Gérard Collomb: chronique d'une dérive droitière, identitaire et sécuritaire

L'ancien professeur agrégé de lettres classiques a cumulé les mandats politiques locaux jusqu'à devenir Ministre de l'Intérieur. Une fonction régalienne qui comble une longue attente suite au mépris des dirigeants PS . Une trajectoire entamée à la gauche réformiste jusqu'à soutenir sans réserves le programme droitier et libéral de Macron. Récit d'une revanche politique tardive.

La virage à droite de Gérard Collomb ne surprend pas les observateurs attentifs qui ne l'ont jamais classé dans le camp de gauche durant  un demi-siècle de carrière politique. Gérard Collomb est le fils d'un ouvrier métallurgiste, militant CGT et d'une femme de ménage. Des origines sociales qui expliquent sans doute un engagement commencé militant PS après 1968 puis chef de l'opposition aux anciens maires de Lyon, Michel Noir et Raymond Barre,  jusqu'à incarner totalement et sans réserves les valeurs de la droite, notamment l'accent mis sur la sécurité, un soutien appuyé aux entreprises et la stigmatisation de l'assistanat. Il commence sa carrière comme professeur de lettres et avait, oh ironie, une bonne conscience de la lutte des classes selon un ancien élève. Adoubé par Raymond Barre, il devient maire de Lyon en 2001. Un mandat qui lui va comme un gant, sachant que Lyon est la ville la plus centriste de France avec un électorat qui abhorre les extrêmes. Edouard Herriot, centriste historique de la III République en fut son maire durant 47 ans. Comme Macron qu'il a fermement soutenu dès juillet 2016, il tire alors un trait définitif  sur les dernières traces de gauche pour s'adapter à une clientèle électorale majoritairement située à droite et aux ailes droites des partis de centre et de gauche. Collomb cultive toutes les qualités qui permettent de prendre le pouvoir, de l'accroitre et de le conserver. Fin tacticien, il a multiplié les alliances politiques, notamment avec Michel Mercier, ex-Président Modem du Conseil Général avec lequel il avait réparti les rôles et les pouvoirs. Pour assoir son fauteuil de Président du Grand Lyon, il a promis des subventions aux communes de droite et centre droit à savoir les groupes Synergies-Avenir et Centristes et indépendants qui représentent l'ouest lyonnais résolument ancré à droite. Sa réserve parlementaire sénatoriale leur a été distribuée selon les vieilles règles du clientélisme politique comme l'indique cet article. Collomb a su créer des réseaux patronaux sur lesquels il s'est appuyé. Mediapart a révélé début mai, les fortes ristournes accordées pour des prestations dans l'évènementiel durant la campagne de Macron par GL Events, la société d'Olivier Ginon, un très proche patron lyonnais. Sous les faux airs d'un paisible élu provincial plutôt avenant, l'ancien maire de Lyon cache une grande ambition servie par une ténacité inoxydable et un redoutable sens tactique. Il a transformé Lyon et le Grand Lyon en recourant largement aux partenariats Publics-Privés (PPP) pour les grands travaux (tunnels de la Croix-Rousse et périphérique sud, etc.). A ce jour on ne lui connait cependant aucune casserole judiciaire, élément indispensable pour accéder à un poste de ministre régalien qu'il a toujours appelé de ses voeux, un souhait toujours ignoré par l'appareil parisien du PS qui le méprisait ostensiblement. De quoi nourrir un fort sentiment de revanche. 

Collomb opposant mairie de Lyon Collomb opposant mairie de Lyon
De très confortables revenus malgré le plafond imposé pour les cumulards

Fermement opposé à loi sur le cumul des mandats, Gérard Collomb s'est plaint au Figaro en janvier 2017 que ses absences répétés au Sénat pour cause de cumul amputent ses indemnités pour les réduire à "seulement" 4000 €. Voire ... Il n'est pas bienséant pour les médias et les politiques  d'évoquer les revenus des hommes politiques sous peine d'être affublé de populisme mais un décryptage de ses émoluments apporte un démenti cinglant. En tant que Sénateur du Rhône, il gagnait 5423 euros nets par mois. Comme maire de Lyon, il émargeait à 2757 euros nets par mois pour atteindre le plafond maximum de cumul de 8272 €/mois  autorisé par la loi. Il n'est pas rémunéré pour son statut de Président du Grand Lyon. Le montant  se monte à un total de 8180 euros nets, selon les indications de l'élu. Ajoutons à ces revenus, sa retraite de 3500 €/mois d'ancien professeur agrégé. Les revenus nets de Collomb s'élevaient donc à 11.770 € /mois. S'ajoutent à ce montant une indemnité de résidence de 166 € et une autre de fonction de 1 420 €. Selon l'Observatoire des inégalités, 99% des salariés gagnent donc moins que lui. Cet écart considérable avec le revenu médian des français pose des questions sur l'exercice de la représentation démocratique en France.

Le social, une marqueur de gauche à géométrie variable chez Collomb

Gérard Collomb n'a jamais été un défenseur fervent des programmes sociaux. Elu en 2014 à la Métropole qui regroupe 59 communes de l'agglomération de Lyon il n'a eu de cesse que de réduire le budget logement comme l'indique l'ex-vice-Président de la Métropole, démissionnaire en 2015, Olivier Brachet, en charge du logement : "Les budgets concernant le logement sont en baisse et sérieusement en baisse par rapport à ce qu'ils étaient en 2008. De 25 M€ nous sommes passés à 12 M€. Bien sûr que le social n'est pas ce qui intéresse le plus Gérard Collomb." . Comme Strauss-Khan dont il était un soutien avant ses ennuis avec la justice américaine en 2011, Hollande ou Valls, Collomb appartenait à la branche droite du PS qui a troqué la résolution des problèmes sociaux par un appui constant aux dirigeants d'entreprises dans une approche libérale classique.

Des bourdes médiatiques à répétition sur la sécurité et l'immigration

L'ex-édile de Lyon n'était pas un va-t'en-guerre et a refusé d'armer la police municipale de Lyon. qu'il a tout de même équipée de flashballs. Il se targue d'avoir mis en place le 1er système de surveillance vidéo éthique de France avec une charte de respect de la vie privée. Un réseau de caméras très fourni comme l'indique ce site qui en donne une vision détaillée. Concernant le problème complexe de l'accueil des migrants et demandeurs d'asile, l'ex-maire et Président du Grand Lyon renvoyait de manière classique la balle dans le camp du gouvernement. Un Etat jadis villipendé auquel il appartient désormais, précisément au titre de Ministre de l'intérieur. Pas davantage que ses prédécesseurs à Beauvau, il n'a de solutions pour un problème qui réclame des solutions courageuses d'accueil pour affronter une opinion publique qui réclame davantage de sévérité. Aujourd'hui aux affaires, il multiplie les bourdes et contresens telle cette déclaration proche de celles du FN, en avril "Certaines régions sont en train de se déconstruire parce qu’elles sont submergées par les flux de demandeurs d’asile." ou encore sur BFM TV, s'agissant de l'étudiante voilée du syndicat étudiant UNEF : "C'est du prosélytisme. On le voit bien qu'il y a un certain nombre de gens qui au travers de ces signes sont dans la provocation" alors qu'aucune loi ne l'interdit dans l'espace public malgré un débat récurrent sur le port du voile à l'université.

Méconnaissance de la législation une fois de plus quand il stigmatise les débordements des manifestations du mois de mai en ces termes "Ce qui étonnant, c'est que des black blocs puissent intervenir au milieu d'une foule qui finalement, ne réagit pas. Je crois que si demain on veut garder le droit de manifester, qui est une liberté fondamentale, il faut que les personnes qui veulent exprimer leurs opinions puissent aussi s'opposer aux casseurs et ne pas, par leur passivité, être complices de ce qui se passe". Rappelons qu'aucun citoyen n'a le droit de se faire justice lui-même et doit en appeler à l'autorité publique dont il est précisément le représentant. Seules la Police et la Gendarmerie sont habilitées à intervenir dans ce cas ainsi que l'indique Mediapart dans cet article.  Bernard Cazeneuve, son prédécesseur Place Beauveau, avait au minimum une capacité de contrôle dans ses déclarations, un sens de la mesure verbale indispensable à ce poste.

Migrants à Lyon: à l'image du Ministre Collomb

Dans son édition du 6 juin 2018, Le Canard Enchaîné montre que Collomb appliquait une politique peu amène envers les migrants. Un haut fonctionnaire de la Place Beauveau l'affirme: "Lyon est la préfecture de France où on expulse le plus". Alors que selon la Cimade, association chargée de l'assistance aux migrants, il faut 6 à 8 mois pour obtenir un rendez-vous à la Préfecture du Rhône et formuler une demande de carte de séjour alors que ce délai est de 3 mois ailleurs (Ile-de-France exceptée). Collomb, comme beaucoup d'édile toutefois, a toujours refusé d'installer des sanisettes et un point d'eau sur les lieux de campement de migrants.

La parcours de Gérard Collomb n'est pas une exception. Outre qu'il symbolise les dérives qui accompagnent inévitablement la recherche et la conservation du pouvoir, il montre comment l'opportunisme peut se parer des vertus du réalisme politique et social. En l'espèce, l'autre nom d'une trahison des idéaux de gauche

Pour aller plus loin:

 

  • A Paris le 30 mai, la ville de Paris et Gérard Collomb s'affrontent après la 34 ème évacuation d'un camp de migrants. Le ministre veut les renvoyer dans le pays ou ils ont enregistré leurs empreintes, la Maire Anne Hidalgo demande à examiner les demandes d'asile. En arrière-plan, la bataille politique pour la conquête de la Mairie de Paris par le groupe LREM de Macron dont Collomb s'est fait le principal thuriféraire.
  •  Lire ce billet sur la déclaration de Collomb qui a parlé le 30 mai, intervenant devant le Sénat, de « benchmarking (étude comparative) des migrants » sur le choix du pays d'accueil, par les migrants. La phrase exacte, justifiée par Castaner, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement et approuvée par Robert Ménard , expert en la matière est:  "Puis-je vous dire, Monsieur le président, qu’il n’y a pas que le Sénat qui fait du benchmarking mais que les migrants aussi font un peu de benchmarking pour regarder les législations à travers l’Europe qui sont les plus fragiles". Une manière de déshumaniser le traitement des migrants. L'adjectif fragile s'applique plus aux migrants qu'aux législations nationales européennes.

 

 

 

 

 

 

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