La Commission européenne incite les Etats à contenter la droite raciste

Comme on pouvait s’y attendre, la Commission européenne n’a pas tardé à suivre la vague hostile et raciste qui se répand dans tous les pays européens.

Comme on pouvait s’y attendre, la Commission européenne n’a pas tardé à suivre la vague hostile et raciste (voir les articles de Carine Fouteau et mes billets de ces deux dernières semaines) qui se répand dans tous les pays, en adoptant le 27 septembre un nouvel agenda et de nouvelles mesures concernant l’immigration et l’asile. Les louanges de Juncker, Merkel, Macron et autres envers le sale marchandage du ministre de l’intérieur italien (c'est-à-dire les services secrets de la péninsule) avec la bande de criminels de Sabratha pour stopper les départs de migrants, la contrebande de pétrole et les menaces aux activités et aux personnels de l’ENI en Libye, promettaient le pire. Et voilà que sans arrêt on continue sur le chemin du prohibitionnisme migratoire le plus brutal, cynique et meurtrier emprunté en 2015 (quand on a promis 6 milliards à Erdogan pour «garder» – et entretemps esclavagiser librement –les migrants chez lui). Avec aplomb, Jean-Claude Juncker et les autres autorités de la Commission ont déclaré qu’« en dépit du débat et des controverses autour de ce sujet, nous avons réussit à faire des progrès solides (…) Maintenant nous avons besoin de redoubler nos efforts».

Au-delà du langage édulcoré qui comme toujours caractérise les documents de l'UE, en synthèse les objectifs de ces efforts sont:

- rapatrier (ou expulser) environ 1,5 million d’immigrés et réfugiés (qui évidemment ne méritent pas la grâce de rester pour chercher le salut en Europe) ;

- distribuer 500 millions d’euros à qui prendra en charge les 50 000 réfugiés environ qu’on ne peut pas expulser (ce qui fait penser aux ONG qui drainent ce financement, plaçant les réfugiés dans des conditions d’indigences inouïes ; et cela ne sert-il pas aussi à calmer l’hostilité vis-à-vis des immigré et réfugiés ?). La Commission parle de « Continuer à assurer la solidarité », mais bien évidemment ce n’est que entre pays de l'UE pour garder juste un nombre symbolique de réfugiés ; ainsi – sans peur de chiffres ridicules – on vante la relocalisation de « plus de 29 000 personnes » (sic!) comme « le premier mécanisme de réinstallation à grande échelle coordonné par l'UE qui a contribué à réduire considérablement la pression sur les systèmes d'asile en Italie et en Grèce. La priorité immédiate est maintenant de veiller à ce que toutes les autres personnes éligibles qui sont arrivées en Grèce et en Italie jusqu'au 26 septembre soient rapidement déménagées. Au total, environ 37 000 personnes devraient être effectivement déplacées dans le cadre du programme ».

Le dernier objectif édifiant est de donner des « contributions supplémentaires au Fonds d'affectation spécial de l'UE pour l'Afrique ». Cela devrait servir à « réduire les incitations à la migration irrégulière ». Mais, voilà que lorsqu’on affirme que « l'accent est mis sur les causes profondes de la migration irrégulière », on fait tout de suite allusion à la nécessité de « démanteler les réseaux de trafic et de traite » parallèlement à « une meilleure application des politiques de retour ». Au nom de l’« humanitarisme » européen, on proclame donc la formule : « Économiser des vies et sécuriser les frontières extérieures ».

Cela se traduit dans : « il importe de poursuivre la collaboration le long de la route de la Méditerranée centrale ». Et là, la Commission cherche la couverture d’institutions qui ont encore une certaine légitimité morale, évoquant la « coopération avec le HCR et l'OIM, en particulier pour l'amélioration de la situation des migrants bloqués en Libye, notamment dans les centres de détention, pour la promotion des débouchés socio-économiques ouverts aux communautés locales, pour l'accélération des travaux sur les retours volontaires assistés et pour le renforcement de la capacité des autorités libyennes de contrôler les frontières méridionales ». Mais, le vrai but semble bien être celui de ramasser encore plus de fonds pour payer les bandes criminelles de trafiquants afin qu’elles s’engagent à stopper les départs.

Sauf que cette trouvaille, vantée par monsieur Minniti, risque fort de se révéler caduque. Du 25 au 27 septembre, le général Haftar, en visite à Rome, après avoir rencontré la ministre de la défense et le chef des services secrets, n’a pas mâché ses mots dans son entretien avec le Corriere della sera; il a affirmé que lui seul peut garantir des accords sérieux tandis que des bandes comme celle de Sabratha, à laquelle les services secrets italiens (au nom du ministre Minniti) ont donné plus de 10 millions de dollars (afin qu’elle stoppe les départs, la contrebande de pétrole et les menaces aux activités et personnels de l’ENI) finiront par relancer leur chantage et leurs activités criminelles pour avoir encore plus d’argent alors que lui, le général Haftar, ne demande que des armements en tant que militaire de l’Etat libyen.

En réalité, on sait bien que ce général est en concurrence à la fois avec les bandes criminelles et le président actuel de ce qui passe pour un  Etat libyen, et il apparaît évident que les autorités italiennes cherchent à jouer avec tous les acteurs de la scène libyenne, ce qui fait partie du traditionnel savoir faire italien, depuis toujours et notamment depuis Mattei, le chef de l’Agip-ENI, tué parce que concurrent insupportable de la part des sept sœurs ainsi que de la France (1). La guerre voulue par Cameron et Sarkozy pour détruire (au profit des banques anglaises, et françaises) la Libye du tyran Kadhafi n’a produit qu’une territoire meurtri par des bandes criminelles. Maintes preuves montrent que les première victimes de cette situation sont les migrants mais l’Union européenne ne pense qu’à sauvegarder ses affaires, passant par n’importe quel sale marchandage et sur la peau de milliers de migrants torturés dans les lagers libyen ou morts noyés ou le long des routes africaines. S’il ont encore un peu de capacité de réaction, que pourront vouloir faire ceux qui survivront à cette horribles expérience?

(1) Il est connu que les autorités françaises étaient très fâchées avec Mattei car il avait financé le FLN algérien jusqu’à lui fournir beaucoup d’armements et aussi parce qu’il représentait un concurrent dangereux pour Elf ainsi que pour les compagnies pétrolières anglaises et américaines. Il est donc probable que l’élimination de Mattei (par la main de la mafia sur commande de la CIA) a mis d’accord USA, France et Royaume Uni.

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