Programmes : y aura-t-il une vraie consultation des enseignants ?

C’est la question que se posent la plupart des enseignants dans la salle de classe. En fait, la situation est plus grave : « Pour ce qu’ils en feront de notre avis », entendons-nous dire plutôt. Rares sont ceux qui croient que le ministère les consultera vraiment. C’est pourtant possible… à certaines conditions.

C’est la question que se posent la plupart des enseignants dans la salle de classe. En fait, la situation est plus grave : « Pour ce qu’ils en feront de notre avis », entendons-nous dire plutôt. Rares sont ceux qui croient que le ministère les consultera vraiment. C’est pourtant possible… à certaines conditions.

Les enseignants ont été destinataires, la semaine dernière, avant l’installation du conseil supérieur des programmes (ils sont donc les premiers à donner leurs avis) d’un questionnaire sur les programmes 2008.

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Cette primauté va à rebours de la méthode sur les rythmes scolaires. Les enseignants n’avaient pas été consultés, car « tout le monde » était d’accord pour revenir sur la semaine de quatre jours. Là encore, « tout le monde » est d’accord pour dire que les programmes de 2008 sont mauvais.

Attester fermement cette réalité, le plus largement possible, c’est une des premières conditions à remplir pour parler d’une vraie consultation.

La deuxième étape sera l’installation du conseil supérieur des programmes. Il ne s’agit rien de moins que l’acte le plus important pour la réussite de la refondation, d’autant plus que le ministère va externaliser en partie certaines décisions graves comme celle de la continuité entre le primaire et le collège. Si Vincent Peillon se trompe dans la nomination des personnalités, il est probable que les autres dossiers (refonte du statut, de l’éducation prioritaire, du collège) seront bancals. Il s’agit d’un même bloc de réformes centrales. Le scénario le pire serait celui envisagé, légèrement par le Figaro : un conseil supérieur composé de personnalités médiatiques mettant en scène « pédagogues » et « républicains ». Ce serait là l’occasion pour des égos de prendre le pas sur le projet des programmes et le projet global de refondation. Jouer à claquer des portes, rien n’est plus facile avec les programmes. L'intérêt personnel, voire politique, peut primer sur l'intérêt commun. Des personnalités au travail seront donc incontournables.

Il faut avoir aussi expérimenté les derniers programmes (2002 et 2008, voire 1995) pour comprendre comment un programme se vit dans la classe, comment le temps manque et pourquoi ce temps manque. Plutôt que de rechercher à faire une union nationale entre « pédagogues » et « républicains » médiatiques, trouver des personnalités vivant au quotidien la classe ou d’autres formants de manière consciencieuse des enseignants ne devraient ne pas causer trop de problèmes. Il y a bien une poignée de personnes de cette trempe sur 300 000 au primaire et 800 000 jusqu’au lycée.

Cela est d’autant plus important, car, à plusieurs reprises, pendant la campagne, Vincent Peillon a affirmé que les enseignants seraient directement impliqués même dans des instances nationales. C’est ce qui a été fait dans le comité de suivi des rythmes scolaires où l’on retrouve un directeur d’école d’Angers, Dominique BRUNEAU, qui avait déjà expérimenté la semaine à 4,5 jours. (cf. billet proposant la création de ce comité).

Deuxième condition : privilégier des personnalités plus aptes au travail qu’à la communication. Espérons donc que la prophétie du Figaro ne se réalisera pas.

Dernière condition et dernière étape : lors de la transmission des conclusions du conseil aux enseignants. La dernière consultation, en 2008, était une mascarade comme je l’ai décrit dans mon premier billet de blog sur Mediapart : les critiques avaient été anticipées et intégrées par les éditeurs avant la fin de la consultation. Et pour cause, on apprit un peu plus tard que Madame Darcos était passée du cabinet de son mari de ministre aux relations avec les institutions chez Hachette.

Le conseil devra faire plus que d’envoyer sa copie à la "base". Il devra aller au-devant des enseignants et débattre directement avec eux. Sans cela, il est fort à parier que les enseignants ne croiront pas à une vraie consultation. Prendre le risque du débat et intégrer les questions soulevées est la dernière des conditions.

Nous aurons les premières réponses dans les jours qui viennent…

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