Selon le communiqué, la Fondation allemande pour la recherche (en allemand Deutsche Forschungsgemeinschaft; DFG), qui constitue la plus grande organisation de promotion et de financement de la recherche scientifique en Allemagne, a pris des décisions concernant deux cas qui étaient en cours d'investigation, lors de sa réunion du 8 décembre à Bonn.

Une décision a été prise dans l'affaire de la chercheuse Kathrin Mädler, que nous avions discuté dans notre article du 31 octobre 2016. Nous traduisons, ci-après, une partie de ce communiqué, qui a été publié en langue allemande.

Le Dr Kathrin Mädler (reproduite avec l'aimable autorisation d'IDW; https://idw-online.de/de/image145026)) © IDW Le Dr Kathrin Mädler (reproduite avec l'aimable autorisation d'IDW; https://idw-online.de/de/image145026)) © IDW

Le communiqué précise que la DFG a suivi les recommandations de son Comité d'enquête sur les allégations d'inconduite scientifique. Il précise également que dans le premier cas, le Comité, a reconnu que la pharmacologiste Kathrin Mädler est coupable d'inconduite scientifique. Cette dernière a obtenu, en 2014, une chaire "Professorat Heisenberg" (en allemand Heisenberg-Professur), qui a été approuvée par la DFG.

"Une enquête a été lancée en mars 2015 après que des allégations d'inconduite scientifique sont apparus concernant un certain nombre de ses publications. Étant donné que ces allégations étaient examinées par l'université de Brême, le processus de la DFG a été initialement suspendu.
De même, la procédure de nomination à l'université de Brême, qui est associée à l'approbation du programme "Heisenberg-Professur", a été suspendue par ce dernier. Après que la commission d'enquête de l'université de Brême a pris fin, en septembre 2016,  et que le recteur de l'université a reconnu que Mädler est coupable de négligence et de violation de ses obligations de diligence, le processus DFG a été poursuivi par la commission d'enquête sur les allégations d'inconduite scientifique.

Après examen approfondi des allégations et sur la base de plusieurs avis, le rapport d'enquête de l'université de Brême et l'audience de Mädler,  le Comité est parvenu - comme pour l'université de Brême - à la constatation, que six publications basées sur un financement DFG, contenaient des informations incorrectes. Ainsi, les résultats ont été représentés par des figures qui ne correspondent pas à description donnée. Outre, les figures qui ont été utilisées sont issues de publications anciennes, qui ont été générées dans un contexte différent, qui n'a rien à voir avec les expériences décrites dans les publications en question.

Le Comité d'enquête de la DFG a reconnu que Mädler est resposnable pour ces informations fausses, en raison de son travail en tant que chef du groupe de recherche et pour son rôle en tant qu'auteur correspondant des publications."

Le Comité a considéré qu'il n'y a aucune indication sur l'implication directe de Mädler dans ces informations fausses. Il note plutôt que d'autres auteurs, qui étaient membres du groupe de recherche de cette chercheuse, étaient responsables pour la réutilisation des images, une responsabilité que Mädler n'a pas nié lors de son audition.

Toutefois, le Comité est arrivé à la conclusion que Mädler a négligé, d'une manière flagrante, son rôle de supervision de ces employés, ce qui a  abouti à une responsabilité commune et à une inconduite scientifique selon le règlement procédural de la DFG.

Le communiqué ajoute qu'en accord avec le règlement procédural de la DFG, il a été convenu, comme mesure appropriée et adaptée, par le Comité d'enquête de retirer la chaire "Professorat Heisenberg" à Mädler. Cette décision a été suivie par le Comité principal.

Par sa décision, la Fondation allemande pour la recherche a montré encore une fois son attachement au respect des règles de bonne conduite scientifique.

"Fin de la période de grâce" [Ende der Schonzeit], a écrit Astrid Viciano dans la Süddeutsche Zeitung (Journal de l'Allemagne du Sud), qui ajoute :

"Il n'est pas facile de distinguer les scientifiques honnêtes des fraudeurs. Il faut donc avoir le courage et la détermination des institutions de recherche pour combattre les potentiels charlatans."

"Leçon de l'affaire K. Mädler : comme pour Vionnet les universités sont faibles mais les organismes de financement réagissent correctement. Affaire classée !", a commenté Philippe Froguel, diabétologue, généticien et professeur à l'Imperial College de Londres et à l'Université Lille 2, qui a déjà demandé à l'éditeur de la revue Human Molecual Genetics de rétracter une publication commune avec Mädler.

Après l'affaire du biologiste français Olivier Voinnet, membre de l'Académie des Sciences, l'affaire Mädler constitue une autre démonstration de l'intérêt des plateformes de discussions post-publication par les pairs tel que PubPeer, qui offre la possibilité d’effectuer des signalements d’irrégularités et de fraude dans les publications scientifiques. Ce site a récemment remportée, en appel, sa procédure judiciaire contre le Dr Fazlul H. Sarkar (pathologiste à l'université de Wayne State). Ce dernier a engagé une procédure judiciaire en diffamation contre PubPeer pour la publication en ligne de commentaires qui lui aurait coûté une offre d'emploi.

 

 

 

 

 

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