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Billet de blog 22 février 2011

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Evanescence du sens et des mots

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bonjour!

J'ose remettre ici un billet récent, envoyé ce matin ad patres, juste parce que je considère que la conversation n'était pas terminée, et que j'aspire à sa prolongation pour les gens qu'intéresse davantage la réflexion que la dispute aient aussi leur place ici.

Amicalement

JCD

Pourfendeurs, attention!

21 Février 2011 Par silenceontourne

Si j'écris ici sans vergogne des choses dérangeantes, c'est que je sais avoir atteint un point de non-retour biologique et psychique, et que, du coup, "mon narcissisme à moi" ne saurait en être douloureux. Rentré "en fraude" dans ce journal, je suis amené, c'est mon choix, à lire et des articles d'édition, et des blogs. Pour les articles, il en est de toutes natures, sur lesquels on peut prendre parti ou simplement s'interroger, voire laisser une pensée s'ébattre librement...

Pour les blogs, ce qui paraît le plus évident, c'est le caractère "lié" de ce qui s'y dit, entre l'assertion d'un seul, en réaction à d'autres ou en initiant une question nouvelle, et les commentaires, qui proposent des réponses et/ou produisent des ponts inédits entre différentes publications, quand ils ne se font pas d'emblée pourfendeurs du scripteur.

Ces blogs ne sont pas que cela, mais aussi une manière d'affiliation à un système langagier, appelé pour le lieu et l'instant Mediapart, mais qui pourrait, c'est le cas ailleurs, s'appeler de toutes sortes de noms. Ceci me semble produire un effet étrange, qui serait la "reconnaissance de la signature, à défaut de visage, de l'autre, locuteur". Effet qui engendre des positionnements binaires de type "pour ou contre", "ennemi ou ami"...

Sur un blog récent, quelqu'un a parlé du sentiment d'injustice, évoquant Rousseau. La position de Rousseau me paraît, c'est mon choix, redoutablement contestable eu égard aux comportements qu'il a eus dans sa vie personnelle, mais bref, là n'est pas l'essentiel.

Si je voulais toucher à cette notion d'injustice, j'irais jusqu'à dire qu'elle n'a de sens que dans la mesure où quelqu'un juge. Ceci appelle quelques questions. D'abord, qu'en est-il des références d'un jugement? Sont-ce des référence à des règlements édictés en si haut lieu soit-ils, et qui ne font que véhiculer, pour un moment donné, la force de représentations imaginaires, liées aux circonstances et à ceux qui prétendent les gérer? Ou s'agit-il de cette "force de loi" à forte teneur symbolique qui tente, contre la pulsion barbare de l'espèce humaine, de générer un peu les possibilités du "vivre ensemble"?

Ensuite, qu'en est-il de celui qui juge, de sa supposée impartialité, de ses références à l'intérêt commun, lequel doit transcender les intérêts particuliers? Sur quelle nature du Droit s'appuie t-il? La tentation est forte de s'étayer de convictions, plutôt que de principes, pour juger celui que l'on a déjà cloué au pilori des nos haines et rancoeurs personnelles...

Il semble qu'actuellement, chacun, devant la carence des forces symboliques de la loi, s'arroge le droit de réparer et faire réparer les vécus d'injustice à titre personnel, sans la moindre référénce à un contrat social, lequel serait bien autre que celui, je répète, à mon sens inepte, de JJR.

Qu'il s'agisse du tueur en série, qui "règle ses comptes" avec soi-disant la société, en réalité avec ses fantasmes d'injustice (et donc de toute puissance auto-proclamée), ou du blogueur d'ici ou d'ailleurs qui venge son "point de vue" par des anathèmes au mieux, des violences verbales au pire, le combat paraît le même: se constituer d'abord en victime, se faire juge de l'autre, et enfin exécuter la condamnation qui, dès lors, lui apparaît fondée.

Il n'est pas rien de constater que les prises de bec les plus violentes sur ce site se réfèrent à la question des relations palestino-israêliennes (passons sur les rêves jouissifs de "prise de pouvoir sur la parole au sein du club", images désolantes de la paranoïa au petit pied, et des complaisances humaines pour l'arrosage méthodique de l'ego, faute de mieux).

Le paradigme convoqué sur ce thème, ça me paraît être celui des croyances; du style "j'ai raison contre la raison, puisque, croyant, je sais"... Repensant à mon maître Devos, j'ai pourtant envie, en permanence, de clamer "y'a un doute, y'a un doute". Comme dans l'espace du dire potentiel, on pourrait dire: "y'a de l'air, y'a de l'air".

Si je parle d'air (de préférence respirable) et de doute, c'est qu'il me semble qu'il existe là un autre paradigme du fonctionnement de nos sociétés: les articles et billets qui s'encombrent de moult commentaies tous plus "avertis" et agressifs que les autres deviennent étouffants; ils m'évoquent l'incapacité des humains, réunis dans ce concept curieux au moins, raciste au pire, de nations (j'éviterai de dire "communauté mediapartienne"), d'admettre l'équivalence ( l'"équi-valeur") de l'autre, de se représenter sa position comme aussi respectable et pertinente;

 genre "vérité en deça des Pyrénées, mensonge au delà..." Et de créer des espaces de respiration partageables.

Si la folie des nations s'approprie et s'aliène le concept de "droit divin", où s'arrêtera la folie vengeresse contre tout ce qui n'est pas soi? Et que serons-nous, pauvres locuteurs d'occasion, dans ce maëlström de conditionnements politico-idéologiques que nous têtons ainsi depuis notre premier allaitement? Tous dieux mis à part, sortons de là, ne serait-ce que pour tenter de comprendre, ce qui est loin d'être fait par les chroniqueurs de tous poils, ce que nous suggèrent des gens de pays autrefois colonisés, et actuellement en tentative d'un dire dont, sauf prétention inouie, nous ne savons pas grand chose...

A suivre, si vous le voulez bien!

Jean Claude Duchêne

Plein de choses intéressantes, je reviens. Pas le temps maintenant.

21/02/2011 17:08Par Marielle Billy

Bonjour JCD.

Et tout d'abord je demande pardon à Marielle Billy de sembler répondre à son commentaire. Drupal continue de refuser de me laisser écrire dans une rubrique "commentaire" à part entière. J'ai donc utilisé la fonction "répondre" en dehors de sa fonctionnalité originelle.

Il est cependant convenu que j'aborde ce sujet avec ma paranoia ce soir afin d'identifier la nature du complot qui se trame contre moi.

.

"la "reconnaissance de la signature, à défaut de visage, de l'autre locuteur". Effet qui engendre des positionnements binaires de type "pour ou contre", "ennemi ou ami"..."

Je vais aborder la question d'une autre façon, quoi que je souscrive entièrement à la formulation qui est la vôtre. Ne serait-ce que parce qu'elle contient deux ferments extrêmements productifs dont il pourrait être utile de discerner les mécanismes d'action.

"Reconnaissance de la signature". Il s'agit bien de cela. Reconnaitre au travers d'un strict écrit, et hors mécanismes mentaux habituels, qui sont avant tout des "images multi-sensorielles" (sons + vision + parfums...). Ce sont nos sens qui - en principe - rendent qui que ce soit agréable ou pas. C'est cet "agrément" qui incite à se rapprocher ou à fuir. C'est cette "agrément" qu'il est si difficile de discerner via de stricts échanges e-pistolaires. Même la forme des lettres est la même pour tout le monde. :-)

 Comment faire émerger un processus identificatoire alors que le seul lien qui existe est pixelisé ? Il faut tenter de connaitre avec les mots puis reconnaitre (pour mesurer une capacité de projection identificatrice) en associant des images. Le processus d'impression (lecture au travers du vécu personnel et des images qui en restent), avec l'omnipotence de la subjectivité, est le seul qui puisse se mettre en place. Il me semble que l'introjection est beaucoup plus difficile, voire quasi impossible sauf à reprendre les termes (phrases) utilisés par  l'Autre. Les mots sont-ils à ce point porteurs de sens ? J'ai des doutes. Le lien établi est donc nécessairement incomplet. Aujourd'hui, en 2011...

"Pour ou contre, ennemi ou ami". Indépendamment des capacités grégaires des uns ou des autres, à partir du moment ou les processus d'identification sont incomplètement réalisables, n'est-il pas prévisible que les réactions soient des réactions collectives. Leur dimension fédératrice ne compense-t-elle pas la faiblesse du média dans sa capacité à exprimer l'originalité de chacun, originalité qui ne peut se contenter de simples mots. Originalité qui nous vient à chacun - au moins de façon historique - de nos mimiques, d'images sensorielles, du vécu mesurables par nos sens et restitués pour partage à l'intention des sens d'Autrui ?

La relation à autrui sans les sens pour la construire est-elle un Tout en soi ? La vie d'un couple pourrait-elle se satisfaire de stricts échanges épistolaires électroniques ?

Nota : Merci pour ce chouette Billet, JCD.

21/02/2011 18:10Par samines

Hello!

la relation à autrui sans les sens pour la construire...: oui-da! et aussi sans le sens de ladite entreprise (hasardeuse) d'entrer en relation, c'est à dire en lien, c'est à dire en aliénation

Voilà qui pourrait aider à décoder les "fières postures" de maints scripteurs: la fragilité du sens, et son corollaire de peur de l'aliénation sociale que la rencontre instaure.

D'où, peut-être, la fuite en avant, pour le coup in-sensée, vers l'assertion dogmatique, la vitupération, le rejet de thèses alternes.

Ainsi en va t-il aussi, peut-être, des réactions grégaires et des suspicions de complots. Moins l'édifice est solide, exposable sans trop de dégâts aux flux et à la vague des mots des autres, plus le besoin se fait sentir de se protéger, que ce soit en fonçant par anticipation dans le mur de l'impossible rencontre, soit en bâtissant des refuges chargés de barricades?

A plus; merci, Samines!

JC

PS. pour les polémistes: je m'inclus totalement dans le corpus de cette réflexion!!!

21/02/2011 18:48Par silenceontourne

juste merci (ou plutôt: ouf! comme lorsque la respiration se fait un chemin malgré tout, quelque soit le degré d'hygométrie).

21/02/2011 19:25Par V PORS

Merci également à l'auteur de cet article.

22/02/2011 09:16Par bidiboy pipo

 Me voilà revenue. Je n'aborde qu'un point.

Ceci me semble produire un effet étrange, qui serait la "reconnaissance
de la signature, à défaut de visage, de l'autre, locuteur". Effet qui
engendre des positionnements binaires de type "pour ou contre", "ennemi
ou ami"...

Mon point de vue :

La signature comme illusion de la personne, masque (le "persona" latin). Elle dit des chose mais pas ce que l'on croit. Non que le mensonge (au sens moral) en soit la ligne, mais parce que'il y a une sorte de réduction de l'autre à un point, un noeud de cristallisation, de projection, et de fait, ça échappe, et tant mieux.

Et moi qui signe, je peux céder trop vite à cet appel de la flamme et ignorer combien ça m'échappe, combien je ne sais qui est celui-ci ou celui-là.

Ce qui ne veut pas dire que les relations sont impossibles, mais il faut mesurer la part de "comédie", consciente ou moins. Et la part d'incandescence possible (processus du coup de foudre ? du coup de haine ?)

Je pense à Lévinaslorsque vous évoquez le visage manquant, lui pour qui, si l’humain a un sens, il le trouve dans l’appel que me lance le
visage de l’Autre. Si le visage a un rapport à la vision, il est pourtant ce qui
toujours déborde la représentation, la “chosification”
qu’opère le regard. «C’est lorsque vous voyez un nez, des yeux un front, un
menton, et que vous pouvez les décrire, que vous tournez vers autrui comme vers un objet.
La meilleur façon de rencontrer autrui, c’est de ne pas même remarquer la couleur
de ses yeux!» écrit-il.

Je fais un pas : ...c'est de ne pas croire trop vite que je connais à partir de cractères repérés,  d'autant plus que l'époque a vu le "visage" de l’homme disparaître
derrière la multiplicité des déterminations biologiques, sociales et linguistiques.

22/02/2011 10:24Par Marielle Billy

Bonjour

Et oui, merci de cet approfondissement, qui ne me semble sans lien dialectique avec le commentaire de Samines, même si là, on surfe sur des "intrants" différents.

J'apprécie la référence à Lévinas, à mon avis souvent méconnu, et ceci m'évoque:

"pour envisager, ne pas dévisager"

Par ailleurs, je note ce que vous dites par rapport à la signature, qui soit ne fait qu'attester (et encore), soit "valider de l'insu"; en contrepoint, j'aime à penser que des "bonjour" dans les billets portent la marque de ce que Barthes nommait "proférations": juste un signal d'entrée en contact social.

Mais justement pas un signal illusoire ou fallacieux vis à vis de l'autre, cet inconnu qu'ici et ailleurs on tutoie et interpelle comme s'il était dans le champ de ce que nous croyons maîtriser.

Bonne journée

JCD

22/02/2011 11:24Par silenceontourne

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