"Larry et Moi" de Denis Robert Décryptage de la prédation financière par BlackRock

Ce livre nous apprend quelques uns des mécanismes prédateurs de BlackRock mais il souffre de la comparaison avec le livre plus complet sur le sujet par Heike Buchter que Denis Robert cite à de nombreuses reprises. « Larry et moi » semble décousu et imprécis, loin de ses investigations fouillées de Clearstream qui l'ont fait reconnaître. A lire pour le volet français des activités de Blackrock.

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La firme de Larry Fink  gère près de 7500 milliards de dollars soit près de 3 fois le PIB de la France et son effondrement pourrait entraîner la planète dans une crise financière plus grave que celle de 2008. Les deux activités de BlackRock sont l'investissement et le conseil. Côté investissement, la firme collecte les fonds que lui confient les institutions, pays, entreprises, particuliers, pour les placer sur les marchés financiers. La firme newyorkaise affirme que ses activités de conseil et d'investissement sont strictement cloisonnées mais il est évident que la connaissance précise de l'état des finances des institutions et entreprises acquises lors des missions de conseil sert a orienter les investissements de la firme. 

Le titre du livre est copié sur celui du documentaire "Roger et moi"  de Michael Moore, auquel Denis Robert voue une grande admiration. Mais le procédé qui consiste à interpeller familièrement "Larry" ne fonctionne pas dans le livre. Question de style et de contexte peut-être. Le fameux journaliste d'investigation de l'affaire Clearstream peine ici à rendre compte clairement de la complexité des mécanismes financiers à l'oeuvre dans l'entreprise de Larry Fink, Pdg et fondateur de Blackrock. Ainsi Denis Robert reconnait p 211 " Je suis même obligé de me relire pour comprendre ce que j'écris" Un aveu honnête mais qui confirme que l'auteur ne maîtrise pas toujours son sujet. Le livre n'a pas de sommaire, confirmant un sentiment d'inachevé. La rédaction est brouillonne et beaucoup d'erreurs parsèment le livre. Par exemple, alors que le grand public sait que Christine Lagarde est la présidente de la BCE (Banque Centrale Européenne) , Robert écrit que  le banquier Christopher R.Whalen en est le patron ! Le livre n'a manifestement pas été correctement relu.

L'auteur a du mal à expliquer ce qu'est un ETF (Exchange Trade Fund, ou fond négocié en bourse), un fonds de placement utilisé par BlacRock qui réplique un indice boursier CAC 40, SP 500, aussi exactement que possible. En cas de chute brutale des cours de bourse l'ensemble des ETF qui y sont liés s'écroulent aussi. En France, la société de gestion newyorkaise Blackrock détient entre 4 et 5% de la plupart des entreprises du CAC 40. Denis Robert décrit les mécanismes délétères des agences d'audit KPMG, E&Y, PriceWhitehouseCoopers travaillent main dans la main avec BlackRock. Leur rôle ? Certifier les comptes des entreprises avec lesquelles Blackrock travaille, souvent avec complaisance puisqu'elle sont payées par la firme de Larry Fink. Quant à auditer Blackrock lui-même, la tache est quasiment insurmontable comme l'explique un expert de l'audit  " je serais surveillé en permanence et je ne saurais pas par quel bout prendre autant de données numériques"

L'IA Aladdin, mauvais génie de BlackRock

L'intelligence artificielle de la firme traite 24h/24h une masse colossale d'informations, cours boursiers, bilans financiers des entreprises, situation géopolitique, etc. En exploitant cette montagne de données, les algorithmes calculent la valeur des actions, obligations, devises ou titres de crédit contenus dans des portefeuilles d'actifs  lourds de plusieurs milliards, quasiment le PIB des Etats-Unis. Aladdin examine soigneusement chaque valeur pour prévoir le risque de changement en fonction de l'environnement économique et financier. Avec l'acquisition d'eFront, startup française acquise pour 1,5 milliard d'euros, Aladdin fournit également une solution de portefeuille complète pour les investissements des secteurs publics et alternatifs. Il s'agit de loin de l'outil numérique le plus abouti mondialement dans la prévision des risques mais les acteurs de la finance aurait tort d'y voir une baguette magique ou une assurance tout-risque infaillible contre les pertes financières. Forte de cette capacité considérable et unique de prévision des risques, Blackrock conseille, entre autres, la FED ( réserve fédérale américaine, ) la BCE, Airbus, Exxon, JPMorgan, Appel, etc. 

Blackrock vise la manne des retraites des français et courtise Macron

La France est un des pays occidentaux où la retraite privée a la plus faible part. Un énorme marché que Blackrock veut capter ce qui explique que Larry Fink a rencontré Macron à de nombreuses reprises. Or, les fonds de réserve de retraites français contiennent à ce jour 150 Milliards d'euros selon les Décodeurs du Monde, il n'y a donc pas de problèmes de financement à terme. Mais Blackrock tente de placer ses pions auprès de Macron par l'intermédiaire de Jean-Francois Cirelli, ex-PDG de GDF, entreprise qu'il a poussé à la privatisation. Cirelli est aujourd'hui directeur général de la firme de Larry Fink. Il est l'emblème de la grande porosité entre la haute administration et le privé. Denis Robert dénombre 6 entrevues de Larry Fink avec Macron pour lui proposer d'investir en France et lui parler des pensions privées. Si le verrou des retraites par répartition tombe en France, c'est le reste des pays européens qui peut tomber dans l'escarcelle de BlackRock.

Ce que le lecteur apprend, dans les livres de Denis Robert et Heike Buchter n'est pas rassurant car BlackRock est un géant sans aucun contrôle des Etats ou des autorités financières. Son poids  de plus en plus important est un facteur majeur de risque. Rendre les riches encore plus riches, tel est l'objectif sans surprise de BlackRock mais son modèle économique a pris une telle position dans les rouages de la finance mondiale qu'une défaillance systémique n'est pas à exclure. Pour l'heure, les banques centrales, FED pour les Etats-Unis ou BCE pour l'Europe achètent massivement les dettes des entreprises et des Etats ce qui évite un krach économique et financiers. En bref, c'est une gigantesque planche à billets. L'Union Européenne interdit le rachat direct des dettes et impose l'intermédiation des banques mais le résultat est le même. Il s'agit de milliers de Milliards de dollars ou d'Euros censés soutenir l'activité économique mais qui alimente en partie la spéculation financière qui opère dans une très grande opacité.

BlackRock ne doit pas occulter le poids d'une multitude d'acteurs financiers tout aussi toxiques, Goldman Sachs et autres. Pour l'heure il fait figure de grand satan et suscite l'attention mais c'est l'ensemble de la finance spéculative qui vit en parasite de l'économie réelle et constitue un risque éminent pour l'économie mondiale.

Recension du livre d'Heike Buchter, "BlacRock Ces financiers qui s'emparent de notre argent "

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