Luc Mélenchon (130 000 personnes) ; après l’énorme meeting (20 000 personnes) à Bercy du candidat du Parti Socialiste Benoit Hamon, que reste-t-il ? Le goût amer, au delà des énergies déployées, d’une défaite annoncée. L’un comme l’autre, les candidats ont omis, au cœur de leur discours, leur volonté de rassembler ces deux forces différentes, autour de quelques points fondamentaux de leur programme. Incapables de voir, ce que le plus aveugle d’entre nous voit, que sans alliance ils vont à l’échec. Si bien qu’au delà de leurs vastes perspectives, le seul horizon prévisible qu’ils nous préparent c’est la mise en place d’un pouvoir qu’ils dénoncent l’un et l’autre. En se paralysant mutuellement, ils nous livrent, au choix, au néolibéralisme sauce Macron ou sauce Fillon, à moins que ce soit au nationalisme de l’extrême droite du Front National. La perspective organisationnelle étant que le PS moribond donne naissance  à un parti regroupant l’aile libérale du PS, des centristes et une partie de la droite. A gauche, deux partis, se rejetant la responsabilité de l’échec et une extrême droite aux portes du pouvoir.

Je ne vais pas répéter ce que furent les antécédents historiques qui permirent aux pires tyrans de prendre le pouvoir alors que minoritaires. L’article de Laurent Mauduit est à relire ici.

Depuis 2012 le quinquennat de François Hollande est une descente aux abîmes. De reniements en absence de politique sociale et progressiste il a continué sa route, accélérant pour mieux se fracasser contre ce mur que tout le monde lui annonçait. Tous les avertissements sont restés sans effets. Après chaque élection perdue il a renforcé la politique désavouée. Sourd aux appels de son propre camp comme de ses alliés naturels. Par contre, applaudi debout par le Médef comme le fut Valls.

Alors que le pouvoir ignorait avec arrogance ceux qui l’ont porté aux responsabilités, il ignorait aussi toute la richesse des  expériences  développées dans le pays. De nouvelles façons de travailler, de consommer, d’échanger, de s’organiser se mettent en place, jeunes pousses de formes alternatives de société. Ce bouillonnement créatif démocratique est prêt à se  reconnaître  dans une formation porteuse d’un  projet de transformation sociale et politique.

Pendant le déroulement de  ce scénario catastrophe, nous fûmes nombreux à dire que la gauche était à reconstruire.  Pour ma part : ICI, Là, et encore Là

Mais ces appels et pétitions multiples ne furent pas entendus. 

Pendant que le PS façon Hollande, coulait, les frondeurs tentaient de le sauver. En vain. Avaient-ils la capacité de proposer un virage à 180° ? Nul ne le saura. Toujours est-il qu’ils étaient conscients de l’échec de la politique menée. Au bout de ses cinq ans, Hollande, retrouvant la lucidité qui lui avait manqué, s’est retiré. Les primaires organisées par le PS condamnent sans appel  le bilan de ce quinquennat, bilan porté par Valls. Les conditions étaient réunies pour reconstruire la gauche autour de ses valeurs.

Des convergences existent entre les Insoumis et les Frondeurs : pour contrer la dictature de la finance, s'attaquer aux privilèges accumulés depuis des décennies, lutter contre la fraude fiscale, appelée par anti-phrase "optimisation fiscale", mettre fin à l’existence des paradis fiscaux - perspective maintes fois annoncée, jamais réalisée -, arrêter cette politique de baisse des cotisations sociales qui permet l’augmentation des dividendes et qui détruit sciemment la solidarité sociale, prendre toute la mesure de la nécessaire transition énergétique, passer à la sixième république...

Cette absence de tentative de rassembler la gauche émancipatrice se situe dans une période où le monde craque de toutes parts autour de nous. De l’élection de Trump aux Etats-Unis au Brexit, des provocations d’Erdogan au  coup de force de Poutine en Crimée et en Ukraine, du  développement des nationalismes en Europe aux dictatures dans les pays arabes et à la terreur djihadiste, le monde est dangereux, il est déjà "minuit dans le siècle".

En France, des évènements incertains mais prévisibles peuvent se produire à tout moment. Nous voyons comment le djihadisme cherche à provoquer le chaos dont le FN pourrait tirer parti. Un attentat de l’ampleur du Bataclan ou de la promenade des Anglais pourrait provoquer une émotion telle que la solution extrémiste risquerait d'apparaître comme une solution à un électorat sans mémoire ni repères.

Il est presque déjà trop tard tant, depuis des années, est cultivée cette idée des gauches irréconciliables. Sans cet ultime recours, la seule perspective proposée c’est la défaite de la gauche mais, en chantant.

P.S. Pour mémoire, la référence:

Victor Serge "S'il est minuit dans le siècle" (roman dénonçant le totalitarisme stalinien)

Arrêtons-nous un moment au soleil. On nous enfermera peut-être ce soir dans les sous-sols de la Sûreté. Sachez-le bien pour apprécier la douceur de ce soleil. Je vous enseigne la sagesse ! Vous vous coucherez un jour sur un bat-flanc, dans une pénombre désespérante : souvenez-vous alors du soleil de cet instant. Pas de plus grande joie sur la terre, sauf l'amour, et c'est du soleil dans les veines...

-Et la pensée, demanda Rodion, la pensée ?

-Ah, c'est plutôt-maintenant-sur le crâne, un soleil de minuit. Glacial. Que faire s'il est minuit dans le siècle ?

-Soyons les hommes de minuit, dit Rodion avec une sorte de joie. »

 

 

 

 

 

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