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Billet de blog 31 oct. 2016

Non, la fraude scientifique n’est pas une affaire d’hommes!

Après le biologiste français Olivier Voinnet, c’est la chercheuse allemande Kathrin Mädler qui est sur la sellette cette semaine. En recherche scientifique, les femmes fraudent moins que les hommes, mais la méconduite scientifique et la violation des règles éthiques ne sont pas une affaire d’hommes.

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Un domaine où il ne faut surtout pas chercher à gagner la bataille de l’égalité hommes-femmes est celui de la fraude scientifique. Les femmes en commettent moins mais elles fraudent de plus en plus. Depuis le lancement de ce blogue dédié à la promotion d’une recherche transparente, ouverte, éthique et intègre, les femmes scientifiques sont souvent présentées comme des victimes de la misogynie dans la nomination pour des prix scientifique nationaux ou à d’autres plus prestigieux comme le Nobel. Elles sont aussi présentées comme victimes de l’« effet Matilda », lorsqu'elles sont dépossédées de leurs découvertes scientifiques. Cependant, les femmes ne sont pas toujours des victimes, on se souvient du scandale des cellules STAP à l’institut RIKEN et de la fraude commise par la chercheuse Haruko Obokata qui ont conduit au suicide de l'éminent biologiste japonais Yoshiki Sasai, en 2014.
Comme leurs collègues masculins, les femmes scientifiques ne se comportent pas toutes de manière éthique et ne respectent pas toujours les règles de l’intégrité académique. « Les hommes sont surreprésentés parmi les chercheurs en sciences de la vie ayant commis une fraude scientifique », a conclu une étude, qui a été publiée en 2013 dans la revue mBio. Dans cette étude, Arturo Casadevall et ses collègues à l'université Yeshiva de New York, ont examiné des rapports qui concernent 228 scientifiques ayant commis des fraudes scientifiques entre 1994 et 2012. Ces rapports proviennent de l’Office Américain pour l’Intégrité Scientifique (ORI), qui publie régulièrement des cas de fraude scientifique. L’analyse des données par sexe a révélé que 2/3 des fraudes commises sont masculines (figure, ci-après).

L'étude de Feng et al. (mBio. 2013 Jan-Feb; 4(1): e00640-12.) © nBio

« Reste à expliquer cette différence. Les chercheurs n'ont que des hypothèses. « Des recherches ont montré que les hommes avaient tendance à prendre plus de risque que les femmes. Cela peut venir aussi du fait que les hommes ont en général plus l'esprit de compétition tandis que les femmes sont plus sensibles à la menace des sanctions. Je pense que la meilleure des réponses est que nous ne savons pas vraiment», avoue Arturo Casadevall. A ce stade spéculatif, on pourrait aussi avancer que les femmes sont plus malignes que les hommes, et que leurs fraudes sont moins découvertes, apparaissant moins dans les statistiques. », a commenté Jean-Luc Nothias dans Le Figaro.

Depuis 2012, ces statistiques ont certainement évoluées.  En 2016, deux femmes sont déjà sur la liste de l’ORI pour fraudes scientifiques, Karen M. D’Souza et Meredyth M. Forbes. D’autres cas de rétractations de publications ou de plagiat impliquants des femmes scientifiques ont également été publiés au cours de ces dernières années.

Kathrin Mädler reconnue coupable de fraude de duplication d’images

Chercheuse en diabétologie à l’université de Brême, au nord-ouest de l'Allemagne, Kathrin Mädler est, ou plutôt, ses publications sont, depuis 2014, la cible de commentaires sur PubPeer.

Le Dr Kathrin Mädler (reproduite avec l'aimable autorisation d'IDW; https://idw-online.de/de/image145026)) © IDW

En novembre 2015, la revue Journal of Biological Chemistry (JBC) a rétracté un des articles de Mädler, qui a été publié en 2011. La chercheuse et ses co-auteurs ont réutilisé des figures représentants des expérimentations biologiques qui sont issues d’articles déjà publiés par la même équipe en 2009 dans la revue Diabetologia et en 2006 dans la revue Diabetes ! Les données présentées dans l’article de 2011 sont supposées être différentes de celles de 2009 et de 2006, mais les figures ont été dupliquées et utilisées de manière frauduleuse pour représenter les résultats. En plus de la rétraction, l’article de 2006 a été également corrigé.

« Sur la base de la recommandation du Panel « programmes scientifiques éthiques » (ESP) de l’Association Américaine du Diabetes, éditeur de la revue Diabetes, il a été décidé de publier une expression de réserves[expression of concern]pour alerter les lecteurs sur des questions concernant la fiabilité des données contenues dans l'article », écrit le communiqué de l’éditeur de la revue Diabetes.

La revue a publié des expressions de réserves sur deux articles de Kathrin Mädler. Elle a également demandé à l’université de Brême d’examiner les données de cette chercheuse.

Le 25 octobre dernier, le recteur de l’université de Brême a réagi aux allégations d'inconduite scientifique par le Dr Kathrin Mädler. Un rapport, publiquement disponible sur le site Web de l’université, rappelle que la chercheuse dirige un laboratoire de diabétologie moléculaire et qu'elle a intégré l’université de Brême, le 01 février 2008.

Kathrin Mädler a également travaillé, de janvier 2000 à décembre 2004, avec le professeur Donath à l'hôpital universitaire de Zürich (Suisse).

« Depuis 2014, des commentaires ont été publiés sur PubPeer concernant des publications dans laquelle Madame Mädler a été impliquée en tant qu'auteur ou co-auteur. Dans ces commentaires des anomalies dans les publications, en particulier des problèmes de duplication d'images ont été mis en évidence. En février 2015, une procédure contre Mme Mädler a été ouverte par la commission sur les allégations d'inconduites scientifiques de l’université », explique le rapport d'enquête publié par l’université de Brême en allemand.

Duplication d’images, non disponibilité des données originales et négligence, conclut le rapport d’investigation.

La commission d’investigation de l'université de Brême estime que le Dr Mädler "a manqué à son obligation de diligence et a agi ainsi avec négligence". Ce manquement se manifeste aussi bien au niveau de « l'organisation de son laboratoires, en particulier dans le stockage et la documentation des données, ainsi que dans le contrôle de la qualité des images soumises pour publication », précise le rapport. Kathrin Mädler est donc coupable de cette fraude de duplication d’images, délibérément ou par négligence.
Selon le rapport, le recteur de l'Université de Brême, le professeur Bernd Scholz-Reiter, qui prend très au sérieux le résultat de cette enquête, a averti la chercheuse. Cette dernière s’engage à corriger les figures, à produire et à documenter des données fiables de ses recherches pour toute évaluation externe.

En 2011, Kathrin Mädler a reçu la plus grande distinction de l'Association Allemande du Diabètes (der Deutschen Diabetes Gesellschaft). Cette pharmacologue a reçu également d’autres prix dont le prestigieux « Ferdinand-Bertram», a rappelé Astrid Viciano dans Süddeutsche Zeitung, en juillet dernier.

Qui sont ces chercheurs qui parviennent, sur PubPeer, à détecter des fraudes de manipulation ou de duplication d’images dans des articles biologiques. Kathrin Mädler a –t-elle été dénoncée par ses propres collègues ou collaborateurs ?

Un des chercheurs qui ont publié, sur les réseaux sociaux, l’information sur l’implication de Kathrin Mädler dans cette fraude scientifique est le Dr Philippe Froguel, diabétologue, généticien et professeur à l'Imperial College de Londres et à l'Université Lille 2. Paradoxalement, ce chercheur a déjà collaboré avec le Dr Kathrin Mädler.  La publication issue de cette collaboration est aussi la cible de commentaires sur PubPeer. Publié en 2011 dans la revue Human Molecular Genetics, l’article cosigné par Philippe Froguel, Kathrin Mädler et d’autres chercheurs dont le français Olivier Le Bacquer, de l’unité CNRS UMR 8199 (basée à l’Institut de Biologie de Lille), a déjà reçu sur PubPeer treize commentaires portants sur les figures de la publication.

 Pour suivre cette affaire sur la plateforme Ethique & Integrity : lien

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