Présidentielles tunisiennes : Le « Mein Kampf» d’Adolf Mourou, prénommé Abdelfattah

Enfin, Ennahdha, après de difficiles gestations, de son «oiseau rare», a accouché
C’est un bébé incestueux avec toutes les tares que cela pourrait impliquer
Car, de tous ses prétendants potentiels, aucun n’a accepté la dote exigée
Et c’est le gourou qui a ainsi décidé
Pendant que tous les candidats étaient polarisés
Sur l’heureux élu qui, de sa chéchia, sortirait :
L’«oiseau rare» sera un nahdhaoui baptisé
Le titulaire du perchoir, il a préféré
C’est par téléphone qu’il l’a informé
Pour ne pas être out, ils l’ont proposé
Mourou, Abdelfattah, prénommé
Puisqu’il est des leurs, dans leur lignée
Et, pour être un filou, c’est un parfait
Pour berner encore mieux l’Étranger [1]
Avec son éloquence colorée
Sa trompeuse bonhomie affichée
Et son double langage confirmé
Avec un excès de zèle démesuré
Dans la défense d’une chose et son opposé
En dépit de toutes les fourberies qu’il respirait
De tous les mensonges, par ses discours, portés
La propagande islamiste a pu le faire passer
Pour quelqu’un de tolérant, modéré et cultivé
En dépit de ses déclarations enregistrées [2]
À l’époque où Ennahdha gouvernait, et même après
Où, la pensée islamiste pure et dure, il prônait
Avec une extrême conviction fanatisée
Sur un ton haineux, agressif et enflammé
Et une gesticulation menaçante et excitée
Qui rappelle la posture de celui que vous savez
Celui à la moustache droite et la mèche de côté
Posture bien visible dans la première vidéo dans [2] référencée
J’invite le lecteur facebookeur à la visionner, mais avec le son coupé
Pour se rendre compte de l’étonnante ressemblance ci-dessus évoquée
Déclarations et prêches porteurs de radicalité
Que, sur YouTube ou Dailymotion, on peut visionner [2]
Où, à la violence religieuse, il a appelé
À la dictature théocratique qu’il faut adopter
À un «État oppresseur pour l’instaurer
À travers lequel la Sharia sera appliquée 
À la méthode forte pour commander 
Et ce pouvoir que, à tout prix, il ne faut plus lâcher »
Déclarations enregistrées où il a spécifié
Devant ses fréros-acolytes, réunis en cercle fermé
Écoutant sa parole dans un silence religieux complet  
« Il ressort, après avoir considéré et évalué
L’expérience que nous avons vécue depuis dix siècles, à peu près
Amère expérience qui montre que l’islam, par nous, préconisé
Qui doit être là pour régenter toute la vie de la communauté
Qui doit, absolument, jusqu’au moindre détail, l’agencer
Ne peut survivre qu’à travers l’État, un État fort sans pitié
Qui puisse réduire nos adversaires et leur existence, les éradiquer
Rappelez-vous des slogans qui étaient magnifiquement scandés
Dans nos villes et villages, rues et chemins, dans toutes nos contrées
Lors de manifestations conduites par des enturbannés
Des barbus, des cheikhs, des prédicateurs, des savants distingués
Tous ils ont appelé pour que la Sharia soit appliquée
Par un gouvernant oppresseur qui doit par la force gouverner
Au vu de ce que nous manifestent nos adversaires en hostilité
L’État islamique que nous souhaitons établir restera inachevé
Parce que incapable d’appliquer sa volonté, ses projets et décrets
Si leurs complots ne sont pas identifiés, mis en échec et contre eux renvoyés
Ce n’est pas selon les compétences que nous devons recruter
Mais, selon l’obédience, de peur que la compétence puisse cacher
Une hostilité qui, un jour, contre nous peut se retourner 
Et, je sais, beaucoup des nôtres et de nos citoyens nous ont reproché
Que les patentés de l’obédience, à ceux munis de compétences, soient préférés
Sachez que cette occasion qui nous est offerte ne sera pas renouvelée 
Nous sommes la majorité, nous sommes les enfants de ceux qui, pour nous, ont voté
C’est pour cela que nous nous sommes attachés fermement à la légalité
Nous ne sommes pas naïfs pour, de cette prise du pouvoir dont nous jouissons, nous délester
Au profit des autres, en attendant enfin qu’il y ait un consensus réalisé
Nous considérons que cette occasion est notre occasion, si elle était ratée
Nos valeurs et nos fondamentaux qui furent perdus pendant de longues années
Et le but de notre vie pour lequel nous avons souffert et, les prisons, supportées
S’évaporeraient. Nous défendrons nos places où nous nous trouvons profondément ancrés
Nous sommes attachés à nos projets et personne ne pourra nous en détourner »
Ainsi parla Adolf Mourou, dans un langage proche de la langue écrite, châtié
Développant une théorie qui, à celle de Ben Laden, n’a rien à jalouser
Le même, qui, il y a 48 heures, quand sa candidature fut déposée
D’«unifier les efforts et de réunir les compétences», s’est engagé
« Afin d’œuvrer avec » ses « frères tunisiens, avec une sincère volonté
Main dans la main, pour tous les objectifs de la patrie, pour sa dignité
Pour la défense des acquis de la république, pour qu’il n’y ait plus d’animosités
Entre les Tunisiens, et pour que plus personne ne souffre d’adversités »
Quant à ses dites « recrues», pendant qu’Ennahdha, au pouvoir, sévissait
Dans la branche du terrorisme international, elles s’étaient illustrées
Et elles sont l’une des principales causes de l’appauvrissement de notre budget
Il s’agit bien du même Abdelfattah Mourou, par l’Occident, modéré, regardé
Y compris ses médias, du Figaro au Washington Post, du Daily Telegraph à Libé
Qui se la joue, aujourd’hui, gardien de la Révolution et prétend vouloir l’assister
Alors que, jusqu’à verser dans le culte extrême du président déchu Ben Ali, il était allé
Parlant de «caractère sacré de la personne du président», «sauveur et rédempteur», l’a-t-il qualifié [3]
À l’époque où le gourou « a quitté le pays avec l’accord de Ben Ali et, à l’étranger, est resté
Ce qui m’a conduit à être le seul dirigeant d’Ennahdha sur place » a-t-il, plus tard, raconté
« Et c’est pour prouver l’essence de mon être que je tenais fermement à ma façon de m’habiller»
Ainsi, il reconnait lui-même que, sous Ben Ali, c’est avec sa jebba et son turban qu’il a milité
En ce qui concerne les assassins de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, il a sa petite idée :
«Leur disparition n’a causé aucun préjudice à la famille politique à laquelle ils appartenaient
C’est à nous qu’elle a causé les plus grands préjudices, car,  nos deux gouvernements, elle les a fait avorter
Leurs assassins, ce sont ceux qui n’acceptent pas l’entente nationale, qui veulent, de gouverner, nous empêcher»
Il ne reste à sa petite idée qu'un pas à franchir pour que ces assassins soient enfin désignés
Comme étant les propres camarades des deux martyrs qui, envers «l’entente nationale», sont réservés
Abdelfattah Mourou, le personnage le plus ambigu d’Ennahdha, le plus multivalué
Qu’un de ses fondateurs, Salah Karkar, surnommait «Le loup» et, comme d’un homme dangereux, en parlait
Dangereux, à multiples facettes, jouant sur tous les tableaux, ne sachant pas garder un secret
C’est Mohamed Karim Labidi, le propre beau-frère de Salah Karkar, qui a fait ce portrait [4]
Portrait qui est confirmé être le plus fidèle parmi tous ceux qui ont été, de tout temps,  dressés
Sans masque, loin, très loin de ce que l’Occident avait pensé et ses médias pourraient soupçonner
Confirmé par ses déclarations et prises de positions depuis qu’il est dans les responsabilités
Ainsi il a déclaré à leur invité Wajdi Ghanim qui prêchent pour que toute femme soit excisée 
À propos de celles et ceux qui n’adhèrent pas aux vertus de l’islamisme et ses bienfaits
Il a déclaré après avoir déposé sur son crâne rasé un révérenciel baiser :
« Ce sont nos adversaires, notre objectif c’est leurs enfants, mais, nous ne devons pas leur afficher notre inimitié
Notre objectif c’est aussi leurs petits-enfants, c’est par leur progéniture que nous sommes intéressés
Et également par leurs femmes, mais, pour ce qui les concerne, de ces gens-là, nous n’avons rien à cirer
Leurs garçons sont entre nos mains aujourd’hui, leurs filles aussi, la prochaine étape planifiée
Est de séparer la pensée des enfants des positions de leurs parents et de leurs idées»
Tout cela, devant ledit prêcheur, avec une gesticulation théâtrale, il a exposé
Et le prétendu modéré a conclu par «Louange à Allah qui, dans cette action, nous a agréés»
En ajoutant «parce que nous détenons le pouvoir, la prochaine étape sera plus compliquée
Car, être à la barre des affaires comporte un gros risque, c’est celui de nous mollifier»
Et, il a attendu 7 ans, ces élections, pour faire son mea-culpa, le 7 février dernier [5]
En regrettant simplement de «s’être entretenu» avec celui qu’Ennahdha avait distingué
En poussant le culot jusqu’à dire qu’il ne s’était pas rendu compte de sa dangerosité
C’est de l’indécence politique que de qualifier d’«entretien» un exposé délibéré
D’une stratégie, avec ses différentes étapes pour arriver à sa «Solution finale», bien arrêtée
Au moindre détail, où nos femmes, nos enfants et nos petits-enfants sont explicitement ciblés
À l’attention d’un cheikh exciseur dont il a baisé la tête en signe d’allégeance et de respect
Exposé qui nous donne une idée de ce que son élégante jebba de soie pourrait dissimuler
Digne des pires régimes totalito-nazo- discrimino-fascistes qui ont saigné l’Humanité
Lui qui a déclaré, en 2015, qu’Ennahdha doit s’imposer par l’occupation des mosquées
« Car elles sont le lieu de l’éducation de la nation, aussi, celui qui souhaite la réformer
Doit impérativement y opérer le commencement de ses actions », at-il insisté
«Aujourd’hui les mosquées sont tenues par d’autres que nous, avec une pensée superficielle éloignée
Des objectifs de la Sharia et qui est loin de tenir compte de notre réalité
Et Ennahdha doit absolument ancrer son existence et ses fondements dans ces lieux sacrés»
En 2015, c’est-à-dire pendant l’actuel législature dont il est vice-président premier
Et il est, aujourd’hui, aussi, vice-président d’Ennahdha qui, à cette fonction, l’a porté
Double-honneur qui, avec ses idées, m’a permis, du titre de vice-gourou, de le flanquer
Déclaration faite à la chaîne Al Jazeera, télé de propagande djihadiste qui a torpillé
Les printemps arabes ; mais, quand il est sur le sol national où, des médias, il est un grand habitué
Et des chaînes télé, en particulier, pour peaufiner son image de respectabilité
Il tient un discours soft se situant aux antipodes de ce qui est ci-dessus rapporté
D’ailleurs, tout ce qu’Ennahdha et ses maîtres à penser entreprennent dans tout domaine est ponctué
Par une bivalence savamment rodée qui leur a permis jusqu’à ce jour de gouverner et d’exister
Ne serait-ce qu’au second rang, leur permettant de ne pas être mis au ban de la société
Accompagnée d’une stratégie leur affectant un visage radieux camouflant le hideux caché
Ainsi leur gourou a, toujours, un pied dans l’islamisme, et l’autre, dans la liberté de pensée
Le premier vers son électorat et le second vers ses soutiens de l’Occident, orientés
Et leur «oiseau rare », Adolf Mourou, prénommé Abdelfattah, en est l’archétype parfait

Salah HORCHANI

 [1]
[Sur les sillons de Ghannouchi], qui joue au novice démocratisé
Avec son air de sainte nitouche, très tardivement cravaté
Pour pasticher ses soutiens d’Occident afin d’encore mieux les berner *

* Extrait de mon poème intitulé « Élections tunisiennes 2019 : Dis-leur, Eya, dis-leur ! », paru sous le lien suivant :

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/280519/elections-tunisiennes-2019-dis-leur-eya-dis-leur

poème dont est extraite une partie de ce billet, une autre partie est extraite de mon autre poème intitulé « Tunisie, présidentielles 2019 : Le choix de leur  "oiseau rare" est un réel espoir ! », paru sous le lien suivant :

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/110819/tunisie-presidentielles-2019-le-choix-de-leur-oiseau-rare-est-un-reel-espoir

[2] Pour toutes les déclarations et citations d’Abdelfattah Mourou contenues dans ce billet, voir les vidéos suivantes :

https://www.facebook.com/watch/?v=1443141825754325

https://www.youtube.com/watch?v=syPmPU8u0MU&feature=youtu.be

https://www.youtube.com/watch?v=ZG6RDaVkJMg

https://www.youtube.com/watch?v=rMkEhKba464

https://www.youtube.com/watch?v=6gbhyR4LR48

https://www.youtube.com/watch?v=VjS8kYq08qM&feature=youtu.be

https://www.youtube.com/watch?v=QBUu--tAcdg

[3] « Mourou n’était pourtant pas bien méchant et encore moins dangereux pour le maître de Carthage. Dès mars 1991, découvrant qu’il ne contrôlait plus la machine qu’il était censé diriger, il gela toute activité politique au sein d’Ennahdha et versa même dans le culte de Ben Ali, sauveur et rédempteur. De nombreuses déclarations dans ce sens (comme celle sur le "caractère sacré de la personne du président" publiée dans Les Annonces en novembre 1991) lui firent perdre tout crédit auprès des siens, sans lui faire pour autant gagner l’estime du pouvoir. "Quand le citron est pressé, on le jette", avait déjà dit Frédéric de Prusse à Voltaire». in Ahmed Manaï, Préface de Gilles Perrault, Supplice tunisien : Le jardin secret du général Ben Ali (La Découverte, 1995). Ahmed Manaï est le président de l’Institut Tunisien des Relations Internationales.

[4] Mohamed Karim Labidi, lui-même islamiste de la première heure, a écrit à la page 366 de son livre Ma vie, ma Tunisie (Edilivre, 2018) : « SK surnommait Abdelfattah Mourou " le loup". Il en parlait comme d’un homme dangereux, à multiples facettes, qui jouait sur tous les tableaux. Si l’on voulait transmettre une information à l’ennemi, il n’y avait qu’à en parler devant Mourou », et a affirmé, dans la Note 7 qui se trouve à sa page 7, qu’il est le propre beau-frère de Salah Karkar.

[5] https://www.huffpostmaghreb.com/entry/election-presidentielle-mourou-candidat-ennahdha-joue-son-va-tout_mg_5d4a0265e4b09e72973e01b5

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