Jupiter et ses acolytes niquent Europe pendant qu’Œdipe et Sisyphe regardent

Peut-on à la fois aimer et violer ? C'est ce que suggère la vision patriarcale du mythe du dieu Jupiter qui, tombé amoureux de la princesse Europe, l'enleva et lui fit la nique avant de l'abandonner avec les trois enfants qu'il lui avait laissé. La réalité dépassant la fiction, le nouveau Jupiter et ses acolytes rejouent le viol d'Europe « par amour » sous le regard narquois d'Œdipe et Sisyphe.

Aimer l'Europe devrait vouloir dire lui témoigner cet amour avec de belles intentions, de douces attentions et un soutien fidèle à ses choix et à son bien. Malheureusement, les puissants qui se comparent à des dieux semblent avoir appris la vie dans la très patriarcale mythologie grecque. Ainsi, la princesse Europe fût-elle enlevée par le dieu Jupiter déguisé en taureau en vue d'unir sa forme charnelle à celle de la belle dont il était tombé amoureux, sans la connaître et sans se soucier de son avis à elle. Passons sur le fait que Jupiter était par ailleurs marié et que la jeunesse d'Europe était si bourgeonnante que la déflorer constituerait au mieux un détournement de mineur voire un acte de pédophilie.

Une fois le puissant Jupiter lassé et cet amour passé, la jeune femme reçu finalement comme récompense de ses « services » qu'un continent soit nommé après son propre nom, notre continent : l'Europe. Avant cela, notons que de cette « union » étaient nés trois enfants, dont l'effrayant homme de bronze Talos qui protégeait alors l'intimité de ses parents sur l'île où ils se trouvaient en tuant tous les étrangers qui essayaient d'y débarquer. Quelle ironie quand on pense au traitement des migrants qui aujourd'hui cherchent à rejoindre notre continent !

Les étrangers et leur accueil, c'est bien là une des blessures infligées par le nouveau Jupiter, président français, et ses acolytes libéraux-autoritaires, à l'Europe qu'ils disent aimer par devant pendant qu'ils lui enfoncent des politiques iniques par derrière. Jupiter, et les autres chefs de coalitions libérales aiment l'Europe mais ils en laissent des pays membres se dépêtrer seuls avec une situation humainement catastrophique dont l'ampleur les dépasse. Jupiter et les autres olympiens auto-ressentis aiment l'Europe mais ils violent le principe de solidarité qui est un pilier de sa cohésion politique. Se demandent-ils seulement si l'Europe, c'est à dire le peuple d'Europe, les aime en retour ?

Europe n'a pas eu son mot à dire face à Jupiter mais dans la réalité d'aujourd'hui rien n'empêche de demander aux personnes qui vivent l'afflux de migrants, notamment en Grèce ou en Italie, si elles aiment en retour la direction prise par l'Europe sous l'impulsion de ses dirigeants qui la chérissent au moins verbalement. Les « dieux » avaient d'abord laissé tomber la Grèce face à l'afflux de migrants et ils envoient aujourd'hui l'Italie se faire voir par les grecs, apportant chaque jour son lot de morts innocents. Le viol collectif de l'Europe par le pseudo Jupiter et ses paires a donné naissance à un Talos au bronze aussi brun que l'extrême droite et qui n'a rien à envier au rideau de fer.

Là où la réalité dépasse la mythologie, c'est que s'y ajoutent des éléments d'autres mythes non plus flatteurs mais tout aussi flagrants. D'abord il y a l'entêtement du libéralisme économique avec ses dérégulations et son idée de ruissellement des richesses dont la réalité a maintes fois invalidé le bien-fondé. Pourtant, à chaque cure d'austérité qui n'a pas fonctionné à améliorer la condition d'une immense majorité suit une autre cure d'austérité imposée. On croirait Sisyphe, condamné à rouler son rocher avant, à chaque fois, de le voir dégringoler et de devoir recommencer. Dans ces conditions, il ne devrait paraître surprenant à personne qu'une partie croissante du peuple ressente une certaine hostilité vis-à-vis de la façon dont l'Europe est actuellement orientée.

Cette défiance face à l'ordo-libéralisme des dirigeants européens qui se rêvent olympiens est elle même mal interprétée. C'est que pour les libéraux, au moins depuis le XIXième siècle et la pensée caricaturale d'Herbet Spencer, il n'y a pas d'alternative à leur idéologie, qui ne constitue pas un recul ou un repli (d'où le slogan de Thatcher : « there is no alternative »). Puisqu'il n'y a pas d'alternative, le libéralisme est par essence anti-démocratique puisque celle-ci suppose de pouvoir choisir entre différentes alternatives.

Ainsi, lorsque les peuples français et néerlandais ont voté « non » au traité constitutionnel européen en 2005 pour réclamer une Europe alternative, les libéraux ont cru par erreur à une vague anti-européenne. Puisqu'ils aiment l'Europe si brutalement, ils ont donc décidé de la défendre contre la prophétie de sa destruction par le peuple. Il fallait alors retirer au peuple son droit de décision et passer en force. On moquait autrefois l'U.R.S.S. en disant que si le peuple n'était pas d'accord avec le parti communiste, il fallait y dissoudre le peuple. Les dirigeants de l'U.E. semblent prendre aujourd'hui la boutade au mot dans une dérive libérale-bolchévique. Seulement, comme le père d'Œdipe provoquant, en cherchant à y échapper, la prophétie qui voulait qu'un jour ce dernier le tuerait, la défense de l'Europe par les libéraux provoque une montée de la défiance et du rejet de l'Union Européenne telle qu'elle est. Entre progression de l'extrême droite pan-européenne et Brexit, tout ce que les dirigeants européens trouvent désormais pour défendre l'Europe qu'ils aiment est d'en agresser le peuple et de lui insuffler la peur de la quitter. Seulement, pour avoir peur il faut avoir quelque chose à perdre. Si les conditions de vie d'une majorité de personnes continuent de se dégrader à cause des politiques libérales menées, pendant que les solidarités et leur attachement à l'Europe se réduisent comme peau de chagrin, il n'y auront bientôt plus rien d'autre à redouter que d'y rester. Les deux piliers des politiques européennes actuelles, libéralisme économique et austérité, sont tels Œdipe et Sisyphe qui regardent narquois pendant que Jupiter et ses acolytes font la nique à l'Europe.

Heureusement, il existe encore des vestiges de démocratie sur lesquels s'appuyer pour construire une alternative, telle que proposé en France par le mouvement de la France Insoumise. Pour y contribuer, des membres de ce mouvement vivant partout en Europe vont annoncer le lancement dans les jours qui viennent d'un site de média en ligne pour informer sur l'état réel de l'Union : Europe Insoumise !

Dr. Sacha Escamez
Biologiste
Citoyen engagé
Européen passionné

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