Allemagne : la Deutsche Bahn pas assez chère ?

Le Ministre des transports du gouvernement allemand critique les billets de train trop bon marché, et estime qu’il faut passer au crible les offres à bas prix de la Deutsche Bahn. Dans cette hypothèse, les billets de train seraient plus chers. Un billet qui montre que le prix du train fait débat en Allemagne... aussi.

Titre original : Bahnfahren zu billig: Bundesregierung fordert teurere Ticketpreise

Lien vers l'article original : https://www.zugreiseblog.de/bundesregierung-fordert-teurere-bahntickets/

Traduit de l'allemand par Vincent Doumayrou

=-=-=-

Enak Ferlemann est un Ministre fédéral des Transports hautement apprécié depuis de nombreuses années. Au fil du temps, il s’est engagé de manière croissante en faveur des chemins de fer en Allemagne – comme à la fin du mois d’avril, lors de sa participation au voyage inaugural de Flixtrain entre Berlin et Stuttgart. « Je vous souhaite d’avoir de nombreux passagers », avait-il dit au nouveau concurrent de la Deutsche Bahn tout en l’assurant du soutien du gouvernement fédéral si d’autres relations étaient envisagées.

Une concurrence accrue dans les chemins de fer pourrait en effet faire baisser les prix, avait dit Ferlemann alors. Mais à peine cinq mois plus tard, il semble être revenu de cette idée du tout au tout. Dans l’entretien qu’il a donné au quotidien Die Welt, il s’est en effet montré très critique envers le système de réduction mis en place par la Deutsche Bahn.

« Le nombre de passagers des trains de grandes lignes augmente, mais la rentabilité se détériore. Je suis très surpris du nombre de possibilités de réductions », a-t-il déclaré à cette occasion. La structure tarifaire actuelle ne permet plus de couvrir les coûts par les recettes. Pour le dire autrement, M. Ferlemann souhaite que de nombreux voyageurs voyagent plus cher.

« Il faut remettre en question le système de réduction », a estimé le responsable dans Die Welt. Les Sparpreis [équivalent des Prem’s – Note du traducteur] et autres réductions ponctuelles peuvent sans doute profiter à quelques-uns, a-t-il dit en substance, mais la majorité des voyageurs devrait payer un prix plus élevé. Il est pourtant établi que la Deutsche Bahn a mis en place les billets à bas prix en réaction à la libéralisation du marché des autocars.

De plus, la Deutsche Bahn s’est efforcée, depuis plusieurs années, de combattre son image de cherté. La faute en incombait au mode d’affichage dans les renseignements tarifaires, où le Flexpreis [le prix d’un billet ouvert sans réservation, le plus élevé – NdT] était le plus visible. Le prix le plus avantageux se détachait souvent mal du Flexpreis. Depuis, le site valorise mieux les offres à bas prix.

La mise en place de la démarche Sparpreis pour 19,90€ en 2015 a amené de nombreux voyageurs à davantage voyager avec la Deutsche Bahn. Le remplissage a augmenté du fait d’un Yield Management plus serré, alors que le chiffre d’affaires par voyageur-kilomètre est resté grosso modo stable, à environ 9,2 centimes d’euro par kilomètre.

Cependant, dans le dernier remaniement qu’elle a introduit à son système tarifaire et notamment avec le SuperSparpreis, la Deutsche Bahn a procédé à une augmentation de prix qui est passée presque inaperçue des médias. Ainsi, le City-Ticket [modalité qui permet de bénéficier d’un trajet gratuit en transport public, dans les villes d’origine et de destination du train – NdT] est certes toujours inclus dans le Sparpreis et dans le Flexpreis, mais ne l’est plus, précisément, dans le SuperSparpreis à 19,90 €. De plus, aucun billet à ce prix n’est plus proposé pour un trajet supérieur à 250 kilomètres dès lors que le voyage comprend un trajet en train régional. La Deutsche Bahn attribue cette dernière mesure à des « raisons économiques et à un choix d’entreprise ».

Certes, le Ministre souligne à bon droit que ces différentes offres peuvent conduire à une opacité des tarifs [exact, mais l’opacité reste très peu marquée en comparaison de la jungle tarifaire de la SNCF – NdT]. De surcroît, il est permis de penser que la suppression de ces billets bon marché compromettrait le doublement du nombre de voyageurs à bord des trains, qui est l’objectif proclamé du gouvernement fédéral.

Il convient de tourner le regard vers le pays à bien des égards modèle en matière de transport ferroviaire, à savoir la Suisse. Ici, règne traditionnellement un système tarifaire extrêmement transparent, faits de prix fixes pour tous les moyens de transport public. Or, malgré l’augmentation de la population, le nombre de passagers a stagné en 2017 ainsi qu’au début de l’année 2018.

Les chemins de fer suisses ont réagi en proposant des billets à prix réduits, qui offrent jusqu’à 70 % de réduction. Les dirigeants réfléchissent à un système qui orienterait la demande et la prestation vers des trains précis. Ainsi, ce qui fait l’objet de critiques en Allemagne semble devenir une voie à suivre en Suisse.

Et pour conclure, il convient de souligner que les difficultés de la Deutsche Bahn ne sont pas liées au système de prix des trains de grandes lignes, mis aux pertes d’adjudications dans les transports régionaux et aux déconvenues dans le secteur des marchandises. Dans ce dernier cas au moins, le gouvernement a toutes les cartes en main pour améliorer la situation. Le fait de demander une augmentation des tarifs du train n’apparaît, en tout état de cause, pas judicieux.

Bien cordialement,

Vincent Doumayrou,
auteur de La Fracture ferroviaire, pourquoi le TGV ne sauvera pas le chemin de fer,
Préface de Georges Ribeill. Les Éditions de l'Atelier, Ivry-sur-Seine, 2007.

=-=-=-

Sur le même thème, et sur le même blog :
https://blogs.mediapart.fr/vincent-doumayrou/blog/260718/la-deutsche-bahn-exclut-larrivee-de-la-reservation-obligatoire
=-=-=-
Vous trouvez ce billet pertinent voire utile, vous en approuvez le propos ? Faites-le suivre à vos ami(e)s, parents, connaissances, collègues, confrères et consœurs...
Ce blog se veut écocitoyen. Par conséquent, il n'utilise de photos qu'à la marge, et uniquement en format réduit. Les billets sont supprimés au bout d'une durée maximale de deux ans, à moins de présenter un intérêt particulier.
=-=-=-
Pour me contacter : vincent-doumayrou{a}laposte.net
Pour m’écouter gazouiller (photo de fond personnelle) : Mon compte Twitter
=-=-=-

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.