Relai de témoignages concernant la situation au CRA d'Oissel

Nous relayons ici l'appel et des témoignages du collectif de prisonniers du Centre de Rétention Administrative (CRA) d'Oissel.

Nous relayons ici des témoignages et communiqués récents du collectif de retenus du Centre de Rétention Administrative (CRA) d'Oissel. Nous affirmons notre solidarité avec toutes les personnes enfermées dans les centres de rétention en France et en Europe. Ces centres sont des prisons pour étrangers, des lieux de violences policières, de non-droit, d'expulsions violentes. Les personnes étrangères y sont enfermées et criminalisées parce qu'elles ont perdu le droit au séjour, que celui-ci leur a été refusé ou ne leur était pas accessible... Libre circulation, régularisation et arrêt des expulsions ! 

--En décembre dernier, nous avons aussi été interpellés par l'augmentation du nombre de Soudanais enfermés dans les CRA (et expulsés) ces derniers mois et nous espérons pouvoir publier des choses rapidement à ce sujet. 

Source des témoignages et mises à jour : Collectif des personnes retenues au CRA de Oissel et réseau de visiteurs. Témoignages classés dans l'ordre chronologique. Voir les liens à la fin de l'article. 

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22.01.2020  : Communiqué de presse des détenus étrangers du camp de oissel :

"Au centre de rétention de Oissel (près de Rouen) la police est violente et nous humilie tous les jours. Toujours ils provoquent, ils disent “Baisse les yeux !”. La nourriture est froide et n’est pas halal, alorsqu’il y a une majorité de prisonniers qui sont musulmans.

Même la prison c’est mieux qu’ici. Y en a ils ont 10 ou 20 ans ici et on les mets en centre de rétention.

Depuis samedi c’est encore pire. La police à encore voulu mettre unprisonnier à l’isolement. Son ami s’y est opposéet ils l’ont amené violemment aussi à l’isolement. Le soir y avait la police avec des chiens et des cagoules dans le centre pour nous faire peur.

Le prisonnier qui était à l’isolement il vient d’en sortir. Ils l’ont tabassé, il peut pls parler, il a des bleus partout. Les yeux et les oreilles sont gonflées.

Hier ils ont cassés le pied d’un autre prisonnier.

Tout ça va pas du tout. Tout le monde se plaint. Nous sommes plus de 42 prisonniers enfermés ici. Donc là on fait la grève commune. Ce soir personne ne mange.

On va essayer d’occuper le couloir parce que ce qui c’est passé depuis samedi dernier c’est encore pire que d’habitude.

Ici y a pas d’hygiène. Les chambres sont pas nettoyées tous les jours.

On revendique 

-La fin des violences policières, de la xénophobie des policiers et de leur racisme

-Un minimum d’hygiène et de dignité

-De la nourriture correcte

-Des soins corrects

Les prisonniers en grève de la faim de Oissel

23.01.2020 

"Voici la revendication commune de l'ensemble des 42 personnes retenues au cra d'oissel. Nous sommes dans un Etat de droit nous reclamons des meilleures conditions de retention. Nous dénoncons les dérives, les intidimidations et les violences volaintaires de la police envers les personnes retenues au cra d'oissel. Nous exigeons le depart immediat de cette bande de policier au cra d'oissel. Et que justice soit faite la grève continue le porte parole des personnes retenues au cra d'oissel

Le Porte Parole."

24.01.2020 

"Suite a notre grève nous avons eu la visite des personnalités de Rouen qui ont puis voir les conditions dans lesquelles nous vivons. Aujourd'hui, il y a eu une amélioration concernant le repas. D'autre part sachez que la personne retenue qui a été tabassé a été transféré a 05h du matin dans un autre centre inconnu. Quand a ces conditions de rétention nous ne pouvons pas dire que nous sommes satisfaits pour le moment car il faut attendre de voir.Aussi nous dénonçons les méthodes répressives de la police a notre égard. Nous souhaitons que ces agissements cessent. Voila la proposition du collectif des personnes retenues."

 25.01.2020 : témoignage d'une personne s'étant rendu sur place :

"Pour y être allée avec "deux bénévoles", je peux vous assurer que les conditions y sont atroces : O., un jeune homme Darfouri que nous connaissons depuis un an environ a réussi à porter plainte après d'être fait tabasser par 5 gardiens de ce CRA, qui lui ont mis la tête dans un sac avant de l'emmener à Roissy, où leurs collègues de la PAF ont tenté de le noyer, avant de finalement appeler les secours après qu'il se soit longuement évanoui, puis de le reconduire au CRA de Oissel, où ... il a passé un entretien OFPRA sur Skype, blessé, encadré par deux flics.

D'autres personnes retenues avec lesquelles nous étions en lien et qui ont subi de graves sévices de la part du personnel policier de Oissel ont été expulsées. L'un d'entre eux a été ligoté à une chaise jetée au sol au mitard. Mitard dans lequel il n'y a.. pas de caméra.

Merci de faire circuler ce communiqué pour que la parole de ces hommes, emprisonnés car ne disposant pas du bon titre de séjour, sorte de ces murs."

Autre témoignage, recueilli par Tomas Statius (Street Press) en décembre 2019, concernant un Soudanais de 23 ans tabassé, insulté, défiguré et humilié par les policiers au CRA de Oissel ; celui-ci a témoigné concernant les "coups de poing", "coups de pied", et autre mauvais traitements reçus ; il a décrit "une véritable séance de torture". Il a été libéré mais a porté plainte. Il craignait, comme beaucoup d'autres, une expulsion vers le Soudan. 

27.01.2020 

"Bonjour,

Contrairement a ce qui a été dit par le commandant de police du CRA d'oissel dans la presse, si la durée de la rétention est bien passée de 45 a 90 jours depuis la nouvelle loi, il faut savoir qu'une personne retenue reste ici de 1 voir 2 mois environs et non pas 15 jours en moyenne. Il y a aussi des retenus qui font la totalité des 90 jours de rétention.

Ici il y n'a pas d'activité a part la salle de télévision et souvent il y a de la tension pour les chaines. Nous ne comprenons pas car il y a une autre salle de télévision qui reste toujours fermée à clé. La promenade elle, n'est pas toujours régulière et c'est ce qui cause aussi une tension entre retenues et les policiers. Cette promenade est organisée au moment du nettoyage des chambres de 10h 30 a 11h ce qui la rend toujours compliquée.

Sachez aussi que les douches dans les chambres n'ont pas d'eau chaude. Les retenus ce sont plaints a maintes reprises auprès de l'association France terre d'asile mais en vain.

Toujours à propos de France terre d'asile, le collectif en est venu à demander le départ des personnes la représentant actuellement au CRA de Oissel. Nous estimons que rien n'a été mis en place pour nous défendre depuis le début de notre mouvement et que ces personnes sont de plus partisanes de la préfecture et des méthodes de gestion du centre.

Concernant les retenus qui ont été tabassés et ont déposé plainte, nous réclamons que toute la lumière soit faite sur ces actes. Nous réclamons de plus la fin de tous les actes de violences et de maltraitances à notre égard. A l'heure qu'il est on ne voit aucun changement au niveau de nos revendications depuis le début de notre mouvement.

Le collectif des personnes retenues poursuivra sa mobilisation pour plus de justice sociale (conditions de rétention dignes), sans se laisser intimidé par des actes de violences ou d'insultes.

"Le collectif des personnes retenues au C.R.A. de Oissel"

04.02.2020 : témoignage recueilli sur le site Abaslescra

"On veut juste des conditions de vie normale parce que nous on vit ici c’est trois mois c’est une vraie peine de prison. Une peine mais nous on veut juste sortir, on a des enfants ici. Le CRA c’est invivable surtout à cause de la violence des policiers et aussi parce qu’il essaient de nous faire craquer. Les gens qui sortent d’ici certains deviennent fous.

Ils nous rendent fous. À l’intérieur on les voit devenir fous petit à petit. Il y a quelqu’un la dernière fois ils lui l’ont appelés pour une prise de sang, et quand il est revenu il s’est écroulé en tremblant et tout, on comprend pas si ils essaient de nous tuer parfois.

Il y a un mec qui a le bras cassé à cause de flics qui lui sont tombés dessus. On essaie de l’aider comme on peut mais le soir il crie, il peut pas dormir.

On savait pas que c’était comme ça a France, tant de racisme. Il y a même un policier qui a craqué quand il a réalisé ce qu’il se passait dans le centre. Les policiers c’est tous des stagiaires donc ils font de la merde. Ils essaient de nous faire craquer avec des fouilles tous les jours, des tabassages de gens avec les jambes et les mains scotchées…

Nous on craque ici on a envie de sortir d’ici le plus vite possible.

Samedi soir on a commencé une grève de la faim on était 28 je pense. Les policiers sont venus pour nous foutre la pression on leur a dit que la nourriture c’est immangeable. L’entreprise qui fait la nourriture c’est GEPSA ils donnent pas de sel, pas d’eau, les plats sont immangeables, c’est GEPSA on peut lire sur leurs gilets. On leur a dit aussi il y a pas de porte dans les toilettes et des toilettes sales avec des gens malades partout.

L’infirmerie fait pas sont travail. Ici beaucoup on la gale. Dès que tu viens qui tu dis que t’es malade ils donnent juste des gros calmant, c’est une pharmacie pas une infirmerie. Les infirmières sont super méchantes. Pharmacie : Valium, Rivotril, Subutex, Tramadol… les gens qui prennent ça ont les voit devenir dingues.

Cette nuit là vers 4h ils nous ont arrosés avec les douches incendies. Ils ont arrosé tous le monde, toutes les chambres. Les vêtements, les matelas, les couvertures tout était mouillé. On tremblait on pouvait pas dormir dans ce froid. Au haut-parleur ils ont dit : « si vous mangez pas demain à midi ca va continuer » Ils voulaient nous faire craquer.

Heureusement que certains ont des chambres tellement sales qu’ils dorment dans les couloirs ou dans la salle commune. Eux ils avaient les couvertures sèches. Alors on s’est mis tous dans la même salle pour se réchauffer avec les couvertures sèches et essayer de dormir.

C’était horrible, le lendemain on était plus que 18 en grève de la faim. Ils nous ont notés et après ils sont venus nous taper, juste pour en découdre ?

Le lendemain donc hier, ils ont coupé l’eau. Ça a commencé hier soir certains étaient réveillés, mais nous on s’en est rendu compte que ce matin : d’un coup plus d’eau dans les douches, robinets, toilettes. Tout le monde est paniqué ou énervé. Même la machine pour boire elle est coupée. Quand on demande pourquoi, ils disent : « arrêtez de nous casser les couilles ».

On en a marre on en peut plus des fois on pense au suicide. Même aux USA les prison c’est pas comme ça."

05.02.2020 

" Je vous informe que le retenu A. qui a été tabassé par les policiers a été libéré aujourd'hui. Suite à cette libération, on maintient notre mobilisation. Aujourd'hui une reunion se tiendra pour discuter et pour définir d'autres actions.
Le porte parole du collectif "

Pour le porte-parole des retenus de Oissel, il s'agit d'une petite victoire obtenue grâce à leur détermination et à l'écho que les différents soutiens donnent à leur bataille. La mobilisation continue.

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Informations et mises à jour : https://abaslescra.noblogs.org/communique-des-prisonniers-de-oissel-en-lutte/?fbclid=IwAR3NDkf7R7Ct0nps0CCghsCi8Inzo1-V7SUYY-kNtAqtayituc3wJBH2r6w

Rapport 2018 concernant les centres de rétention (Cimade) : https://www.lacimade.org/publication/rapport-2018-centres-locaux-retention-administrative/

Voir aussi des témoignages ici :

https://blogs.mediapart.fr/mathieu-gabard/blog/251119/cra-centre-de-retention-administrative-115-propos-d-hommes-sequestres-23

https://blogs.mediapart.fr/mathieu-gabard/blog/251119/cra-centre-de-retention-administrative-115-propos-d-hommes-sequestres-13

https://blogs.mediapart.fr/mathieu-gabard/blog/251119/cra-centre-de-retention-administrative-115-propos-d-hommes-sequestres-33

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