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Billet de blog 23 juin 2014

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Bertolt Brecht revient faire un scandale dans le Bundestag allemand !

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L'article reproduit ci-dessous et traduit, a été publié le 10 juin dernier, sur le site des communistes du canton du Tessin. Il rapporte la polémique surgie dans le Bundestag allemand, entre une députée du parti des Verts et l'autre du parti Die Linke, respectivement M.me Katrin Göring-Eckart et M.me Sevim Dagdalen, à propos des événements qui ont couru en Ukraine depuis le putsch de février. Je le rapporte bien qu'il faudrait y regarder de plus près afin de savoir exactement ce que les deux collègues se sont dit, ainsi que sur la position adoptée en particulier par Gregory Gysi dont je rappelle l'important discours tenu il y a quelques mois à l'adresse de la Chancelière, sur les mêmes faits, mais avant les résultats des élections présidentielles de mai, ainsi sur ce qui en est de la demande d'enquête que Die Linke a adressé à Angela Merkel concernant d'éventuelles implications de l'Allemagne dans le coup d'état. Ce qu'il importe de retenir c'est en tout cas que le sujet a soulevé un débat important en Allemagne au sein même du Bindestag, et que les courants de la gauche radicale n'entendent pas plier devant le danger du fascisme dont les médias semblent ne plus être en mesure de rendre compte dans sa véritable dimension.

"Celui qui ne connaît pas la vérité est un insensé, mais celui qui tout en la connaissant, l'appelle mensonge, est un criminel". 

Cette citation de la "Vie de Galilée" du dramaturge allemand Bertolt Brecht a fait du bruit au Bundestag, où la députée Sevim Dagdalen du parti de gauche Die Linke l'a déclamée dans un débat tendu sur le conflit en Ukraine, tout en s'adressant à sa collègue parlementaire Katrin Göring-Eckart, leader du groupe des Verts allemands. La députée écologiste avait en effet depuis peu prononcé un discours truffé de louanges pour le régime de Kiev ainsi que pour la farce électorale du 25 mai dernier par laquelle la junte putschiste ukrainienne avait essayé de légitimer le nouveau cours du Pays. L'intervention de Göring-Eckart aboutissait même à nier toute influence des nazi-fascistes dans la mesure où Svoboda, le parti de l'extrême droite ukrainienne, n'avait pas fait un grand score électoral.

Rien d'étonnant : ça fait des années qu'on peut qualifier les Verts allemands de parti plus nettement philo-impérialiste, plus philo-atlantiste et plus russophobe de l'Allemagne, en dépassant même la droite historique de la CSU bavaroise, qui détenait ce rôle à l'époque du tribun Franz-Josef Strauss. En somme, après l'appui des Verts du Tessin à l'initiative xénophobe contre l'immigration de masse voulue par l'UDC de Christoph Blocher en Suisse en février dernier, nous découvrons que ce lourd virage à droite des écologistes est une praxis commune même en Allemagne, pays qui pour des raisons historiques est habituellement très attentif au phénomène fasciste.

Dans son discours la députée Sevim Dagdalen - originaire de la Turquie et avec sur les épaules la charge directive dans une organisation de masse de l'émigration turque en Allemagne proche des positions "envéristes" - s'est scandalisée lorsque la députée de la Linke a constaté que le Bundestag était en train d'enfreindre un tabou, avec le soutien à un Gouvernement qui compte jusqu'à cinq fascistes déclarés en tant que ministres et qui met à disposition l'appareil de sécurité nationale des mêmes extrémistes de droite, et qu'il n'a pas manqué jusqu'à maintenant d'organiser des attentats aussi à l'encontre des candidats du Parti Communiste Ukrainien et qui ont obligé plusieurs représentants politiques à se retirer des élections.  

Après les exemples de comment un communiste doit se conduire au parlement, comme nous avons pu le voir récemment avec Petro Simonenko, secrétaire du Parti Communiste Ukrainien, nous pouvons rapporter un autre exemple de comment on peut utiliser sérieusement une tribune parlementaire sans renoncer aux propres convictions révolutionnaires. Malheureusement on ne peut pas dire de même pour les dirigeants de la Linke, Katja Kipping, Bernd Riexinger et Gregor Gysi, au sommet du parti de la gauche allemande, qui ont retenu opportun de prendre des distances avec leur collègue. Ils ont en effet retenu "pleinement légitime" que Göring-Eckart ait mentionné le résultat très faible du candidat du parti de l'extrême droite à Kiev et, comme si ce n'était pas suffisant, la critique de Dagdelen "ne justifie d'aucune manière d'insinuer que la députée Göring-Eckart commette un crime et de la dénoncer comme délinquante". En somme dans la Linke (un peu comme au PS dans nos latitudes) semblent compter plus les tons politiquement corrects que les contenus politiques vrais et propres. Et comme s'il n'y en avait pas besoin, Gysi et compagnie explicitent publiquement : "nous nous distançons de cette déclaration de notre députée Sevim Dagdalen". De son côté le Parti Communiste Allemand (DKP) ne s'étonne pas de cette façon de mettre le mains en  avant de la part des trois sages : "Ainsi avec la Linke il n'y a rien d'autre, sinon les illusions auxquelles sont abandonnés tant de camarades et adhérents de ce parti".

L'écho du débat au Bundestag sur l'Ukraine a traversé les frontières allemandes : Massimiliano Ay, secrétaire politique du Parti Communiste de la Suisse italienne, organisateur d'un récent événement en solidarité des antifascistes ukrainiens, a exprimé dans une lettre à la députée allemande la solidarité des communistes suisses, retenant que Sevim Dagdalen par son intervention se trouve "dans la meilleure tradition de l'histoire parlementaire allemande et fait honneur au nom de la 'Karl-Liebknecht-Hais', l'immeuble historique où siège son parti". 

Il faut en effet rappeler que Karl Liebknecht fut le premier et unique député du Reichstag de l'époque qui - après s'être soumis à la discipline du groupe social-démocrate (SPD) en août 1914 - vota contre les crédits de guerre en décembre de la même année pour éviter le début du carnage que fut la Première Guerre Mondiale ; il fut par la suite fondateur du Parti Communiste de l'Allemagne (KPD) le 30 décembre 1918 et fut assassiné le 15 janvier 1919 avec Rosa Luxemburg

Sinistra.ch, 10 juin 2014

http://www.sinistra.ch/?p=3492

Je signale aussi la version anglaise d'un texte de Viktor Shapinov traduit du russe : 

A class analysis of the Ukrainian crisis

http://links.org.au/node/3903

on peut la trouver aussi sur le site de Borotba :

http://borotba.org/a_class_analysis_of_the_ukrainian_crisis.html

et en version espagnole :

Análisis de clase de la crisis ucraniana / Viktor Shapinov

http://dedona.wordpress.com/2014/06/16/analisis-de-clase-de-la-crisis-ucraniana-viktor-shapinov/

la version italienne ici :

Un'analisi di classe della crisi ucraina

http://contropiano.org/documenti/item/24809-un-analisi-di-classe-della-crisi-ucraina

Refugees at a burning truck on the outskirts of Lugansk after the artillery shelling of the village of Metallist (RIA Novosti / Valery Melnikov)

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