Réponse de Luc Ferry à mon appel

 Fin août, je dénonçais la fermeture du poste de CP renforcé dans mon école. Preuve à l'appui, je démontrais l'utilité du dispositif. Cet appel à Luc Ferry dans une lettre ouverte a été entendu par son destinataire. Voici sa lettre.

 

Fin août, je dénonçais la fermeture du poste de CP renforcé dans mon école. Preuve à l'appui, je démontrais l'utilité du dispositif. Cet appel à Luc Ferry dans une lettre ouverte a été entendu par son destinataire. Voici sa lettre.

 

 

Le vendredi 11 septembre, je reçois une grosse enveloppe marron, un bloc, à mon école. Mon nom est écrit à la main. Une étiquette au fronton de l'enveloppe aux couleurs bleu, blanc, rouge attire mon attention. Les mots « Premier Ministre » parviennent à m'arracher à la monotonie de l'ouverture du courrier de l'école. Tiens, un nouvel « objet » du ministère. Mais il y a quelque chose qui ne colle pas : « Premier Ministre », adresse écrite à la main, paquet juste adapté à son contenu. J'ouvre, mes collègues sont pas très loin de moi. Nous étions en train de nous réunir pour préparer la complexe organisation du service des enseignants sur 4 jours (je reprends la formule de l'administration, c'est l'organisation du service enseignant et non celle des élèves). Un livre sort de cette coquille, une bande rouge sur laquelle les mots Luc FERRY apparaissent. Je comprends de quoi il s'agit, même si je suis étonné de recevoir une réponse 3 semaines après mon billet. Je me saisis de la lettre.

 

 

 

 

Réponse de Luc Ferry à mon appel © Luc Ferry Réponse de Luc Ferry à mon appel © Luc Ferry

 

 

 

 

Je la fais passer autour de moi. J'essaie de comprendre le lien entre « Premier Ministre » et Luc Ferry – c'est en fait le conseil d'analyse de la société – et je m'assois autour de notre table de réunion, nous devons commencer à travailler.

 

 

Plus tard, je lis le texte, le livre. J'en ferai un billet, une note de lecture ; déjà rédigée, je ne la publie pas ici, cela rallonge inutilement le billet. Mais voici quelques morceaux choisis qui permettent de compléter cette lettre.

 

 

« [...]j'avais fait réaliser le livret Lire au CP, recueil précieux de directives touchant l'apprentissage de la lecture quelle que soit la méthode choisie. Malheureu­sement, ces efforts ont été très rapidement détruits, notamment par la dernière réforme, aussi inutile que nuisible, des programmes de l'école primaire.

Mais j'en viens aux mesures plus concrètes - encore que celles que je viens d'évoquer puissent se décliner tout à fait concrètement. La première et la plus importante, que j'avais bien entendu déjà mise en œuvre lorsque j'étais en charge du ministère et qui fut malheureusement annulée, elle aussi, aussitôt après mon départ, consiste à dédoubler les CP dans toutes les écoles «difficiles» de France, sans exception. Ces écoles qui n'arrivent pas à faire en sorte qu'au moins 50 % des enfants sachent lire à l'entrée en 6e doivent pouvoir dédoubler leur CP. L'avantage de ces dédoublements est évident, même s'il a été nié par certains de mes prédécesseurs pour des raisons platement budgétaires qu'on aurait pu parfaitement résoudre (je dirai dans un instant comment) : en dédoublant les CP, on permet à l'enseignant (ce qui est aujourd'hui impossible avec une classe pleine) de faire de la remédiation en même temps qu'il diagnostique l'apparition du mal. On n'attend pas un an: la maîtresse, ou le maître, peut « réparer» immédiatement. Quand on sait que 80 % des enfants qui n'apprennent pas à lire au CP, en gros, n'apprennent jamais à bien lire, on comprend que l'enjeu en vaille singulièrement la chandelle! Or, contrairement à une idée reçue par des budgétaires au petit pied, cela coûte très peu, car on peut très aisément faire ces dédoublements avec des assistants d'éducation qui travaillent sous l'égide du maître. Quitte à refaire en masse de l'emploi aidé, c'est ici qu'il faut l'utiliser! C'est donc une vraie erreur d'avoir supprimé ce dispositif qui était excellent. » (Combattre l'illettrisme, Luc Ferry, Odile Jacob, septembre 2009, p71-72).

 

Et un peu plus loin on peut lire une autre proposition : « On doit, enfin, se donner les moyens de mettre en place une formule qui, à ce qu'on en dit - mais il faudrait aller l'étudier de près, ce que je n'ai pas eu l'occasion de faire - fonctionne très bien en Angleterre: l'école des parents. Il faut le faire, semble-t-il, pour être vraiment efficace, à très haute dose, car de nombreux enfants qui sont en échec ne peuvent pas être aidés à la maison, leurs parents se trouvant dans l'incapacité de le faire pour des raisons sociales, psychologiques ou culturelles. Au lieu d'ouvrir les classes le soir aux enfants, alors qu'on sait pertinemment que le « soutien» est, sauf exceptions rarissimes, un échec cuisant, il faut les ouvrir aux parents pour leur expliquer comment aider leurs propres enfants. » (p.78)

 

J'ai donc répondu à cette lettre par un message remerciementqui se terminait ainsi.


Vous avez répondu plus que je ne pu l'imaginer à l'objet de ma demande : l'affirmation d'un investissement fort,le plus tôt possible, pour les élèves en difficulté et votre volonté de faire avancer cette idée auprès des personnes qui sont actuellement en charge des questions de l'école. J'avais parfaitement conscience que la décision de fermeture du poste de CP renforcé était définitive mais je trouvais là, outre l'occasion de contester la légitimité de cette décision, un effet littéraire pour mettre en forme mon billet de blog.


PS: Luc Ferry a signé un texte avec Jack Lang en mars 2008 qui pointe les erreurs des réformes de Darcos

 

rePS : merci au concept de Mediapart qui a joué son rôle de medium et notamment à Louise Fessard et à Vincent Truffy


 

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