L’autre versant du racisme : le privilège blanc

Le corollaire de la discrimination engendrée par le racisme, c’est le « privilège blanc ». Toute une série d’avantages avec lesquels les personnes blanches partent dans la vie, pour l’unique raison qu’elles sont blanches. Ces atouts font qu’elles sont perçues comme a priori légitimes, a priori compétentes et a priori innocentes[1].

Le corollaire de la discrimination engendrée par le racisme, c’est le « privilège blanc ». Toute une série d’avantages avec lesquels les personnes blanches partent dans la vie, pour l’unique raison qu’elles sont blanches. Ces atouts font qu’elles sont perçues comme a priori légitimes, a priori compétentes et a priori innocentes[1].

Cela a tendance à leur valoir de la considération, quand les personnes racisées[2] font globalement l’objet d’une présomption de culpabilité, de médiocrité (ce qui peut leur valoir du mépris) et d’incompétence. En vertu de ce privilège, non discrétionnaire, systémique et lié à l’absence de discrimination subie (voir la définition détaillée de ce concept dans ce contexte précis dans « Briser le tabou du privilège pour lutter contre le racisme et le sexisme »), les personnes blanches n’ont pas à faire leurs preuves en tant que blanches.

Se voir en tant que blanc·he·s

Regarder le privilège blanc quand on parle de racisme, c’est tourner le regard non plus vers les personnes discriminées mais vers celles qui en tirent profit, qu’elles le veuillent ou non. Or le propre des dominants (un groupe social tirant parti d’un rapport de domination, qu’il s’agisse de racisme, de sexisme, d’homophobie, de capacitisme, etc.), c’est de se définir comme représentants de l’humanité, c’est-à-dire comme étant la norme. « Les autres » diffèrent donc de cette norme. Et « les uns » n’ayant pas besoin d’être définis, ni même nommés, nommer les dominants – en l’occurrence les blanc·he·s – est un acte essentiel de la reconnaissance de la domination.

 « La plupart des Blancs ne se perçoivent pas comme blancs. Parfois, on croirait même qu’ils ignorent leur couleur. Si les Blancs sont largement minoritaires à l’échelle de l’humanité, leur domination politique et économique est telle qu’elle majore leur position. Et les majoritaires tendent à se considérer comme l’incarnation de l’humanité. Ainsi, le groupe des Blancs est censé porter en lui toutes les qualités universelles et chaque Blanc est réputé porter des particularités individuelles qui font de lui un être irremplaçable. Ce qui n’est pas le cas des minorités, porteuses des qualités et défauts spécifiques généralisés à leur groupe, sans être détentrices de caractéristiques individuelles, ce qui fait d’eux des êtres interchangeables. On dit d’ailleurs “la femme”, “le Noir”, mais jamais “le Blanc”[3] », pour citer les propos de la journaliste et militante antiraciste Rokhaya Diallo.

La violence symbolique à l’œuvre dans les travaux sur le racisme

Notons que le premier exemple de privilège blanc auquel on est confronté·e quand on se lance dans une recherche sur le sujet (du moins sur Internet et en français)… c’est celui de pouvoir s’attendre à ce que des personnes blanches soient davantage publiées, diffusées, citées, entendues sur le sujet du privilège blanc que ne le sont les personnes racisées, alors que c’est précisément leur couleur (ou leur « race ») qui disqualifie (du moins plus qu’elle ne les qualifie) les personnes blanches dans ce domaine : elle ne leur permet pas de faire l’expérience de la discrimination qui y est liée dans les mille et un détails de la vie quotidienne[4]. Or, citer pour sources premières des blanc·he·s dans un texte antiraciste, c’est comme citer pour sources premières des hommes dans un texte féministe : c’est de la violence symbolique. C’est donner, encore et toujours, la légitimité, la qualité d’analyste à celui qui l’a déjà dans un rapport de domination, y compris à l’intérieur de la lutte contre cette domination, laissant aux victimes une place de témoins, comme l’écrit le blogueur Negreinverti[5].

La première version de cet article s’appuyait sur les travaux de personnes blanches, et il m’a fallu du temps pour que me saute aux yeux la contradiction d’une réflexion sur le privilège blanc qui ne repose pas sur la parole de personnes racisées et ne leur donne pas la parole, preuve de la force d’aveuglement du privilège blanc (et des privilèges en général). Or, de même qu’il est intéressant de lire des articles d’hommes féministes – et ça peut être une entrée plus « supportable » pour certains hommes qui se sentent, bien que ce ne soit pas pertinent, accusés personnellement par la révélation de leur position de dominants – dans la mesure où une attitude féministe de la part des hommes demande un examen par eux-mêmes de leur situation de dominants, il est intéressant de lire des articles de blanc·he·s sur le racisme quand ils et elles s’interrogent sur leur situation de dominant·e·s.

Mais de même que la lutte contre le sexisme est d’abord une affaires de femmes, la lutte antiraciste est d’abord l’affaire des personnes qui souffrent du racisme. Je veux dire en tant qu’analystes, puisque nous sommes tou·te·s impliqué·e·s dans le sexisme et dans le racisme (voir « Domination masculine : elle crève les yeux jusqu’à en être invisible », 13 décembre 2013). C’est ce que Christine Delphy appelle la « science des opprimés ».

Cette parole des blanc·he·s soulève bien la question de la domination blanche, jusque dans le domaine de l’antiracisme, pourtant censée la combattre. Il est peu question du privilège blanc sur Internet, et beaucoup des auteur·e·s cité·e·s sont blanc·he·s. Citer des auteur·e·s non blanc·he·s est un acte politique rendu malaisé par les questions de langue et leur diffusion restreinte du fait du privilège blanc, mais cohérent en la matière. Il témoigne de l’effort et des moyens (en l’occurrence, de recherche, de lecture, de traduction) que requiert une lutte antiraciste qui lutterait réellement contre le privilège blanc. Le privilège blanc sera toujours d’actualité – dans le sens où il ne disparaîtra pas si vite – mais il pourra alors servir à mettre en avant des auteur·e·s non blanc·he·s, dans une attitude plus responsable, comme le signale Pierre Tevanian[4].

En France, le phénomène se complique encore du fait que les études sur la « blanchité », fait social et conséquence du racisme, est encore très peu étudiée. Pour accéder à des réflexions sur le sujet, mieux vaut parler anglais, pour découvrir par exemple les textes de Kimberlé Williams Crenshaw. Cette chercheuse états-unienne a créé en 1989 le concept essentiel d’« intersectionnalité[6] », qui permet de comprendre la complexité des rapports de domination en montrant que les discriminations ne s’ajoutent pas mais se croisent, créant des situations spécifiques.

Les paradoxes d’une lutte antiraciste qui ne relie pas pensée et comportement

Un des grands obstacles à la réflexion et à l’action politique sur le racisme en France, c’est l’universalisme dont la République se réclame, quand il la rend aveugle aux discriminations[7].

Cette conception d’un universalisme aveugle aux différences renforce le privilège blanc consistant à ne pas voir le racisme. Bell hooks[8], intellectuelle états-unienne (dont il semble que les livres ne soient pas traduits en français), écrit : « Les personnes blanches, quand elles passent individuellement du déni de la race à la conscience de la race, prennent soudainement conscience du fait que la culture suprémaciste blanche encourage les blanc·he·s à nier leur compréhension de la race, à revendiquer comme composante de leur supériorité le fait d’être au-dessus d’une réflexion sur la race[9]. » Car le privilège blanc sert aussi à se sentir moins raciste que les personnes racisées : « Je ne vois pas la race donc je ne suis pas raciste », peut-on être tenté·e de penser, quand la réalité serait davantage : « Je ne vois pas la race parce que je ne suis pas racisé·e. »

Plus absurde, le fait d’être blanche confère une certaine légitimité au discours d’une personne sur le racisme, alors même qu’elle devrait être considérée comme moins légitime a priori. Ainsi, poursuit bell hooks, parler racisme pour une personne « racisée » revient à prendre des risques, celui d’être considérée comme ne défendant que sa personne, ses intérêts, comme étant trop « agressive » : on ne montre pas au dominant son privilège, c’est politiquement incorrect. La personne blanche, elle, a tout à y gagner, puisqu’elle est vue et a appris à se voir comme n’étant pas concernée par le racisme. Sa lutte anti-raciste sera donc perçue comme une preuve d’intelligence et de civilisation, un acte généreux parce que désintéressé... alors qu’elle est partie prenante du racisme en tant qu’elle en bénéficie.

Bell hooks ajoute un point fondamental : que la connaissance théorique de ce privilège n’entraîne pas nécessairement de changements comportementaux. Elle prend l’exemple d’une professeure de gauche, qui veut bien faire, écrit un livre sur l’intersection entre race et sexe, a une représentation flatteuse d’elle-même, la certitude qu’elle est anti-raciste… mais ne se montre pas vigilante sur son comportement, qu’elle devrait modifier pour être en accord avec sa pensée.

Bell hooks écrit ainsi : « Alors que c’est un point positif de notre culture que les gens veuillent voir le racisme disparaître, c’est paradoxalement ce désir sincère qui met en évidence le fait que cette affirmation fausse persiste, selon laquelle on en a terminé avec le racisme, que nous ne sommes pas une nation suprémaciste blanche[10]. »

Voilà, indissociablement liée à la discrimination raciste, une des facettes du privilège blanc, nié au même titre que le privilège masculin[11].

Quelques privilèges blancs

Des chercheuses et des personnes racisées ont listé quelques expressions du privilège blanc[12], « un sac à dos invisible et sans poids, rempli de fournitures spéciales, cartes, passeports, carnets d’adresses, codes, visas, vêtements, outils et chèques en blanc[13] », selon la définition de Peggy McIntosh, chercheuse états-unienne blanche.

J’utilise ici les mots « race » ou « couleur de peau » en tant qu’ils renvoient les individus à un groupe social déterminé par le racisme[14]. Le racisme en France se focalise de plus en plus sur une culture ou une religion supposées, en conservant pour stigmate l’apparence physique[15] (ou le nom). Le racisme « s’adaptant » aux personnes qu’il racise, il varie selon le groupe social concerné, en brouillant le sens des mots. Ainsi parle-t-on d’étrangers et d’étrangères, d’Arabes, de Noir·e·s, de Rroms, d’immigré·e·s, d’immigré·e·s de deuxième ou de troisième génération (!), de musulman·e·s, de personnes d’origine étrangère, mélangeant des concepts eux-mêmes parfois on ne peut plus flous[16], au service d’une légitimité dont la seule pertinence est de justifier une hiérarchie. C’est la personne qui racise qui fait de la race une réalité sociale. Le terme race se rapporte donc à un contenu variable.

En ce qui concerne les discriminations elles-mêmes, quelques travaux reposent sur des statistiques ethno-raciales, entendues en des termes sociologiques, comme relevant de « l’attribution d’une nationalité ou d’une origine ethnique à un groupe par la population majoritaire, sur la base de traits réels ou imaginaires, physiques ou culturels[17] ». (Elles sont autorisées, par dérogation, au cas par cas, par la CNIL, si elles respectent certaines règles.)

Cependant il est peu pertinent, pour cerner les discriminations, étant donné la nature du racisme, de demander à une personne à quel groupe elle se sent appartenir. Il est plus pertinent d’essayer de comprendre à quel groupe elle est renvoyée par autrui[18], et à quel moment elle a le sentiment d’être victime de discrimination. Précisons que selon l’historien Pap Ndiaye, « les personnes minorées sont plutôt réticentes à qualifier comme discriminatoires leurs situations vécues[19] », situations d’abord ressenties comme des échecs personnels. La question des statistiques est toujours délicate, certainement davantage dans ce domaine que dans d’autres, mais elles apportent néanmoins des éléments éclairant un rapport de force bien réel[20].

En miroir de ces discriminations ethno-raciales, le privilège blanc est donc l’absence de discriminations de cet ordre (voir « Briser le tabou du “privilège” pour lutter contre le racisme et le sexisme »), qui vont des micro-agressions quotidiennes aux discriminations graves et aux pires violences[21]. Et force est de constater qu’en France, la diffusion (la réalisation ?) de travaux sur le sujet est loin de permettre à tout un chacun de prendre conscience de la réalité et des spécificités de ces phénomènes, notamment si on les compare à la question du sexisme[22].

La liste des privilèges en question permet de prendre la mesure de la norme blanche dans laquelle nous vivons, et des discriminations qu’elle entraîne, de manière intentionnelle ou non, sur la vie des personnes racisées[23]. Et des avantages qui en découlent pour les personnes blanches.

Ce sont des atouts dont la « normalité » est à la source de l’invisibilité, et qui sont donc difficilement identifiables par les personnes qui en bénéficient et ne partagent pas, de fait, l’expérience de la discrimination avec les personnes qui la subissent.

L’ampleur de ces atouts, comme celle des discriminations qu’ils reflètent, varie considérablement selon l’âge, la classe, l’orientation sexuelle, le fait de vivre ou non un handicap, le sexe, etc. Leur nature change également selon les axes qui se croisent. C’est toute la problématique de l’intersectionnalité.

– Il est très rarement fait allusion à la couleur de ma peau : la couleur est le propre des races autres que la mienne[24].

– Les vêtements de couleur « chair » et les pansements sont en général adaptés à la couleur de ma peau.

– Il est très peu probable que je sois présenté·e ou défini·e par la couleur de ma peau[25].

– Il y a peu de chance qu’une personne inconnue touche mes cheveux dans la rue.

– Les produits de beauté ont été pensés pour être la plupart du temps adaptés à la couleur de ma peau ou à la texture de mes cheveux. Ce sont les produits par défaut (comme les shampooings « cheveux normaux ») : je n’ai pas besoin de les chercher dans un rayon particulier[26].

– Il y a très peu de chances que je sois victime de violences ou tué·e pour la seule raison que j’ai la peau blanche[27].

– Les personnes de ma race sont largement représentées au sein du pouvoir politique[28].

– Mes yeux n’ont pas de forme particulière, pas plus que mon nez ou mes cheveux, quand ceux de personnes d’autres races sont « bridés », « épatés », « crêpus »…

– Je n’ai pas besoin d’éduquer mes enfants à être conscient·e·s du racisme systémique pour les protéger dans leur vie quotidienne.

– Je peux être premier ou première de la classe ou gagner un prix sans être présenté·e comme un modèle d’intégration[29].

– Il est très peu probable que je sois pris·e pour un voleur ou une voleuse sur la seule base de ma race[30].

– Si j’ai du mal à obtenir à un poste élevé, je peux être sûr·e que ma race n’est pas le problème[31].

– Je ne suis pas considéré·e comme une personne dont on devrait tolérer la différence, puisque je représente la norme. C’est au contraire moi qui peux, ou non, tolérer la différence des « autres »[32].

– Je suis assuré·e que l’histoire (des sciences, de lettres, des arts...) représente de manière majoritaire et positive les représentants de ma race[33].

– Je peux être sûr·e que si l’on fait preuve d’infantilisation, de condescendance ou de paternalisme à mon égard, ce n’est pas en raison de ma race.

– Si je suis jeune, je ne suis pas assimilé·e à un·e délinquant·e sur la seule base de ma race[34].

– Si ma candidature est écartée lors d’une recherche de logement[35] ou de travail[36], je ne me demande pas si c’est en relation avec ma race (ou mon nom, mon accent, mon adresse).

– Je peux jurer, m’habiller avec des vêtements d’occasion ou ne pas répondre au courrier sans que les gens attribuent ces choix aux mauvaises mœurs, à la pauvreté ou à l’illettrisme de ma race.

– Je peux être sûr·e que mes enfants recevront du matériel scolaire qui témoigne de l’existence de leur race, et pas seulement dans des situations dévalorisantes, problématiques ou exotiques[37].

– Les films et les représentations populaires de manière générale ne charrient pas de stéréotypes liés à ma race[38].

– Les « questions » ou « problèmes » liés à la race ne me concernent pas : on parle de « question noire », de « diversité » ou de « minorités visibles », jamais de « question blanche »[39].

– De par ma culture, j’ai peu de réticence à laisser de côté les points de vue et les apports de gens d’autres races, y compris sur le sujet du racisme[40].

– Des personnes de ma race ne seront pas accusées de se regrouper en un ghetto si elles vivent au même endroit.

– Je peux facilement trouver des affiches, des cartes postales, des livres d’images, des poupées, des jouets et des magazines pour enfants représentant des gens de ma race.

– Je n’ai pas été conditionné·e à ne pas m’aimer et à me sentir inférieur·e en raison de ma race[41].

– Il est fort peu probable que l’on me demande d’où je viens dans l’une des premières conversations que j’ai avec une personne.

– Je ne ressens pas le besoin de travailler de manière irréprochable dans l’espoir d’éviter de subir de la part d’autres personnes des comportements négatifs liés à leurs préjugés sur ma race.

– J’ai très peu de chance de subir un contrôle d’identité par la police sans raison apparente[42].

– Je peux critiquer notre gouvernement ou dire à quel point sa politique me fait peur sans être vu·e comme quelqu’un qui n’est pas de la même culture.

– On ne me demande jamais de m’exprimer au nom de tous les membres de mon groupe racial.

– Je peux être à peu près sûr·e, dans le cas où je demande à parler au « responsable », d’avoir affaire à quelqu’un de ma race.

– Je peux avoir une odeur corporelle forte, manger avec les doigts, mâcher du chewing-gum bruyamment, ou encore parler fort sans m’inquiéter d’entacher la réputation des gens de ma race.

– Je me sentirai bienvenu·e et « normal·e » dans la plupart des situations liées à la vie publique, institutionnelle et sociale[43].

– Je ne suis pas réduit·e à ma race : je suis un individu quand d’autres sont « asiatiques », « arabes », « noir·e·s »...

– Je peux m’inquiéter du racisme sans avoir l’air de défendre des intérêts égoïstes. Au contraire, je gagnerai en reconnaissance sociale.

– Rien ne m’oblige à avoir conscience ni de la couleur de ma peau, ni des privilèges que m’octroie ma race.

[À suivre : Le privilège masculin]

Tous mes remerciements à V. A. pour sa relecture et son éclairage sur le sujet.

Articles précédents
Pourquoi nous avons besoin du féminisme en France au XXIe siècle
Domination masculine : elle crève les yeux jusqu'à en être invisible
Briser le tabou du privilège pour lutter contre le racisme et le sexisme


[1] Horia Kebabza, « “L’universel lave-t-il plus blanc ?” : “Race”, racisme et système de privilèges »Les Cahiers du CEDREF (Centre d’enseignement, de documentation et de recherches pour les études féministes), n° 14, 2006, « (Ré)articulation des rapports sociaux de sexe, classe et “race” », p. 145-172.

[2] « Racisé·e » signifiant « renvoyé·e à une race », quand bien même la race est sans fondement biologique. Voir « Domination masculine : elle crève les yeux jusqu’à en être invisible », 13 décembre 2013.

[3] Rokhaya Diallo, journaliste, militante antiraciste dans l’association Les Indivisibles, « Le privilège blanc », colloque Sous les masques du « racisme anti-Blancs ». Réflexions sur les enjeux du racisme et de l’antiracisme aujourd’hui, 9 février 2013.  

[4] On trouvera par exemple sur le sujet des textes très intéressants de Pierre Tevanian en français, et de Peggy McIntosh, traduite en partie en français, qui ont pour intérêt principal de s’interroger sur leur place de blanc·he dans le rapport de domination de race.

Peggy McIntosh, « White Privilege: Unpacking the Invisible Knapsack » (extrait en anglais), partiellement traduit en français par l’association Mille Babords.
Pierre Tevanian, « La question blanche. 3. Le privilège blanc. », Les mots sont importants, 2 janvier 2008.

[5] Le Nègre Inverti, « Privilège blanc et circulation inégalitaire de la parole », blog Negreinverti, 12 décembre 2013 : « À un niveau personnel, tant que je reste dans une dynamique individuelle d’écriture, mon rôle est de savoir qui je cite, quelle parole je diffuse, à qui je donne de l’importance. Ce n’est pas parfait, loin de là, mais c’est désormais un effort constant de réflexions sur qui est-ce qui doit prendre de la place dans mes écrits, dans mes posts FB, dans mes tweets, et comment cette place doit être prise. Bien sûr que je citerai encore des blancs, s’ils ont une analyse à apporter sur un point important, et surtout, si cette analyse est faite avec une réflexivité sur leur position de blancs. Mais je ne veux pas ignorer les non-blancs non stars, non intellectuels, ou alors, diffuser leurs propos d’une manière qui les confine dans le témoignage à côté des blancs qui seraient dans l’analyse, la vraie. C’est de la violence mes ami·e·s, de la vraie violence symbolique. »

[6] Kimberlé Crenshaw, Neil Gotanda, Gary Peller et Kendall Thomas, Critical Race Theory: The Key Writings That Formed the Movement,  New York : The New Press, 1996, sur le croisement entre race, genre, orientation sexuelle et classe.               

[7] Tammouz Al-Douri, spécialisé en droit des discriminations, « Sous l’universalisme, les discriminations indirectes », Contretemps, 1er mai 2013 : « [Les discriminations indirectes, les plus difficilement qualifiables] les plus massives, produites par la norme apparemment neutre et universelle, lui posent problème [à l’universalisme.] Comment concevoir que l’universel puisse être discriminant ? Elles le menacent également car les discriminations indirectes témoignent de l’injustice que l’égalité formelle peut engendrer et constituent un argument en soi pour les revendications d’égalité réelle des groupes discriminés. Elles mettent un nom sur le sentiment d’injustice et la frustration que peuvent éprouver les victimes face à un ensemble de normes qui leur est présenté comme neutre. Mais surtout, elles qualifient juridiquement les discriminations qui sont produites à grande échelle, de manière intentionnelle ou non, sous couvert de neutralité et ouvrent la voie vers une action en justice pour y mettre fin. »

[8] « bell hooks » est le pseudonyme, volontairement écrit sans majuscules, de Gloria Jean Watkins, universitaire noire états-unienne, auteure par exemple de Ain’t I a Woman?: Black women and feminism (Cambridge : South End Press, 1981), en référence à la phrase de l’ancienne esclave Sojourner Truth, et Feminism is for Everybody: Passionate Politics (Cambridge : South End Press, 2000).

[9] Dans le cadre d’ateliers d’écriture et de réflexion autour du racisme, bell hooks évoque la première fois où chacun·e a eu conscience de la question de la race : « Individual white people, moving from denial of race to awareness, suddenly realize that white-supremacist culture encourages white folks to deny their understanding of race, to claim as part of their superiority that they are beyond thinking about race. », Teaching Community: A Pedagogy of Hope, New York : Routledge, 2003.

[10] « While it is a positive aspect of our culture that folks want to see racism end, paradoxically it is this heartfelt longing that underlines the persistence of the false assumption that racism has ended, that this is not a white-supremacist nation. »

[11] Peggy McIntosh, « White Privilege: Unpacking the Invisible Knapsack » (extrait en anglais) : « Thinking through unacknowledged male privilege as a phenomenon, I realized that since hierarchies in our societies are interlocking, there was most likely a phenomenon of white privilege which was similarly denied and protected. » : « En me penchant sur le phénomène de la non-reconnaissance du privilège masculin, j’ai réalisé, puisque les hiérarchies dans notre société s’imbriquent les unes dans les autres, qu’il y avait très probablement un phénomène de privilège blanc pareillement nié et protégé. »

[12] Rokhaya Diallo, « Le privilège blanc », colloque Sous les masques du « racisme anti-Blancs ». Réflexions sur les enjeux du racisme et de l’antiracisme aujourd’hui, 9 février 2013.
Horia Kebabza, « “L’universel lave-t-il plus blanc ?” : “Race”, racisme et système de privilèges »Les Cahiers du CEDREF (Centre d’enseignement, de documentation et de recherches pour les études féministes), n° 14, 2006, « (Ré)articulation des rapports sociaux de sexe, classe et “race” », p. 145-172.
Ms Dreydful, « Parlons privilège blanc, voulez-vous ? », blog Ms Dreydful, 29 mars 2013.
Peggy McIntosh donne 50 exemples, dont 26 apparaissent dans cet extrait de « White Privilege: Unpacking the Invisible Knapsack ».

[13] Peggy McIntosh, « White Privilege: Unpacking the Invisible Knapsack » (extrait en anglais).

[14] Pap Ndiaye, La condition noire, Essai sur une minorité française, Paris : Calmann-Lévy, 2008, p. 33 : « Les “races” n’existent pas en elles-mêmes, mais en tant que catégories imaginaires historiquement construites. »

[15] «  […] quoi que je fasse dans ce pays, en dépit de mon lieu de naissance et de résidence, malgré mon appartenance juridique à la communauté nationale française, quels que soient mes positionnements politiques, mes dispositions philosophiques et morales, mes idées métaphysiques et religieuses, je risque fort, de par un certain nombre de stigmates que je porte, d’être perçu irrémédiablement et désigné par un nombre assez important de personnes comme un « Arabe » et un musulman. », Faysal Riad, « De quoi, de qui veut-on parler lorsqu’on utilise le mot “arabe”... pour les autres, et pour soi-même ? », Les mots sont importants, 9 novembre 2009.

[16] Qu’est-ce qu’être noir·e puisque la race n’existe pas ? Avoir une certaine couleur de peau ? Voir Sarah Barness, « Striking Photos Challenge The Way We See Blackness », Huffington Post, 13 février 2014.
Qu’est-ce qu’être « arabe » ? Être arabe est distinct d’être originaire du Maghreb, distinct d’être arabophone, d’être musulman·e, etc., voir Faysal Riad,  « De quoi, de qui veut-on parler lorsqu’on utilise le mot “arabe”... pour les autres, et pour soi-même ? », Les mots sont importants, 9 novembre 2009.

[17] Jean-Louis Pan Ké Shon, « Discrimination au logement et ségrégation ethno-raciale en France », Les après-midi, n° 19, Profession banlieue, 15 mars 2011.

[18] François Héran (ex-directeur de l’INED), « Les statistiques ethniques “interdites” en France : une belle hypocrisie », Le Plus du Nouvel Observateur, 24 avril 2012.

[19] Pap Ndiaye, La condition noire. Essai sur une minorité française, Paris : Calmann-Lévy, 2008, p. 260.

[20] Véronique De Rudder et François Vourc’h, « Quelles statistiques pour quelle lutte contre les discriminations ? »Journal des anthropologues, n° 110-111, 2007, « De l’anthropologie de l’autre à la reconnaissance d’une autre anthropologie », p. 373-378 : « Cela ne signifie pas que toute enquête soit impossible, dès lors que ses méthodes excluent la conservation de fichiers permettant d’imputer une “race” ou une “ethnicité” à des personnes, et qu’on y reste au plus près des catégories “spontanées”, soit celles qui s’imposent dans les rapports de forces d’une conjoncture sociale, économique et politique elle-même changeante. »

[21] Une quantité monumentale d’exemples est donnée en anglais sur le tumblr « This is White privilege » par des internautes.

[22] Je pense notamment aux rapports et aux études – ou leur synthèse par des blogueuses – que l’on trouve sur Internet.

[23] Je précise que bénéficiant du privilège blanc, il m’est difficile d’en saisir l’ampleur et les conséquences dans mille et une situation de la vie quotidienne. Je le découvre, de manière forcément partielle, au fur et à mesure de mes lectures et conversations, et suis consciente que cet exercice, indispensable à l’échelle individuelle, a des limites dans le cadre d’un article sur le sujet.

[24] Rokhaya Diallo, « Le privilège blanc », colloque Sous les masques du « racisme anti-Blancs ». Réflexions sur les enjeux du racisme et de l’antiracisme aujourd’hui, 9 février 2013.

[25] « En général, les Blancs sont posés comme la normalité détentrice de tous les attributs généraux face aux particularités des minorités. Considérés comme la base à partir de laquelle se définit l’altérité, ils sont la norme implicite. Pour évoquer une personne blanche, nul besoin d’indiquer sa couleur de peau. Dire : “J’ai croisé un homme dans le métro”, c’est présupposer que ledit homme est blanc. En revanche, pour les minorités on précise : “Un Asiatique, un Arabe a fait ça”. », Rokhaya Diallo, « Le privilège blanc », colloque Sous les masques du « racisme anti-Blancs ». Réflexions sur les enjeux du racisme et de l’antiracisme aujourd’hui, 9 février 2013.

[26] « Parler “d’ethnique” c’est rendre l’appartenance minoritaire particulière. L’ethnicité est “l’humanité des autres”, les individus blancs étant positionnés en dehors de toute considération ethno-raciale. Jamais ceux-ci ne sont perçus à travers un prisme racial. Plusieurs secteurs de la grande distribution se sont appropriés le mot “ethnique” : dans l’industrie alimentaire, le terme s’est substitué à “exotique” et dans le domaine des cosmétiques, les produits de beauté « ethniques » sont ceux réservés aux femmes non-blanches. », Rokhaya Diallo, « Le privilège blanc », colloque Sous les masques du « racisme anti-Blancs ». Réflexions sur les enjeux du racisme et de l’antiracisme aujourd’hui, 9 février 2013.

[27] Rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, 2008, voir « Victimes de la violence raciste et antisémite », p. 22.
Fausto Giudice, Arabicides : une chronique française, 1970-1991, Paris : La Découverte, 1992.
France culture, émission Sur les docks,« Marcher – encore – pour l’égalité », 22 mai 2013.

[28] Éric Keslassy, note Ouvrir la politique à la diversité, institut Montaigne, janvier 2009. Voir la conférence au cours de laquelle l’auteur expose ses conclusions en dix minutes, puis où s’expriment les femmes politiques Rama Yade et Najat Vallaud-Belkacem et l’historien Pap Ndiaye. 

[29] Said Bouamama, « L’intégration contre l’égalité », Les mots sont importants, 2 novembre 2005.

[30] Marie Piquemal, « Cinq clichés sur les gens du voyage », entretien avec l’anthropologue Marc Bordigoni, Libération, 23 juillet 2013.

[31] Pap Ndiaye, La condition noire. Essai sur une minorité française, Paris : Calmann-Lévy, 2008, p. 276 : « […] contrairement à l’opinion commune, plus la position sociale est élevée, plus la discrimination raciale est susceptible de se faire sentir dans le monde du travail. »

[32] Pierre Tevanian, « En finir avec l’antiracisme d’État. Limites et mérites de la tolérance (4e partie) », Les mots sont importants, 11 décembre 2013. 

[33] Tandis que des pans entiers de l’histoire de l’humanité restent à reconnaître ou à révéler : l’apport des femmes, des non-blanc·he·s, de toutes celles et ceux qui ont fait et font l’objet d’une domination.
Béatrice Didier, Antoinette Fouque et Mireille Calle-Gruber, Le dictionnaire universel des créatrices, Paris : éditions Des Femmes et Belin, 2013, 4 800 p. 
Jean-Michel Djian, « Les manuscrits sauvés de Tombouctou », Le Monde, 7 février 2013. Projet « Manuscrits de Tombouctou », pour la sauvegarde, la traduction et l'exploitation de manuscrits en arabe et en langues africaines transcrites en écriture arabe, témoignant d’une recherche scientifique méconnue, allant du XIIIe au XXe siècle.
Aux États-Unis d’Amérique il était interdit aux esclaves de déposer des brevets pour leurs inventions, que s’appropriaient leurs maîtres. Voir Yves Antoine, Inventeurs et savants noirs, Paris : L’Harmattan, 2012. 

[34] Gregory Derville, « La stigmatisation des “jeunes de banlieue” », Communication et langage, vol. 113, 2007, p. 104-117.

[35] Jean-Louis Pan Ké Shon, « Discrimination au logement et ségrégation ethno-raciale en France », Les après-midi, n° 19, Profession banlieue, 15 mars 2011.

[36] Cris Beauchemin, Christelle Hamel, Maud Lesné, Patrick Simon et l’équipe de l’enquête TeO, « Les discriminations : une question de minorités visibles », Population et Sociétés, n° 466, avril 2010. 
Rapport public de Roger Dauroux, La lutte contre les discriminations ethniques dans le domaine de l’emploi, éd. ministère de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement, 2005, voir quelques exemples p. 7.

[37] Rapport Place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires, http://medias.formiris.org/atoutdoc_rapports_331_1.pdf réalisé par l’université de Metz pour le compte de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité, sous la direction de Pascal Tisserant et Anne-Lorraine Wagner, 2008, p. 117-137 (en voir aussi la synthèse).

[38] Éric Macé, « Des “minorités visibles” aux néostéréotypes. Les enjeux des régimes de monstration télévisuelle des différences ethnoraciales », Journal des anthropologues, hors-série Identités nationales d’État, 2007, p. 69-87. 

[39] Pierre Tevanian, « La question blanche », Les mots sont importants, 2 janvier 2008. 

[40] Houria Bouteldja et Sadri Khiari, « Ni pote, ni soumis. “Nous ne serons pas sauvés par l’antiracisme blanc” », 12 mai 2012. 

[41] Voir le livre du psychiatre français (martiniquais) Frantz Fanon, Peaux noires, masques blancs (Le Seuil, 1952), un ouvrage fondamental sur les conséquences psychologiques de la colonisation chez les Antillais·e·s, dans lequel le médecin veut entreprendre la désaliénation des Noir·e·s, auxquel·le·s la colonisation a appris à se considérer comme inférieur·e·s : « Ce travail vient clore sept ans d’expériences et d’observations ; quel que soit le domaine par nous considéré, une chose nous a frappé : le nègre esclave de son infériorité, le Blanc esclave de sa supériorité, se comportent tous deux selon une ligne d’orientation névrotique. » « L’infériorisation est le corrélatif indigène de la supériorité européenne. Ayons le courage de le dire : c’est le raciste qui crée l’infériorisé. »

Il cite en exergue de son livre cette phrase d’Aimé Césaire issue du Discours sur le colonialisme : « Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement le désespoir, le larbinisme. » (Paris : Présence Africaine, 1955, p. 20)

Voir aussi l’effet du racisme et des représentations racistes sur la perception de soi au travers de l’expérience de la poupée noire et de la poupée blanche menée avec des enfants par les psychologues Mamie et Kenneth Clarck en 1947 aux États-Unis, quand le pays était ségrégationniste.

[42] CNRS, « Police et minorité visible : les contrôles d’identité à Paris », enquête de Fabien Jobard et René Lévy à Paris, 2009.

[43] Yael Brinbaum, Mirna Safi et Patrick Simon, « Les discriminations en France : entre perception et expérience », Documents de travail, n° 183, INED. 
L’exemple de la police et de l’hôpital : Marc Loriol, Valérie Boussard et Sandrine Caroly, « Discrimination ethnique et rapport au public : une comparaison interprofessionnelle », plateforme HAL Sciences humaines et sociales, 8 septembre 2010.

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