Soutenir les artisans de la paix

Le 16 mai 2019, Josu Urrutikoetxea a été arrêté dans un hôpital public en France alors qu'il recevait un traitement d’urgence pour une maladie grave. Il est accusé d'être un membre de l'organisation armée basque ETA.

 

Soutenir les artisans de la paix


Gerry Adams (Sinn Féin) & Ronnie Kasrils (ANC)

 


 

Le 16 mai 2019, Josu Urrutikoetxea a été arrêté dans un hôpital public en France alors qu'il recevait un traitement d’urgence pour une maladie grave. Il est accusé d'être un membre de l'organisation armée basque ETA.

L'ETA n'existe plus. L’organisation a déclaré unilatéralement la fin des violences en 2011, suite à la demande formulée en octobre 2011 à Saint-Sébastien par des personnalités internationales de premier plan. Elle a unilatéralement procédé à son démantèlement devant un Comité international de vérification en avril 2017 et a annoncé publiquement sa dissolution en mai 2018 auprès d’une organisation internationale après plus de 50 ans d'existence.

Toutes ces étapes n'auraient pas été possibles sans l'engagement et la persévérance absolus et univoques des figures dirigeantes du mouvement indépendantiste basque et Josu Urrutikoetxea a joué un rôle crucial dans ce processus.

En tant que membre de longue date du mouvement indépendantiste basque, Josu Urrutikoetxea a fait preuve d'un courage énorme pour promouvoir et rendre possible le débat sur la fin de la violence, le désarmement et la dissolution de l'ETA. Il a joué un rôle essentiel dans ce processus. Sans lui, et sans d'autres comme lui, il aurait été pratiquement impossible d’accomplir ce changement substantiel qui s'est produit au Pays basque.

Ceux d'entre nous qui ont participé à l’élaboration d’un processus de paix, qui ont œuvré à la résolution pacifique d’un conflit savent qu’il s’agit là d’une gageure. Négocier avec son propre camp est toujours la négociation la plus difficile, mais elle est essentielle si l'on veut progresser. Il a fallu l'engagement et le courage de dirigeants comme Martin McGuinness et Nelson Mandela pour rendre possible une transition pacifique en Irlande et en Afrique du Sud.

Nous lançons un appel à la France pour qu'elle soutienne les efforts de paix au Pays basque. Joignez-vous à nous pour envoyer un message clair à la communauté internationale, et affirmer que la France se soucie des efforts de paix de responsables comme Josu Urrutikoetxea et les apprécie à leur juste valeur.

Beaucoup de choses ont changé en bien au Pays basque ces dernières années. Tous les efforts doivent être faits pour que le processus de transformation et de réconciliation se poursuive. La communauté internationale, en particulier, a un rôle crucial à jouer pour encourager ce processus et soutenir le travail acharné accompli par le peuple basque.

L'arrestation de Josu Urrutikoetxea envoyait le 16 mai dernier un mauvais message à ceux qui, au Pays basque et au niveau international, œuvrent pour mettre fin au conflit. Les artisans de la paix doivent être encouragés et soutenus, et leurs efforts confortés par des politiques positives.

Le mercredi 19 juin, deux événements successifs nous ont inspiré l'espoir et l’affliction. Le premier, porteur d’optimisme a été suscité par la décision de la Cour d'appel de libérer Josu Urrutikoetxea afin qu'il puisse se défendre en homme libre face aux procédures en cours à son encontre.

Le second, qui suscite notre désappointement est la décision de l’Etat français d’ordonner un nouveau maintien en détention, au nom d’un mandat d'arrêt européen et de procédure d’extradition dont l’examen n’exigeait en rien une privation de liberté.

L’inhumanité d’une telle procédure expéditive nous attriste profondément. Qu’une décision souveraine de justice soit immédiatement balayée par une intervention sous influence de l’État est un sujet de profonde préoccupation.

Nous réitérons avec détermination notre appel au gouvernement français pour qu'il libère définitivement Josu Urrutikoetxea.

Une telle décision de l’Etat français enverrait un message fort d'encouragement et de solidarité à l’égard des efforts de paix en cours au Pays basque.

Gerry Adams, ancien président du Sinn Féin (1983-2018), parti catholique républicain nord-irlandais, a été l’un des artisans des accords du Vendredi saint de 1998, mettant fin à la guerre civile entre républicains catholiques et unionistes protestants & Ronnie Kasrils, ancien haut responsable de la branche armée de l’ANC (Congrès national africain), a été ministre de la défense et du renseignement de la République d’Afrique du Sud. Il a également été expert auprès de la Commission internationale de vérification du cessez-le-feu (CIV) mise en place en 2011 dans le cadre du processus de désarmement de l’ETA.

Tribune publiée le 21 juin 2019 dans le quotidien Le Monde.


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Voir la liste des soutiens

Lire la tribune dans Libération d'Alain Badiou, Etienne Balibar, Thomas Lacoste, Jean-Luc Nancy, Toni Negri & Jacques Rancière

Lire la tribune dans Le Monde de Véronique Dudouet, Andy Carl & Jean-Marie Muller

Lire la tribune dans Le Monde de Gerry Adams (Sinn Féin) & Ronnie Kasrils (ANC)

Lire la tribune sur le site de Mediapart et le quotidien Libération de Esther Benbassa, José Bové, Eva Joly & Noël Mamère

Lire le communiqué "Josu Urrutikoetxea en danger" publié sur le blog de Mediapart par Egoitz Urrutikoetxea

 

 

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