Le 26 mai des luttes et des grèves

Bien des commentaires réduisent la « Marée populaire » du samedi 26 mai à une sorte de victoire de la « ligne » de la France insoumise et de Jean-Luc Mélenchon sur les syndicats. C’est ne voir les choses que par le prisme de la priorité au « politique ». Le calendrier de la Marée populaire, c’est d’abord celui du mouvement social !

Disons le nettement : l’un des moteurs de la « Marée populaire » du 26 mai, c’est le regain de luttes sociales qui traversent l’hexagone. Certes, nous vivons quelque chose de différent des « grands » mouvements sociaux de 1995, 2003, 2010 ou de celui à double-détente de 2016-2017 contre la Loi travail et son monde.

Mais la grève des cheminot.es qui réussit à s’inscrire dans la durée ; la contestation dans la fonction publique qui reste importante ; la fronde contre Parcoursup, peut être à l’aube d’un rebond avec la sélection massive qui se dessine pour les lycéen.nes ; les résistances qui se multiplient dans le privé… tout cela nous donne quand même un fond de l’air plus vif socialement ! Même Le Figaro s’inquiète de « grèves à répétitions qui commencent à peser sur le moral des patrons » !

Ce 26 mai, le premier de nos objectifs est bien de contribuer à le leur miner plus encore, le moral. Aux patrons comme à ses relais institutionnels, aux premiers rangs desquels figurent Macron, son gouvernement et son assemblée godillote.

Vouloir faire de cette date un prélude à une nouvelle « union de la gauche », à une resucée du « Front populaire » dans sa version étroitement électoraliste, ce n’est pas pour ça qu’ont décidé d’y appeler les organisations syndicales et associatives ! S’il faut regarder du côté du « Front populaire », alors c’est celui des grèves et des occupations d’usines qui nous intéresse.

À la CGT comme à Solidaires il est bien clair que le but premier du 26 mai et de (re)donner confiance dans le collectif, de l’incarner physiquement et massivement en occupant les rues. Et ainsi de mettre en avant le refus de ce gouvernement et de ses méthodes de mercenaire au service du Capital, qui n’hésite pas à user de la répression la plus brutale comme à Notre-Dame-des-Landes ou au Lycée Arago.

Mais aussi de faire marcher côte à côte toutes les luttes, toutes les résistances. Celles qui en appellent à changer la société en profondeur en la débarrassant de toutes les exploitations, de toutes les aliénations, de toutes les discriminations. C’est aussi pour ça qu’il y aura un « 26 mai pimenté ».

Qu’il y ait des forces politiques qui soutiennent cette démarche n’est pas un problème dès lors qu’elles ne cherchent pas à capter (même symboliquement) l’événement.

Organisations syndicales, politiques et associatives peuvent frapper de concert si l’objectif de la mobilisation est partagé. Quelles raisons aurions-nous de nous en priver ? Au contraire même, on aurait aimé voir une telle « Marée populaire » être organisée contre l’instauration de l’état d’urgence par le gouvernement Hollande…

Mais chercher à l’instrumentaliser serait désastreux, non seulement pour les grèves et les luttes d’aujourd’hui, mais aussi pour l’avenir. L’autonomie du mouvement social est une nécessité vitale. Et il ne faut pas qu’il se dispense de porter un projet de société alternatif, débarrassé du capitalisme, comme du racisme et du patriarcat.

On parle beaucoup de Mai 68 ces temps-ci. On ferait bien de s’intéresser également aux années qui l’ont suivi et au poids qu’a pu faire peser le « Programme commun de gouvernement » de la gauche. Plutôt que de croire en elles-mêmes, les luttes sociales des années 70, celles des usines comme toutes les autres, s’y sont progressivement arrimées.

On ne peut qu’écouter Georges Séguy (et oui !), secrétaire confédéral de la CGT d’alors, lorsqu’il en tire un bilan lucide et quelque peu amer en 1978. À ces yeux, le Programme commun comportait « une vue idéaliste du changement et une certitude en la victoire électorale de la gauche à laquelle tout fut subordonné, y compris, dans une certaine mesure, la satisfaction des principales revendications ». Un autre mois de mai, celui de 1981, est passé par là qui n’aura pas changé la vie.

La « Marée populaire » du 26 mai doit être celle de la gauche de la rue. Habituée à en envahir ces larges artères, s’exprimant au quotidien dans les quartiers et les entreprises, il serait désastreux de vouloir la faire s’échouer dans l’isoloir.

Si cette marée doit apporter quelque chose, c’est une confiance redoublée dans chaque heure de grève, dans chaque minute de lutte.


Pour développer un peu plus le propos, voir cet entretien avec le collectif de la revue Ballast : « On a les moyens de défaire Macron ».

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