Ludisme luddite

Avant la biographie autorisée, le T-Shirt, le mug, la chaussette pour père Noël, le slip (modèle femme) et le thermos à canettes, la saga Wikileaks a déjà donné naissance à moult jeux vidéos plus ou moins talentueux

Avant la biographie autorisée, le T-Shirt, le mug, la chaussette pour père Noël, le slip (modèle femme) et le thermos à canettes, la saga Wikileaks a déjà donné naissance à moult jeux vidéos plus ou moins talentueux (plutôt moins en fait). Mais cette fois, c'est l'éditeur italien de jeux sérieux Molleindustria (déjà cité dans le billet “De l'info et des jeux”) qui s'y colle. Avec une ambition assumée: créer une «théorie jouable» à partir du texte «Conspiracy as Governance» de Julian Assange (publiée en français par la revue Contretemps et abondamment commentée ici), plaidoyer obscur et hyperréférencé.

Argument: le joueur fait partie du «gouvernement invisible»: «notre pouvoir dépend de notre capacité à établir et à conserver un réseau global reliant les membres de la classe dirigeante. Connectez les points, développez le réseau.» Mais plus il densifie son maillage, plus il s'expose aux fuites qui utilisent elles aussi les possibilités du réseau. Le joueur doit donc isoler les points d'où partent les fuites (les dépêches réelles du «Cablegate» sont employées) et détruire sa propre construction.

La rhétorique procédurale mise en place simplifie à peine le contenu du texte d'Assange, et si l'on prend la peine de lire les quelques réserves préalables, l'enrichit plutôt en montrant ses limites.

Molleindustria détourne ainsi les codes bien établis du jeu comme forme de communication de masse pour «explorer son potentiel subversif». Créé après les manifestations anti-OMC de Seattle, Molleindustria utilise le pouvoir de séduction du jeu de façon ironique en montrant, la plupart du temps, qu'il n'y a pas de moyen de gagner. Que «l'idéologie d'un jeu réside dans sa règle» et qu'on peut la retourner pour éviter de divertir (c'est-à-dire de détourner l'attention).

On doit ainsi à ces Italiens un ouvrier Tamagotchi, un simulateur de prêche de Jean Paul II, un Memory (jeu de cartes) pour les révisionnistes, Run Jesus run (10 secondes pour sauver le monde), un jeu de rôle pour curés pédophiles commençant par «laissez venir à moi les petits enfants», une sorte de billard Nicolas dans lequel les copyrights avalent les bonnes idées ou un jeu de corruption et de rétrocommissions dans le monde du pétrole.

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