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Billet de blog 8 déc. 2021

L'honneur perdu de Mediapart

Attention ce billet va être dé-publié ;-)

Sara Melki
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Nous, citoyens engagés et lecteurs assidus de Mediapart, que nous soutenons par nos abonnements, afin d’assurer son indépendance éditoriale, devons faire part de notre immense incompréhension et déception à la suite des décisions de Mediapart de censurer, à plusieurs reprises et dans l’arbitraire, des publications faites par ses lecteurs sur leurs blogs personnels sur le sujet de la crise sanitaire.

Lorsque nous avons créé Les Citoyens en Alerte, lors de la première prolongation de l’état d’urgence sanitaire en procédure accélérée en mars 2020, nous pensions pouvoir compter sur Mediapart pour relayer les alertes et analyses des citoyens sur les dérives antidémocratiques, liberticides et antirépublicaines de l’exécutif dans la gestion de la crise sanitaire. Étourdis par une information officielle anxiogène et ne souffrant aucun questionnement qui ne soit immédiatement qualifié de « complotiste », nous pensions pouvoir compter sur Mediapart pour organiser des débats contradictoires sur ces sujets complexes. À tout le moins, nous comptions sur Mediapart pour faciliter l’expression de la diversité des analyses et points de vue, argumentés, permettant aux citoyens lecteurs de se forger leur idée sur la base de leur libre arbitre. 

Las, nous constatons avec stupeur que Mediapart a, contre toute attente et au mépris de toute déontologie, bel et bien décidé d’appliquer la censure

Nous parlons ici en particulier de trois articles postés par Laurent Mucchielli, dont le premier du 30 juillet était un article collectif cosigné par plusieurs scientifiques sur les effets secondaires des vaccins (censuré ici, re-publié ici). Cette censure a été dénoncée par Boris le 15 aout 2021, sans effet sur Mediapart.  Le second un article d’un professeur de droit italien sur l’illégalité de la vaccination obligatoire (Censuré ici, re-publié ici), et le dernier, le plus récent, du 23 novembre, sur l’analyse de la cinquième vague faite par un épidémiologiste reconnu, Laurent Toubiana (censuré ici, re-publié ici). Mediapart a également censuré la publication d’une philosophe surnommée Wed le 19 Octobre questionnant la gestion de la crise par le gouvernement et la loi dite du passe sanitaire ("État d’urgence permanent : les Français voteront pour celui qui y mettra un terme". Billet de blog sur Mediapart du 19 Octobre), ainsi que d’autres publications, par exemple celle de « Laboétie67» qui avait analysé le 28 août les chiffres de l’ANSM sur les effets secondaires des vaccinations ( « Selon l’ANSM, les vaccins sont plus risqués que le virus »  Billet de blog du 28 aout 2021)

Mediapart invoque sa charte pour justifier la censure. Celle-ci stipule que « Les contributions publiées doivent respecter les législations en vigueur telles que la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, les articles 9 et 9-1 du code civil sur le droit à la vie privée et au respect de la présomption d’innocence et la règlementation relative aux droits d’auteur. Mediapart vous offre un lieu d’expression unique en France, mais cela ne signifie pas que les paroles doivent être excessives. Voici le cadre qui garantit des échanges sereins et conformes à la loi. » 

Dans le détail, Mediapart refuse ainsi injures et invectives, sexisme, racisme, homophobie, discriminations, incitation à la violence, atteinte à la dignité humaine, cyberharcèlement, contenus pornographiques, toutes choses effectivement contrevenant à la loi. Il rejette également les réclames publicitaires. Tout ceci semble parfaitement légitime. 

Mediapart affirme aussi s’opposer aux « fausses nouvelles » : « Les fausses nouvelles, utilisant la désinformation et la propagande mensongère, vantant et faisant la promotion de théories conspirationistes, de sites complotistes, de montages mensongers, les liens vers des sites diffusant les propos ci-dessus n’ont pas leur place sur Mediapart. »

Et c’est là que le bât blesse, car qui juge de ce qu’est une fausse nouvelle ou une théorie conspirationniste ?  Ceci n’apparaît nulle part dans la loi sur la liberté de la presse de 1881, et pour cause : si on laisse aux censeurs gouvernementaux ou privés le soin de décider de ce qui est vrai ou qui est faux, il n’y a justement plus ni de liberté d’opinion, ni de débat. Toute critique ou analyse contraire à la doxa officielle peut être déclarée mensongère, sans recours possible. Par exemple, considérer que les effets des vaccins sont beaucoup plus graves que ce qu’affirment nos gouvernements est censuré car jugé « complotiste ». Comment ne pas songer à l’usage qu’ont fait de ces méthodes l’ex URSS, où les dissidents étaient déclarés fous et internés en asile psychiatrique, dès lors qu’ils exprimaient des opinions divergentes de l’opinion admise (la doxa) décidée par le politburo et relayée par la presse aux ordres. Une comparaison qui paraîtra sans doute exagérée à qui ne prête attention aux dérives insidieuses qui s’opèrent à la faveur des états d’urgence qui se succèdent et se normalisent. Songeons que Mediapart a décidé de déclarer « complotiste » l’article d’un grand juriste italien considérant que la vaccination obligatoire par des vaccins encore sous autorisation de mise sur le marché provisoire serait illégale au regard des normes internationales : il s’agirait donc d’une fausse nouvelle ! On admire la sagacité des spécialistes de droit international  de Mediapart.

Que Mediapart ait décidé de tenir une ligne éditoriale résolument en faveur de la vaccination de masse, c’est bien son droit, même si les très nombreux commentaires critiques sur certains de ses articles devraient légitimement l’alerter, et pour le moins, l’encourager à organiser un vrai débat sur ces questions. Mais qu’il étouffe le débat en se permettant de censurer des textes présentant des analyses contraires aux siennes, argumentés et basés sur des références et des données publiées, c’est tout à fait inadmissible

On peut s’interroger pourquoi un journal « indépendant », tel que Mediapart, décide de céder à cette facilité mortifère pour notre société de censurer les avis divergents de la doxa. Pourquoi un tel choix de la part de Mediapart, qui se targue de pratiquer un journalisme indépendant, de défendre la liberté d’expression, et de publier tout ce qui permet « d’améliorer l’information du public et d’éclairer le jugement des citoyen.ne.s » (Charte de déontologie de Mediapart) ? Est-ce par manque de confiance dans le citoyen et le lecteur, qui ne serait pas assez rationnel pour se faire sa propre opinion ? Est-ce par peur d’être assimilé aux contestataires qualifiés « d’anti-vax d’extrême droite », ce que tous les médias mainstream ne cessent de marteler ? Or, n’est-ce pas, justement, parce que les médias ont fait le choix du silence et de la censure, que les citoyens et citoyennes qui manifestent dans les rues, de quelque bord politique qu’ils soient, sont assimilés à une extrême droite ravie de s’emparer de cette colère. Votre censure pourrait bien nourrir l’extrême droite. Si Mediapart considère que certains articles sont mensongers ou qu’ils donnent une vision distordue de la réalité, alors Mediapart doit y répondre en argumentant et en prouvant son point de vue, et non par une censure arbitraire et sournoise (Puisque les traces de cette censure n’apparaissent plus lorsqu’on va sur les blogs concernés (sauf si on a gardé l’URL d’origine…).

Mediapart s’honorerait à favoriser et organiser des débats contradictoires sur ce sujet complexe de la gestion de la crise sanitaire et de l’état d’urgence. De ce débat, de ces polémiques dont l’histoire de la presse a été nourrie, on peut espérer que sortira sinon la vérité, du moins une vision plus rationnelle et justifiée de l’état de la question. De ce débat, on peut espérer réduire la défiance des citoyens vis-à-vis des institutions et des médias. Ce débat est absolument essentiel à la démocratie. En refusant de porter ce débat, Mediapart faillirait à sa mission de journaliste indépendant et de défenseur de la liberté d’expression.

Les lecteurs de Mediapart des Citoyens en Alerte

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