Légalisation du MMA : Le conseil de classe arrive

Le chemin vers la légalisation du MMA en France sera décidément bien tortueux. Si les experts en la matière s’accordent à dire que le développement de la discipline dérange encore beaucoup de monde, nul ne pouvait s’imaginer de voir la procédure autant traîner. Roxana Maracineanu avait annoncé la concrétisation du projet pour l’automne 2019, depuis, le dossier s’est sérieusement enlisé.

ONE Championship - Kallang (Singapour), 2016 - CC BY-SA 4.0 ONE Championship - Kallang (Singapour), 2016 - CC BY-SA 4.0

 À l’origine, la Ministre des Sports avait annoncé que la France autoriserait la mise en place de compétitions sur le territoire national. Pour ce faire un appel à manifestation d’intérêt avait été lancé pour qu’une fédération de sport de combat déjà établie parraine le projet en s’associant avec la Commission Française de Mixed Martial Arts (CFMMA). Cinq fédérations avaient répondu à la proposition avant la date butoir du 27 septembre 2019 mais, sentant l’immense potentiel de cette pratique, une sixième avait posé recours, repoussant la dite limite au 27 novembre.

La CFMMA se retrouve donc à devoir étudier une multitude de dossiers dans le seul et unique but de choisir son futur chaperon. Prévu pour aboutir en Février 2020, le projet laisse déjà entrevoir des offres plus cohérentes que d’autres. Le temps est donc venu de passer en revue les différents prétendants au parrainage des MMA français, à travers cinq groupes assez facilement identifiables. Il est bon de rappeler que les opinions exprimées dans ce billet sont purement personnelles et n’ont pas comme objectif d’orienter une quelconque perception des candidatures.

 

Le premier de la classe:

- Connue pour gérer en son seing une quantité record de sports différents, la Fédération Française de Kick-boxing, Muay thaï et Disciplines Associées se présente comme une candidate sérieuse au poste tant convoité. Établie sous sa forme actuelle depuis 2008, la FFKMDA est connue pour avoir aidé à développer des formes de combat très proches du MMA, telles que la Lutte Contact ou encore le Pancrace (forme plus allégée du free-fight où seuls les coups au sols sont proscrits). Avec une belle organisation, un staff déjà bien aguerri et plusieurs dizaines de compétitions de combat hybride sous le bras, la FFKMDA est clairement favorite à la prise en charge de la nouvelle discipline.

 

Les bons élèves:

- Par le biais de son impressionnant Comité Français de Grappling, la Fédération Français de Lutte a été plus que déterminante pour l’avancée des sports de combat hybrides dans l’hexagone. Possédant elle aussi sa variante du pancrace (nommée Grappling Fight), la FFL est une organisation qui se démarque par son sérieux, son adaptabilité pour moderniser les pratiques et sa capacité à établir des règlements clairs. Bien que très peu médiatisée, elle serait peut être la meilleure prétendantes pour ce qui est du développement du MMA au niveau amateur et dans les divisions jeunes. Elle incarne également la structure la plus à même de rapprocher la discipline des cercles olympiques, ce que beaucoup de pratiquants espèrent.

- Comptant elle aussi une somme incalculables de pratiques à gérer, la Fédération Française de Karaté s’est elle aussi faite une place de choix dans le petit monde du MMA français. Responsable, via les commissions qu’elle dirige, des disciplines telles que le Pankido (quasi-identique au Pancrase sus-mentionné), la FFK est surtout devenue le partenaire de choix des organisations semi-professionnelles. En effet des promotions françaises comme les Golden Belts (où sévit le vétéran Anthony Réa) produisent leurs galas en suivant la réglementation de la FFK, qui a clairement de l’avance sur son temps.

Championnat de France de Pancrace 2017 © FFKMDA officiel

 

Le ventre mou du classement:

- Cantonnée dans un milieu qui a très peu évolué au fil du temps, la Fédération Française de Boxe n’a pourtant pas hésité à déposer sa candidature au moment de l’appel à manifestation d'intérêt. Même si elle possède, selon les dires de son président, une « organisation similaire au MMA », la FFB n’a pourtant jamais proposé de disciplines hybrides ou même œuvré à la création d’un comité dédié au MMA. Malgré tout l’opération séduction continue, avec l’espoir d’être récipiendaire d’une délégation des plus intéressantes.

- Héritière d’une tradition française vieille de plusieurs siècles, la Fédération Française de Savate dispose d’un joli bagage culturel. Force est de constater que représenter un sport inscrit à l'Inventaire du Patrimoine Culturel Immatériel de France a quelque chose de plutôt prestigieux. Malgré tout, il en faudra plus que ça pour s’inviter dans la mêlée des différents candidats, surtout quand on constate que pas une fois les termes "Mixed Martial Arts" ne figurent sur le site de la fédé, ni même sur ses réseaux sociaux. Ironie quand on sait qu’un savateur a participé à l’un des premiers matches de MMA de l’histoire.

 

La retardataire:

- Invitée de dernière minute dans la discussion, la Fédération Sportive et Gymnique du Travail a décidé de déposer un dossier de candidature à l’automne dernier, repoussant la date de décision du Ministère des Sports de plusieurs semaines. S’abritant derrière son Comité National de Combat Mixte (obscure association dont l’activité reste confidentielle), cette fédération "fourre-tout" pourrait bénéficier d’un afflux massif de nouveaux adhérents qui devraient rejoindre ses rangs en cas de victoire.

PRIDE Fighting Championships - Nagoya (Japon), 2005 - CC BY-SA 2.0 PRIDE Fighting Championships - Nagoya (Japon), 2005 - CC BY-SA 2.0

Exclu du bahut:

- Bien que n’ayant pas pris part l’appel à manifestation d'intérêt, la Fédération Française de Judo, Jujitsu, Kendo et Disciplines Associées a tenté de se joindre à la discussion il y a plusieurs mois. Comme nous en avons désormais l’habitude, cette dernière s’est ridiculisée par le biais de son désormais célèbre président, Jean-Luc Rougé. Entre deux déclarations complètement délirantes du dirigeant, l’instance directrice du Judo avait tenté de créer sa propre variante du MMA, provoquant une vague d’indifférence prêtant plus à la consternation qu’à autre chose. Récemment, le président Rougé avait réitéré son envie de chaperonner le MMA français en précisant que la FFJDA se garderait le droit d’y appliquer ses propres règles (sans pour autant les préciser). Là encore, dans le silence le plus total.

 

Au-delà des ralentissements manifestes, inhérents à tout processus du genre, on note que l’impressionnante progression du combat libre en France suscite bien des convoitises. Loin de se préoccuper des besoins des pratiquants, certaines (je dis bien certaines) fédérations comptent surtout mettre la main sur un sport de plus en plus pratiqué et ainsi permettre à leurs clubs de faire grossir leurs rangs. Finalement, il semble que même en ayant trouvé grâce auprès du Ministère des Sports, le MMA reste ce petit nouveau, doué mais récalcitrant, qu’on cherche à exploiter tout en continuant à le regarder d’un mauvais œil.

 

Romain ATTARD

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