Parmi toutes les pistes et les fausses pistes qui rythment jour après jour, et même heure après heure, l'affaire Woerth, il y a un élément qui attire mon attention : Le conflit d'intérêt. Cela me rappelle Xavier Darcos et sa femme, Laure Darcos, et mon premier billet sur Mediapart.
Mme Woerth travaillait à gérer la fortune de Bettencourt alors que son mari était trésorier de l'UMP et Ministre du Budget. Xavier Darcos a pris une décision qui a avantagé le futur employeur de sa femme.
On ne peut sérieusement pas faire le lien entre la décision prise par Xavier Darcos, alors Ministre de l'Education nationale et l'emploi qu'occupe sa femme. C'est pourquoi, je ne qualifie pas de « conflit d'intérêt » au sens juridique du terme l'histoire du couple Darcos mais il y a quelque chose là dedans qui me chagrine. Quelque chose qui me laisse un goût amer. Comme si la démocratie avait un arrière goût rance qui me désespère en tant que citoyen et que je souhaite oublier vite, peut-être dans l'espoir de voir vivre l'idéal démocratique. Sans certitudes, il est encore possible de croire, alors parfois, peut-être vaut mieux t'il ne pas trop chercher la vérité...A moins d'accepter d'être telle Pénélope qui remet chaque jour son ouvrage sur le métier et de retisser les fils croisés de la démocratie , les uns tenant la trame et les autres opposés aux premiers tenant la chaîne. Le tissu, comme la démocratie, ne se tient que par l'opposition tendue des fils. A chacun d'entre nous, donc, de tenir l'un des fils bien tendu.
J'ai profité, en avril 2008, de mon tout récent abonnement à Mediapart, pour hurler au public une information du terrain, afin qu'elle soit consignée quelque part. Serrait-elle entendue ?
Dans mon premier billet donc, je m'indignais que des écoles aient reçu des manuels « conformes aux nouveaux programmes 2008 » avant même que la matinée de consultation des enseignants ait été organisée par le ministère ; ministère qui devait, bien sûr, prendre en compte l'avis des enseignants.
Comment les éditeurs avaient-ils eu l'information ? Comment avaient-ils intégré par avance les avis des enseignants ? Y avait-il une entente entre le pouvoir et les grands éditeurs (dont le principal est le groupe Lagardère) pour faire payer aux contribuables, via les municipalités, les changements de manuels alors que les programmes précédents n'étaient que de 2002 ? Cela ne pouvait être que de vagues questions.
Photo pure people
Mais mon malaise fut intense quand je découvris qu'en fin 2009, Laure Darcos intégrait l'équipe d'Hachette Livres en tant Directeur des relations institutionnelles après avoir travaillée au ministère aux côtés de son mari. Y voir un retour pour service rendu est-ce trop spéculer ? Est-ce utiliser internet comme colporteur de calomnies ou comme amplicateur d'informations discrètes ?
Pas de méprise. Je suis heureux que Laure Darcos ait trouvé, en temps de crise, un emploi alors même qu'elle occupait un emploi très précaire et que beaucoup de français avaient des difficultés de reclassement. Je suis heureux qu'elle ait pu mettre à profit son expérience et ses compétences acquises au ministère pour trouver une place adaptée alors même que beaucoup ne peuvent même plus faire valoir leurs compétences, les usines étant parties. Mais en tant que citoyen, je suis mal à l'aise et j'y vois, maladroitement et sans intention de porter une accusation, une sorte de conflit d'intérêt ou tout au moins des proximités dérangeantes. Quand clarifierons-nous les liens entre sphère politique et sphère économique pour éviter tout malentendu ?
Aurais-je tendu un fil ?