Le ministre Salvini et son jeu de sbire improvisé aspirant «duce»

Le néo-ministre de l'intérieur s'improvise sbire imitant Mussolini et Trump. Il pratique la distraction de masse pour cacher les responsabilités des dominants et des siens à propos des désastres sanitaires, environnementaux et économiques qui frappent la population et même ses électeurs. Il cache comment nombre de ses électeurs esclavisent les immigrés à qui ne veut donner aucun droit.

Il n'est pas arbitraire de dire que, à part Scelba, tous les ministres italiens de la police, surtout de 1994 à aujourd'hui, ne semblent pas avoir marqué de manière significative l'histoire de ce ministère et en général du gouvernement de la sécurité intérieure en Italie. Aucun de ceux-ci ne peut être comparé à ce que Scelba a fait, dans le mal plus que dans le bien du point de vue d'un Etat de droit vraiment démocratique. C’était après 1948 quand la Démocratie Chrétienne/DC obtint la majorité par le lourd soutien des Etats-Unis et du Vatican; cela donna aux E.U. le contrôle des affaires étrangère et des affaires militaires du pays et laissa la souveraineté des affaires intérieures à la DC qui ainsi devint le "parti-Etat". Avec Scelba les polices gérèrent l’ordre économique, social et politique violemment faisant souvent des milliers d’arrestations, des centaines d’assassinats de syndicalistes par la mafia (auxiliaire des polices). Après Scelba, tous les ministres ont toujours été subordonnés à l'appareil ministériel et en particulier au Viminale (l’équivalent de l’hôtel de Beauvau en France) et aux sommets des Carabinieri (CC) et de la Guardia di Finanza (GdF). Bien sûr, depuis 1945 en Italie le pouvoir politique domine la police parce que c'est le gouvernement qui décide les nominations au plus haut niveau des forces de police ainsi que des préfets et des questori (les chefs de police de chaque province). On a pas eu de risque de coup d’Etat policier, mais on a vu des tentatives de coups d’Etat militaires qui ont eu la fonction de freiner les tentatives d’autonomisation de l’Italie vis-à-vis de l’allié dominant (les E.U.). Les carrières des policiers se jouent toujours à condition d'avoir un «saint au paradis», c.-à-d. une protection politique qui pèse au niveau décisionnel. A l'époque du "parti-Etat" (la DC) il fallait savoir jongler entre les courants démocrates-chrétiens. Mais après le compromis historique des années 1970 (DC et Parti Communiste/PCI) et ensuite avec les syndicats de la police d'Etat et les représentants du personnel des autres forces de police encore à statu militaire, les nominations au niveau national et local passe par une négociation complexe entre politiciens, chefs de différentes forces de police, syndicats et représentants du personnel (toujours super corporatifs). En d'autres termes, en Italie, le contrôle politique sur la police est devenu de plus en plus limité. L'échange consistait et consiste toujours à garantir la loyauté des polices vis-à-vis du pouvoir politique à condition d'avoir une autonomie de gestion de tout et des concessions continues de presque tout ce que prétend chaque police toujours en concurrence avec les autres polices (avec des protestations parfois éclatantes comme ce fut le cas lors du choix du gouvernement D'Alema qui conféra au CC le statu de quatrième force armée et de fait un poids plus important que que celui de la Police d’Etat/PS dans le soi-disant «secteur des forces d’Etat de la sécurité», comprenant aussi la police pénitentiaire et les pompiers, tandis que les polices locales dépendent directement des Mairies).

La courte durée des gouvernements et donc des ministres a affaiblit le pouvoir décisionnel du gouvernement et accru celle de l'appareil ministériel, des sommets de toutes les forces et des syndicats des polices. En particulier, le «noyau dur» du Viminale est devenu l'appareil qui gouverne le ministère de l'Intérieur quel que soit le ministre et la couleur du gouvernement en place. En plus, le Viminale a toujours eu un pouvoir plutôt limité vis-à-vis des CC, de la GdF et de la police pénitentiaire (qui par ailleurs dépendent aussi respectivement du ministère de la défense, du ministère de la finance et du ministère de la justice). Rappelons aussi qu’au Viminale en particulier, il y a des «cercles» de fonctionnaires liés par leur commun parcours professionnel qui parfois se confond avec les origines régionales communes. Il s’agit de hauts fonctionnaires presque tous préfets d’Etat venant à la fois de la carrière spéciale de cette catégorie et aussi des rangs des polices merci au décret qui imposa De Gennaro quand il était chef de la police pour s’entourer que de ses fidèles copains, qui auparavant n’avaient pas le droit de devenir préfets. Ceux qui sont encore au sommet du Viminale sont tous entrés dans ces rangs après 1981, l'année de la réforme de la police qui aurait du démocratiser le secteur et qui a été déformée dès le début (ainsi que bien d’autres réformes italiennes). Cela dit il s’agit d’un univers professionnel qui naît dans un «monde» bien différent de celui de l'ère Scelba, un monde dans lequel il est entré en jeu un autre facteur particulièrement influent: le jeu financier lié aux nouvelles technologies et à la communication. Un facteur qui pèse encore plus dans l'évolution des forces armées mais en général dans l'univers de la sécurité intérieure et des affaires militaires qui, avec la Révolution dans les affaires militaires (la RMA) s'hybrident progressivement (réciproquement - à partir de 1991).

Les politiciens italiens n'ont jamais prêté attention à comment fonctionnent et à ce qu'ils font les polices. Les commissions parlementaires chargées de ce secteur ont toujours traité du système électoral et d'autres questions très importantes du point de vue de tous les politiciens; seuls quelques parlementaires se sont consacrés aux affaires de police, mais toujours avec une certaine distance. Si l'on pouvait vérifier sérieusement ce que les parlementaires de ces commissions savent, on découvrirait qu'ils n'en connaissent pas beaucoup plus que les citoyens ordinaires un peu acculturés. De plus, les policiers eux mêmes savent qu'il est impossible connaître bien le monde et les affaires policières italiennes car beaucoup plus compliqués que ceux d'autres pays comparables, car c'est un univers de nombreux petits fiefs dont l'objectif est de défendre leur "jardin". Tout cela a conduit tous les ministres de l’intérieur à se laisser guider presque totalement par l’appareil ministériel et les accords entre sommets des polices et des syndicats pour éviter des gaffes criantes et donc de se ridiculiser.

Salvini, la caricature du duce et de Trump

Le dernier ministre arrivé au Viminale est M. Salvini qui, pour maintenir la promesse d'être le chef du «grand changement» par rapport à tous les gouvernements précédents, n'a rien de la réserve habituelle d'un ministre de l'intérieur et continue de jouer le rôle de tribun imitant un peu Mussolini et un peu Trump. En réalité, ce nouveau ministre n'a presque rien dit sur les affaires de police parce qu’il ne connaît rien et parce que il prétend conquérir la connivence de tous les flics, privilégiant toujours son obsession: la guerre à l'immigration et aux Roms et sa promesse d'éliminer toutes les inhibitions contre la «légitime défense» (voir la liberté de tirer sur le suspect voleur). Le ton, la forme et le contenu du profil que M. Salvini a épousé sont l'intolérance viscérale typique du jeu politique qui mise à fabriquer l’ennemi du moment, à l’instar de Mussolini et de Trump (voir des Sarkozy et Valls qui s’acharnaient contre la «racaille» des banlieues.

Ainsi, M. Salvini reprends le jeu de la distraction de masse, voir la pratique des dominants depuis 1990: il agite des fausses insécurités pour cacher les insécurités qui affectent la majorité de la population et même de ses propres électeurs. La vallée du Pô, et donc les fiefs électoraux de son parti (la Ligue) depuis plus de 20 ans et en partie de l'ex-gauche (l’Emilie du PD) sont l'une des deux zones (avec la Ruhr) les plus polluées d'Europe (mafia padane), c.-à-d. la région avec la plus forte diffusion de contaminations toxiques et des décès dus à des maladies provoquées par ces contaminations. Et c’est aussi la région avec la plus forte diffusion des économies souterraines, donc du travail au noir, du néo-esclavagisme (des immigrés et des Italiens), de l’hybridation entre les activités légales et celles criminelles, des déchets toxiques, de la corruption et donc la fraude fiscale. Les documents et même les vidéo-reportages sur ces faits sont impressionnants: entre autres voir le documentaire des pesticides et des poisons dans la région de Vénice, le reportage sur la terre des terres du feu au Nord, la propagation des déchets et des décharges dans la province de Brescia et de la Lombardie; le cas très éloquent du néo-esclavagisme dans la vallée des joints en caoutchouc autour du lac d'Iseo (grand fief électoral de Salvini).

Il est donc surprenant que tous cela est ignoré dans les critiques au gouvernement M5S-Ligue et dans les critiques à Salvini en particulier. Entretemps, ce néo-ministre prétends dicter un peu tout ce qui doit faire le gouvernement (contre les vaccins, pour la fermeture des ports, la criminalisation des ONG qui portent secours aux migrants, l'amnistie pour les dettes fiscales au-dessous de 100.000 € -évidemment pour les petits patrons électeurs des la Ligue). Il gueule toujours «protégeons les Italiens» pour poursuivre systématiquement la dissimulation de tout ce qui menace la vie même de la population et de ses propres électeurs. Ainsi, de fait, il légitime tout ce qui produit les décès pour maladies dues aux contaminations toxiques, voir les crimes économiques, sanitaires et environnementaux contre l'humanité aujourd'hui de plus en plus aggravés.

Tout policier sait bien que la tendance de la criminalité montre une forte baisse de tous les délits et en particulier des plus graves. Selon les données indiscutables on peut constater que:

1) de 1990 à aujourd'hui tous les délits ont diminué tandis que les immigrants (réguliers et irréguliers) sont passés de 800 000 à 6 millions. Ergo: l'augmentation des immigrés n'a pas de tout augmenté la criminalité qui a effectivement diminué.

2) Les environs 500 000 immigrés sanspapiers sont presque tous des overstayers (comme le dit le Viminale même); ils ont perdu la possibilité d’accès ou de renouvellement de leur permis parce que ne trouvent que du travail au noir et n’ont pas de logement avec contrat en règle. C’est ainsi que marche la reproduction de l’irrégularité qui depuis trente ans fonctionne en Italie au bénéfice de petits patrons et même des particuliers. Les immigrés irréguliers sont donc bien connus par la police et tout le monde sait que souvent sont même esclavisé tout comme nombre d’Italiens.

3) La quantité la plus élevée des économies souterraines, du néo-esclavagiste et de l'évasion des contributions sociales et fiscales, de la corruption et de l’hybridation entre légal et criminel se situe dans le nord du pays, car c’est au nord qu’il y a la majorité des activités économiques légales qui se nourrissent de l’illégal.

Depuis des années, on connait bien la gravité de la diffusion des maladies dues à la contamination toxique: c’est donc à ces insécurités ignorées que toutes les agences de prévention et de contrôle et donc toutes les forces de police devraient donner la priorité opérationnelle. Et l’on sait que ces insécurités prolifèrent parce qu'il y a corruption et complicité même dans les rangs de ces institutions. Toute l'activité des forces de police devrait être encadrée dans des programmes locaux et nationaux entre ces forces et les agences de prévention et de contrôle et même l'aide des associations bénévoles et surtout les victimes de ces insécurités ignorées qui incluent évidemment les économies submergées (victimes italiennes et immigrés, réguliers et sans papiers). Mais ces faits ont été totalement négligés à la fois par Minniti, le ministre PD avant Salvini et tous ceux qui l'ont précédé (y compris l’ex président de la République Napolitano). M. Salvini joue la grande gueule et le proclames éclatants aussi parce qu'il a nombre de choses à cacher (les fonds de la Ligue cachés au Luxembourg, d’autres cadeaux d’argent comme ceux reçus par le promoteur immobilier de Rome, les illégalismes généralisés de ses grands et petits électeurs non seulement de la vallée du Pô mais aussi en Sicile). Ainsi la caricature du duce et de Trump propose aussi de déployer la police devant les écoles pour combattre la drogue; évidemment pour lui et les siens inventer cette insécurité c’est bon pour distraire les polices par rapport aux enquêtes sur les économies souterraines et sur les désastres sanitaires et environnementaux.

Il est aussi probable que pour un certain nombre de raisons (souvent inavouables), une bonne partie du Viminale et des sommets des forces de police sera obligé à corriger les proclamations de ce ministre, admis qu’il parvienne à durer. Il n'est pas non plus exclu que quelques haut fonctionnaire s’illusionne de pouvoir satisfaire leurs propres ambitions et celles de M. Salvini; mais la majorité de l'appareil aura tendance à mettre les deux dos au mur.

Voilà donc pourquoi plus que jamais il est important de soutenir les quelques policiers antifascistes, antiracistes et antisexistes.

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