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Billet de blog 20 nov. 2021

Plan C : Que faudra-t-il faire quand l’effondrement sera complet ? (partie 5)

Le plan A (stabilisation et sauvegarde de notre civilisation globalisée avec quelques ajustements) et le plan B (décroissance organisée et planifiée) sont désormais enterrés. Demandons nous maintenant en quoi consistera l’effondrement en pratique.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Avant de parler des implications psychologiques, morales, économiques, politiques, écologiques et sociales de l’inéluctabilité de l’effondrement complet de notre société globalisée, il apparait pertinent d’aborder les détails de l’effondrement. Autrement dit, c’est le moment de se poser la question de « Où ? Quand ? Comment ? ».

Évidemment, il est impossible de répondre précisément à ces questions et celui qui s’aventurerait à donner une date précise, une durée, un lieu ou encore le déroulement précis des événements précédant le désastre se couvrirait très certainement de ridicule. Comme pour tout ce qui relève des systèmes complexes en général, toute prédiction précise est empêchée. Avec le nombre de paramètres impliqués, imbriqués, interdépendants, modulés par des boucles de rétroactions positives ou négatives, qui elles-même vont être variables selon d’autres paramètres, on ne ferait que se leurrer si l’on se mettait en tête qu’il est possible de prévoir l’évolution précise de chacun des éléments constitutifs du système. Forcément, cela va contre le préjugé principal de nos sociétés sur la science : la puissance de la science serait absolue et si une réponse est incomplète ou approximative, c’est obligatoirement parce qu’elle n’est pas véritablement aboutie sur le plan scientifique. 

Réflexions générales sur l’étude du risque d’effondrement de notre société globalisée :

En effet, la civilisation que nous avons constituée, grâce à l’extraordinaire puissance qu’elle a puisée dans les énergie fossiles, a réussi à repousser les contraintes naturelles à un niveau qui nous a laissé croire que tout était maitrisable pour peu que l’on se donne la peine de l’étudier suffisamment. Fort heureusement, la mécanique quantique et la théorie du chaos sont venues démontrer scientifiquement qu’une telle chose n’était pas à notre portée et qu’il nous fallait nous laisser aller à l’approximation et nous fier aux probabilités. Mais si la science nous l’a prouvé, nous n’avons pourtant pas véritablement réussi à nous débarrasser de cette illusion que le monde pouvait être simplifié par un processus binaire tel que « oui ou non », « blanc ou noir », « 1 ou 0 » ; un peu comme si on pouvait forcément arriver à donner une réponse certaine à toute chose de la même manière que nous avons été en mesure de déterminer avec certitude que la Terre n’était pas plate et qu’elle orbitait autour du soleil et non l’inverse.

Il est donc établi au sein de notre imaginaire collectif qu’une « vraie » réflexion scientifique doit forcément aboutir à un « on sait » et tout homme ou femme de science qui annonce une approximation au sortir d’une démonstration passe aussitôt pour quelqu’un qui manque de sérieux. Et il en est de même si cette personne annonce avoir fait appel à un processus intuitif pour résoudre un problème. Pourtant, je pourrais vous citer au moins une discipline scientifique qui fait très largement appel à l’approximation et à l’intuition, bien qu’elle tente vainement de s’en défendre avec vigueur et qui passe pour être très sérieuse. Il s’agit de la médecine.

En médecine, l’approximation est partout. Elle est omniprésente dans le diagnostic, dans la thérapeutique, dans l’évaluation pronostique. Pour le diagnostic par exemple, quand on fait face à quelqu’un qui est malade, on ne raisonne pas en partant d’un dysfonctionnement de telles ou telles cellules précisément, qui entraîne tels symptômes, le tout définissant telle maladie : on appréhende d’abord le contexte, on dégage ce qui est vraisemblablement un symptôme de ce qui n’en est vraisemblablement pas un. De cela on dégage ensuite des hypothèses probables sur le dysfonctionnement en cours, puis on essaie de rassembler des preuves indirectes à travers les divers examens qui vont permettre de rendre une des hypothèses plus probable que les autres jusqu’à poser un diagnostic parfois de manière certaine. Tout le processus de réflexion relève de l’approximation et aboutit à un diagnostic probable, vraisemblable, quasi-certain ou certain par le biais d’un faisceau d’arguments concordants. Même la manière d’établir la plupart des connaissances scientifiques dans le domaine de la médecine a pour base l’approximation : un être humain étant forcément différent d’un autre être humain, une même maladie donnera des symptômes variables, un traitement donnera des effets variables et l’évolution sera tout aussi variable. Pour tenter de gommer ces différences, les maladies sont étudiées sur des groupes de malades pour lesquels on établit des moyennes et plus la population étudiée est conséquente, plus les résultats sont jugés fiables. Mais, au final, même si on essaie vainement de lui échapper, l’approximation revient au galop puisque la conclusion qui s’applique à un groupe de malade ne s’appliquera pas forcément à un individu isolé… dans la mesure où il s’agit de moyennes… 

Mais ce n’est pas tout, un certain nombre de connaissances médicales viennent d’un processus intuitif découlant d’un raisonnement logique sans que n’aient été effectuées d’études pour les « valider scientifiquement ». Un exemple : quand un malade présente une fracture ouverte avec l’os qui franchit la peau et pointe largement à l’extérieur, le déplacement est réduit systématiquement : l’os est réenfoui (après désinfection…) puis repositionné. Il n’y a pourtant jamais eu d’étude scientifique pour vérifier que le résultat sera meilleur chez ceux pour lesquels la fracture a été réduite car il n’est pas venu à l’idée de quiconque d’essayer de voir si ce n’était pas mieux de laisser l’os se promener en plein air plutôt que de le remettre à sa place… De même, il n’y pas eu d’étude pour vérifier que le massage cardiaque était vraiment utile en cas d’arrêt cardiaque. Et des cas comme ça, je pourrais vous en citer des milliers…

Au final, le métier de médecin consiste à gérer l’incertitude en permanence et du mieux qu’il peut, à l’aide de l’approximation et de l’intuition. Tout simplement parce que l’objet de la médecine, c’est un système complexe par excellence : le corps humain. Pourtant, personne ne conteste le sérieux de cette discipline qu’est la médecine. Alors pourquoi une discipline scientifique arrive-t-elle à convaincre alors que la totalité des raisonnements qui la compose s’appuie sur l’approximation et qu’elle est tellement hantée par l’incertitude ? Je pense que la principale explication est que la médecine a passé l’épreuve de la « reproductibilité de ses conclusions ». Autrement dit, ce serait parce que ses prédictions semblent se révéler vraies dans un suffisamment grand nombre de cas pour que la masse populaire la considère suffisamment sérieuse. Or, pour faire la preuve de son sérieux par la répétition de la véracité de ses prédictions, elle a la chance de s’exercer sur un échantillon colossal de systèmes complexes que sont les corps humains qu’elle a « à sa disposition ». Ainsi, c’est par la confrontation à une quantité innombrable de ses sujets d’étude qu’elle s’est peu à peu affinée, pour finir par atteindre un degrés de confiance de ses prédictions jugé satisfaisant par le peuple. 

Et c’est là tout le problème de l’étude de l’effondrement des sociétés complexes qui a non seulement peu de sujets d’étude, mais aussi un échantillon qui pour une bonne part a disparu depuis fort longtemps à l’échelle d’une vie humaine… Et pour ce qui concerne l’effondrement de notre société globalisée, c’est pire puisque nous sommes tout simplement la première société qui revêt cette forme depuis l’aube de l’humanité et vraisemblablement depuis l’apparition de la vie sur cette planète.

Pourtant, il y a une autre discipline scientifique qui cumule précisément les mêmes handicaps que l’étude qui nous intéresse présentement. Et cette discipline, elle, semble depuis peu ne plus souffrir du discrédit qu’elle a pu subir par le passé. Il s’agit de la « climatologie » (si tant est qu’elle puisse être définie comme une discipline scientifique, mais ne jouons pas sur les mots… en vérité, on se fiche de ce distinguo). Comme l’étude de l’effondrement de notre société globalisée, son objet d’étude est un système complexe, comme elle, elle nécessite une approche multidisciplinaire, comme elle, son échantillon se résume à un seul exemplaire,  comme elle, la comparaison avec les climats du passé est ardue car ces derniers ont disparu depuis très longtemps, et comme elle, elle nécessite la conception de modèles prévisionnels pour effectuer des simulations sur les évolutions potentielles de son sujet d’étude.

Alors comment a donc fait la climatologie pour devenir une « discipline scientifique », honorable et digne de confiance, dont les prévisions catastrophiques sont désormais reconnues comme fiables ? En effet, il faut se souvenir que pendant des décennies, cela n’a pas du tout été le cas. Les conclusions de nombreux scientifiques qui se sont intéressés au climat parmi les premiers avaient déjà soulevé les risques d’une évolution  catastrophique vers un dérèglement climatique en raison des émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, ils ont essuyé précisément les mêmes critiques que celles qui sont actuellement adressées à ceux qui font l’étude du risque d’effondrement de notre société globalisée. Ainsi, les deux choses qui ont certainement fait que la climatologie a pu être estimée comme étant digne de confiance dans notre « conscience collective », c’est d’une part la constitution du GIEC et la réévaluation de ses rapports à un rythme réguliers pendant plus de trente ans et, d’autre part, c’est la vérification de l’exactitude de ses prédictions au fur et à mesure que le dérèglement climatique se confirmait.

En 1970, Kelling concluait le résultat de son étude sur l’augmentation des taux de CO2 atmosphérique par la phrase suivante : « si l’espèce humaine survit au XXIème siècle, les gens qui vivront alors, en plus de leurs autres problèmes, pourraient aussi faire face à la menace d’un changement climatique provoqué par une augmentation non contrôlée du CO2 atmosphérique, secondaire à la combustion des carburants fossiles ». Il a donc fallu compter une vingtaine d’années entre la publication scientifique qui soulevait un risque de réchauffement climatique dangereux et la création du GIEC puis une trentaine d’années de plus et un dérèglement climatique bien entamé pour que l’on accorde l’importance qu’elles méritaient vraiment aux conclusions des rapports.

En 1972, L’équipe de Meadows publiait le fameux rapport du club de Rome dont la méthodologie reste difficilement contestable à l’heure actuelle. Ce rapport montrait que le modèle reproduisant le fonctionnement de notre civilisation globalisée aboutissait à un effondrement durant la première moitié du XXIème siècle. Cinquante ans plus tard, il n‘y a pas trace d’un quelconque organisme international qui viserait à étudier ou sensibiliser la population et les états à un risque dont on peut difficilement dire qu’il est moins inquiétant que celui d’un dérèglement climatique… Ce n’est pourtant pas faute de voir les prévisions se réaliser les unes après les autres, en commençant par celles du modèle WORLD-03, conçu en 1972 par l’équipe Meadows. Ainsi voit-on les populations du monde entier se diriger vers le précipice depuis des décennies, sans en avoir conscience à aucun moment, obnubilées par la croissance économique pour certains, par le dérèglement climatique pour d’autres ou par des frivolités de tous types pour les derniers.

L’étude du risque d’effondrement de notre société globalisée est donc condamnée à rester une discipline d’illuminés catastrophistes ou de prophètes de malheur, car il est évidemment bien trop tard pour parvenir à rendre cette « discipline » pertinente aux yeux du monde. Et même si l’on y était parvenu dans les années 1980, rien n’aurait permis  d’être sûr que des actions efficaces auraient été entreprises pour tenter d’empêcher l’effondrement. Il suffit de regarder l’inefficacité des rapports du GIEC sur l’évolution des émissions de gaz à effet de serre (en partie à cause des majors pétrolières mais surtout à cause de notre appétit pour la croissance économique) pour le réaliser.

De la même manière, les milieux qui n’auraient eu aucun intérêt à ce que les populations et les états tirent des conclusions des études réalisées sur le risque d’effondrement auraient mis en place une campagne de discrédit des plus actives (ce qu’ils ont d’ailleurs fait dès les premières heures). Enfin, notre appétit pour la croissance l’aurait là aussi emporté de toute façon…

Ceci étant dit, faut-il renoncer à l’étude d’un tel sujet parce que cette discipline ne jouira jamais d’un statut de discipline scientifique honorable aux yeux de la masse populaire ? Faut-il ne tenir aucun compte des conclusions dont il est fait état, même dans les études sérieuses sur le sujet ? Faut-il la discréditer parce qu’elle est obligée de faire en partie appel à l’approximation et à l’intuition alors que d’autres disciplines jugées sérieuses en font autant ? Sur quoi repose une telle attitude qui consiste à balayer d’un revers de main toute hypothèse qui poserait notre effondrement comme une certitude alors même que ce dernier se produira forcément à un moment ou à un autre ? Ne s’agirait-il pas là en vérité d’un déni ?… Oui, un déni, tout simplement parce que cela nous renvoie à nos défaillances, à nos manquements à l’égard des prochaines générations, à nos comportements inadéquats, à notre immaturité en tant qu’espèce, à notre inconséquence et à notre possible mort à cause de tout cela.

Soyons clairs, c’est une attitude totalement immature de refuser de vouloir regarder la mort en face : la mort de notre civilisation, mais aussi notre propre mort qui pourrait en être un des nombreux dégâts collatéraux. Alors si vous n’en êtes pas capable, vous qui lisez cet article, je vous conseille de passer votre chemin, parce que vous ne serez pas prêt le moment venu et que vous êtes en train de perdre votre temps inutilement. Pour les autres, commençons donc notre plongée dans l’obscurité avec pour objectif d’en sortir un jour vivants et heureux. 

Réflexions sur les modalités de l’effondrement de notre civilisation globalisée :

Alors oui, malgré l’importante incertitude qui règne au-dessus de ces questions il est possible d’aborder le sujet du « Où ? Quand ? Comment ? » de manière pertinente, en émettant un certain nombre d’hypothèses et avec une bonne dose de prudence. Pour le développer, je serai d’ailleurs obligé de réutiliser certaines données et certains raisonnements déjà exposés dans les articles précédents, notamment ceux qui visaient à démontrer l’inéluctabilité de l’effondrement de notre société globalisée. Aussi risquez-vous d’avoir l’impression d’avoir déjà lu certains argumentaires, mais gardez à l’esprit que l’objectif du développement est cette fois un peu différent.

Tout d’abord, la première chose à comprendre avec le concept d’effondrement de notre civilisation, c’est qu’on pourrait considérer que le processus est déjà entamé. En fait, s’il n’est pas encore perceptible, c’est pour plusieurs raisons. 

Tout d’abord, nous avons commencé à effondrer les systèmes extérieurs avec lesquels nous interagissons, c’est à dire la biosphère, le climat et les couches géologiques :

  • La biosphère a en effet subi un effondrement incontestable et je ne cite pas les chiffres que tout le monde connait désormais sur la chute vertigineuse du nombre d’insectes, de poissons, d’oiseaux et de mammifères (cf bibliographie). Il est impossible de ressentir ces choses-là quand on vit en ville depuis plusieurs décennies, ce qui est le cas de la grande majorité de la population dans les pays dits « riches ». 
  • Le dérèglement climatique est maintenant entamé et va se poursuivre sur une période possiblement très longue, quelles que soient les actions que nous entreprendrons (cf bibliographie). 
  • Les stocks de matières premières et d’énergies fossiles sont en train de baisser à un niveau qui commence à les rendre difficilement extractibles (cf autres parties).

Comme c’est extérieur à notre système, cela ne frappe pas encore notre conscience collective et cela parait indolore à la majorité des gens. Pourtant, vu que nous sommes dépendants de ces systèmes « extérieurs », cela devrait changer d’ici peu…

Ensuite, le simple fait que notre croissance se soit interrompue est également un signe précoce d’effondrement vu que notre système est devenu dépendant de sa propre croissance pour se maintenir. Et comme le ralentissement puis l’arrêt de la croissance ne dépendent pas de nous mais bien des contraintes que subit le système « civilisation globalisée » en terme d’approvisionnement énergétique, il est inutile d’espérer la voir repartir à la hausse malgré les beaux discours de la plupart des économistes (cf bibliographie). Il n’est d’ailleurs pas exclu que la décroissance soit désormais amorcée par la survenue de la pandémie de CoViD-19, bien que l’on manque totalement de recul dans l’immédiat pour tirer une telle conclusion.

Enfin, il existe quelques signes récents au niveau économique qui montrent que le système est au bord du gouffre. Je parle entre autre chose du rebond brutal de l’inflation qui me semble être l’événement annonciateur du chaos économique que l’on craint tous depuis plusieurs années. Comme il s’agit pour l’instant d’un simple chiffre et d’une courbe ascendante, personne n’y voit un signe d’effondrement, mais une inflation qui se met à s’emballer dans un contexte de décroissance de la quantité totale de biens produits est quelque chose qui devrait inquiéter bien plus de gens. Je fais ainsi l’hypothèse probable qu’il s’agit d’un signe que les mécanismes compensatoires sont dépassés et que le système entre en état de « décompensation » (cf partie 2).

Si l’effondrement globalisé a déjà commencé, alors on pourrait se dire, en regardant autour de nous, que ce n’est finalement pas si terrible, du coup… En fait, ce qui est le plus important, ce n’est pas de savoir si ça a déjà commencé mais plutôt si ce processus va s’accélérer brutalement pour donner lieu à une désorganisation totale de notre société, et ce à tous les niveaux. Dès lors, la question qui compte vraiment est la suivante : quelle va en être l’évolution et comment cela va-t-il nous toucher ?

Il n’est pas facile de répondre à cette question sans laisser la part belle à l’approximation et à une démarche intuitive qui prend en compte de trop nombreux paramètres interdépendants pour permettre une prédiction précise. Je fais encore ici un parallèle avec la médecine pour vous permettre de comprendre : dès lors qu’un médecin a compris que le malade présentait une défaillance systémique globalisée malgré les traitements, il sait que la mort va survenir, mais il a aussi une idée sur les manières dont cela est susceptible de se produire. Cela peut par exemple débuter par un coma suivi d’une pneumonie et d’une obstruction des bronches, ou par une chute progressive de la tension artérielle jusqu’à l’arrêt cardiaque, ou par une accumulation de substance toxiques dans le sang faute de les voir être éliminées ou encore par bien d’autres mécanismes. De même, il saura donner une fourchette de temps durant laquelle on peut estimer que le décès va survenir : de trente minutes à quatre heures, de quelques heures à deux jours, de quelques jours à quelques semaines, de plusieurs jours à plusieurs mois ou encore de plusieurs semaines à plusieurs années. Ces prédictions, il les fait en utilisant son expérience, les connaissances qu’il a acquises sur les maladies et sur la résistance du corps humain à ces dernières, le tout en introduisant un certain nombre d’autres variables qui vont venir moduler le tout. 

Dans le cas présent, je vais essayer de procéder d’une manière analogue en m’appuyant sur certaines connaissances et sur des raisonnements logiques, puis en livrant des approximations qui en découlent. Il faut toutefois garder en tête qu’il s’agit d’hypothèses que je pense vraisemblables et que ce ne sont ainsi, ni des prévisions imparables, ni au contraire des prophéties totalement farfelues.

À l’échelle mondiale :

Pour commencer, à l’échelle planétaire, il apparait évident que 90% de la population ne va pas mourrir en une semaine de temps seulement. Pour autant, cela ne veut pas dire que le système globalisé de notre civilisation ne va pas subir un authentique « shut-down », c’est-à-dire, un arrêt brutal de son fonctionnement, l’équivalent d’un arrêt cardiaque pour un être humain.

Je vais même plus loin en faisant l’hypothèse que cette issue est la plus probable. Les arguments qui vont dans ce sens sont les suivants : 

  • Tout d’abord, l’étude des systèmes complexes a permis de comprendre que ces derniers ont tendance à s’effondrer d’autant plus brutalement qu’ils sont homogènes et interconnectés, comme l’illustre la courbe ci-dessous.
    Image prise sur le site pandoravox, extrait de la conférence de P. Servigne
  • Ensuite, comme expliqué dans les articles précédents, ce sont les mécanismes compensatoires, accumulés depuis deux siècles et fortement dépendants de l’abondance des énergies fossiles, qui permettent au système de résister à l’effondrement. La baisse de l’approvisionnement énergétique du système va aboutir à des phénomènes d’auto-entraînement (« cercles vicieux ») qui vont déliter certains mécanismes compensatoires. Ces cercles vicieux vont ensuite rapidement contaminer d’autres mécanismes compensatoires, accélérant toujours plus la faillite du système. 

Expliquons cela en détail pour plus de clarté en prenant un exemple : en pratique, vous savez maintenant qu’il faut toujours plus d’énergie pour extraire une quantité constante de métaux et toujours plus de métaux pour extraire une quantité constante d’énergie. Tant que l’on a accès à une énergie abondante et facile d’extraction, tout se passe bien et on peut alimenter le système en métaux et en énergie, mais si l’on commence à subir une contrainte énergétique, cette boucle se transforme en un cercle vicieux. Or, comme je l’ai dit dans la partie 1, nous avons entamé (ou nous allons d’ici peu entamer) une phase de décrue énergétique qui va transformer cette boucle en cercle vicieux. De plus, les métaux et les énergies fossiles alimentent de très nombreux mécanismes compensatoires dont voici une liste non exhaustive : 

  • l’augmentation annuelle du PIB mondial, 
  • le transport et la production massive d’engrais jusqu’aux surfaces agricoles et l’épandage de pesticides pour maintenir les rendements agricoles, 
  • les diverses techniques de maintien de l’accès à l’eau douce pour les populations, l’agriculture, l’extraction minière, les centrales à fission nucléaire, 
  • la construction de machines pour maintenir la productivité très élevée dans les secteurs agricoles, industriels et les services, 
  • la construction de dispositifs accessoires de recueil des énergies renouvelables telles que éoliennes, panneaux solaires, 
  • la construction de nouvelles centrales électriques (fission nucléraire, gaz « naturel », charbon), etc…. 

Tous ces mécanismes compensatoires vont donc péricliter, provoquant de nouvelles rétroactions toxiques : 

  • la décroissance économique va ainsi provoquer des troubles sociaux qui vont rétroagir sur l’extraction minière, les transports des matières premières, 
  • la baisse des rendements agricoles va faire de même, 
  • les difficulté d’approvisionnement en eau vont rétroagir sur les rendements agricoles et l’extraction minière mais aussi sur la production électrique qui elle va rétroagir sur les communication via Internet qui risque un dysfonctionnement majeur, voir un « shut-down », qui lui va rétroagir sur l’ensemble du système, mécanismes compensatoires inclus, 
  • la baisse de productivité faute d’approvisionnement en machines va aussi rétroagir sur tous les mécanismes compensatoires, 
  • et, pour finir, le retentissement sur la fabrication de centrales, d’éoliennes et de panneaux solaires va accélérer la décrue énergétique. 

En bref, avec cet exemple on peut voir qu’un simple cercle vicieux va être à l’origine d’un phénomène de contagion, d’amplification et d’accélération aboutissant à une réaction en chaîne s’intensifiant jusqu’à effondrement complet du système. Dernière chose, il est important de saisir qu’il ne s’agit certainement pas de la seule boucle intérieure au système susceptible de se transformer en cercle vicieux dès lors qu’elle ne sera plus alimentée correctement en énergie.

Maintenant que l’on a conclu qu’il était vraisemblable que le système allait être victime d’une dégradation subite et profonde, il reste à déterminer ce que l’on entend par « subite » et par « profonde ». Et c’est là que les choses se compliquent… Forcément, vu que personne n’a l’expérience qui permettrait d’appréhender par l’approximation un « shut-down » d’un système de « civilisation globalisée » puisque ce n’est jamais arrivé par le passé… De telles prédictions se révèleront ainsi quelque peu hasardeuses et ceux qui s’y risquent publiquement sont de fait très rares. On peut citer Yves Cochet, chercheur et ex-ministre de l’environnement, qui étudie depuis bien plus longtemps que moi le risque d’effondrement de notre société globalisée. Il est lui aussi certain de l’inéluctabilité et de l’imminence de ce phénomène et il assure qu’il sera survenu dans les quinze ans à venir. Il semble aussi estimer qu’il s’étalera sur plusieurs années d’après les connaissances qui sont les siennes. 

À titre personnel, je suis moins optimiste, comme vous l’avez peut-être déjà compris, et j’évaluerai un délai de survenue de ce « shut-down) dans une fourchette de temps s’étalant de quelques semaines à dix ans au grand maximum. Et pour ce qui est de la durée du phénomène en lui-même, il me semble raisonnable de tabler sur un intervalle de quelques semaines à un an.

Le côté « subit » ayant été abordé, passons maintenant au concept de « profondeur » de l’effondrement. Cette notion reflète plutôt le niveau de vie auquel on pourrait s’attendre une fois le processus d’effondrement terminé. Là encore, les prédictions sont tout autant livrées à l’intuition de celui qui les fait et elles ont donc de grandes chances d’être prises en défaut. Le même Yves Cochet estime le niveau de vie moyen attendu entre celui de l’ère préindustrielle et celui des mérovingiens, et je me range à son opinion selon le rationnel suivant : on peut, d’une part, difficilement espérer mieux que l’ère préindustrielle vu l’inaccessibilité attendue des énergies fossiles avec le niveau technologique qui sera devenu le nôtre ; d’autre part, la perte du savoir-faire de cette époque et les chutes de rendements agricoles qui déstabiliseront terriblement le tissu social feront qu’il faudra s’attendre à descendre largement en dessous de ce niveau-là.

Avant de poursuivre, je tiens à rappeler que ces pronostics ne concernent que notre société globalisée. Ceci fait, je peux essayer maintenant de m’atteler à la question sur une échelle plus locale.

À l’échelle locale :

La réflexion sur les modalités de l’effondrement à l’échelle mondiale a beau être importante, l’impact que cela serait susceptible d’avoir en pratique pour les gens reste flou. La question se pose donc de savoir s’il est possible de raisonner à un niveau plus local pour voir à quel point on serait en mesure d’anticiper les choses avec plus de précision. Une fois que le système globalisé se sera totalement délité, il y a fort à parier qu’il restera des sous-systèmes locaux dont certains vont poursuivre leur dégradation plus ou moins vite après l’effondrement globalisé pendant que d’autres vont se stabiliser temporairement à un niveau plus ou moins élevé. En effet, le système a beau être très interdépendant et très interconnecté, il est certain que la vitesse et l’intensité avec laquelle les divers états vont finir de s’effondrer va être très hétérogène. Et on peut supposer selon moi et selon d’autres auteurs que cela sera fonction des conditions locales et du niveau de dépendance de ces sous-systèmes locaux au système globalisé.

De manière intuitive, il apparait logique de faire l’hypothèse suivante : plus un état va être dépendant du reste de la civilisation globalisée à laquelle il appartient et plus l’effondrement qu’il va subir aura des chances d’être rapide et profond ; inversement, moins il sera dépendant et connecté au reste du système, plus l’effondrement sera lent et atténué.

Cette première hypothèse pose donc une autre question : que signifie « être dépendant du reste de la civilisation globalisée » ? On pourrait définir une telle chose assez simplement en disant que c’est le fait de ne pouvoir assurer le fonctionnement et la sécurité d’une société sans utiliser des ressources naturelles venant de l’extérieur ou sans les faire transformer à l’extérieur du territoire occupé par cette société. En effet, ce me semble bien être le territoire occupé qui compte et non la nationalité de telle ou telle entreprise, parce que, primo, en cas d’effondrement globalisé, il serait facile de nationaliser une entreprise étrangère jugée vitale pour le fonctionnement d’un état, et deuxio, parce que les gens qui y travaillent et qui permettent à l’entreprise de fonctionner vivent sur le territoire pour l’immense majorité d’entre eux.

Une fois que l’on a définit cela, on peut essayer de rentrer dans le détail et pour cela nous allons prendre l’exemple de la France. Tout d’abord, intéressons-nous à la production de denrées alimentaires. Certes nous sommes exportateurs nets de ces dernières mais l’immense majorité de cette production repose sur l’agriculture intensive qui, elle, est totalement dépendante des machines et des énergies fossiles (pétrole et gaz dans le cas présent). Le système de distribution de ces denrées est lui-aussi totalement assujetti aux énergies fossiles (pétrole). Autrement dit, si l’on retire d’un coup ces dernières en raison d’un effondrement de la civilisation globalisée, les rendements agricoles s’effondrent brutalement, sans espoir de remonter avant plusieurs années au moins. De même, le système d’acheminement sous sa forme actuelle s’arrête sans aucun espoir de trouver en urgence un substitut aussi efficace que l’essence.

Bon, avouons-le, ça ne part pas très bien pour nous en terme de dépendance de la France à notre civilisation globalisée et on pourrait dores et déjà s’arrêter là en prédisant que notre pays va faire partie de ceux qui vont reculer le plus vite et le plus profondément au cour de ce processus. Mais continuons en ignorant les conséquence de ce premier point pour pousser le raisonnement jusqu’au bout. 

Concernant l’approvisionnement en eau douce, c’est un peu mieux puisque la France est sillonnée de cours d’eau de tailles diverses et variées et parce que nous sommes plutôt bien pourvus en nappes phréatiques. En revanche, l’approvisionnement de la population en eau douce et jugée « potable » repose en grande partie sur un réseau de distribution nécessitant de l’électricité. Et l’électricité est produite en France en grande majorité par le biais des centrales à fission nucléaire. L’absence de retentissement sur cet approvisionnement en eau douce serait donc conditionné par le maintien de la production électrique en France. Or, dans notre pays, la totalité de l’uranium naturel est importé (Niger, Canada, Australie, Kazakhstan) et nos besoins s’élèvent à 8000-9000 tonnes par an… et pas juste à quelques grammes… Nous voici donc totalement dépendants du système globalisé pour notre manière de nous approvisionner en eau douce également…

Passons ensuite aux ressources géologiques et autant l’annoncer dès maintenant, c’est la catastrophe. Presque toutes les mines de métaux sont fermées à part quelques mines de bauxite dans le sud-est, nous exploitons quelques mines de sel en Lorraine, un peu de gaz dans le sud-ouest, un peu de pétrole dans le bassin parisien (1% de la consommation annuelle) et toutes les mines de charbon et d’uranium sont fermées. Les ressources géologiques sont donc quasiment toutes importées à l’heure actuelle…

Si nous avions des matières premières en abondance sur notre sol, il resterait le problème de la capacité de notre outil industriel qui est non seulement très dépendant des énergies fossiles et de l’électricité pour fonctionner, mais qui de plus est insuffisant pour fournir tous les produits transformés que nous consommons actuellement. Là-aussi, nous dépendons fortement des importations pour les produits finis ou semi-finis.

Sur le plan énergétique, comme nous dépendons des énergies fossiles pour plus de la moitié de nos besoins, que l’autre gros morceau dépend de l’uranium et qu’il nous reste qu’une faible partie de l’électricité qui est produite à l’aide des barrages hydro-électriques et un peu grâce aux éoliennes, nous pouvons estimer être de ce côté-ci en état de très grande dépendance également.

Si l’on fait maintenant le point sur notre état de dépendance au système globalisé, on peut voir que nous avons une dépendance totale et que cela n’augure pas du meilleur pour la suite. 

Toutefois, il doit pouvoir exister des facteurs qui viendraient atténuer les effets de ces diverses dépendances. Et inversement, on peut concevoir qu’il puisse aussi y avoir des facteurs aggravants. Autrement dit, certaines caractéristiques des systèmes locaux pourraient être susceptibles de jouer le rôle « d’amortisseurs d’effondrement », et d’autres, celui « d’accélérateurs ».

Ainsi, tout ce qui permet par exemple un contrôle efficace des masses populaires devrait jouer le rôle d’amortisseur. C’est pour cette raison que les états dotés d’un système politique totalitaire et d’un système religieux de contrôle des masses (autrement dit, surtout celui des religions monothéistes) auront vraisemblablement un avantage par rapport aux autres. En revanche, ceux qui détiennent une ou plusieurs ressources vitales, non détenues par un de leur voisin, risqueront de subir des tentatives d’invasion, pour peu que le voisin en question soit suffisamment peu atteint pour se lancer dans ce genre d’entreprise. Une armée puissante et fonctionnelle sera alors un facteur protecteur venant contrebalancer ce risque, même si peu de pays seront en mesure de conserver une telle entité, vu les niveaux de dépendance des armées modernes aux énergies fossiles et aux métaux. La même armée, par le biais de la répression des troubles sociaux par la force, devrait aussi jouer un rôle « amortisseur ». Enfin, La possession de l’arme atomique, qu’elle soit d’ailleurs utilisable ou non, se révèlera possiblement un facteur protecteur vis-à-vis du risque d’invasion par un voisin envieux.

Continuons de raisonner sur l’état français pour voir s’il s’en sort mieux avec ces quelques paramètres. 

  • Le régime politique, tout d’abord, possède une base démocratique et on pourrait penser à première vue qu’il risque donc constituer une faiblesse dans cette situation. Mais si l’on y regarde de plus près, la constitution permet de transformer l’état français en un état policier avec une concentration absolue des pouvoirs dans les mains du président de la république. C’est d’ailleurs ce qu’il se passe logiquement depuis plusieurs années de manière insidieuse et il y a fort à parier que ce phénomène va se poursuivre jusqu’à se compléter dans les années à venir. Finalement, compte-tenu de la possibilité de rendre le régime facilement dictatorial en France, cet « amortisseur » à effondrement pourrait bien parvenir à se mettre en place. 
  • Ensuite, concernant le système religieux, si l’on suit le modèle proposé plus haut, la population athée est prédominante ce qui n’encourage pas le contrôle des masses populaires par les élites en place. De plus, il existe une forte implantation des trois religions monothéistes sur un même territoire et je fais l’hypothèse vraisemblable qu’en situation de choc distributif, cette situation soit un lourd facteur de déstabilisation du système étatique par le biais de violentes guerre civiles. 
  • Force est de constater que le territoire français recèle peu de trésors géologiques qui soient susceptibles d’attiser la convoitise d’un voisin encore capable de l’envahir. Toutefois, ses terres arables et son abondance en eau douce pourraient se révéler attrayantes si certains de ces voisins se trouvent à subir des assauts un peu trop violent du dérèglement climatique… La part d’incertitude dans ce domaine est énorme.
  • Il y a très peu de chance (aucune chance ?) pour que l’état français soit en mesure de maintenir une armée fonctionnelle pour défendre son territoire des agressions extérieures, compte-tenu de sa dépendance aux énergies fossiles. Toutefois, les chances pour que ses voisins immédiats fassent mieux sont également très maigres… Une déstabilisation par le biais d’une menace extérieure semble ainsi très peu vraisemblable dans un premier temps. Le véritable problème viendra plutôt du fait que l’armée ne sera pas en mesure de jouer son rôle « d’amortisseur » face aux menaces intérieures signalées précédemment (guerres civiles).
  • La possession de l’arme atomique n’aura quasiment aucun impact, compte-tenu des très faibles chances de voir l’état français persister d’une part, et en l’absence de voisins capables d’entreprendre une invasion d’autre part.

Le constat est dur, mais selon moi, réaliste : la France ne sera pas du tout armée pour se stabiliser à un niveau plus élevé que la moyenne mondiale après l’effondrement globalisé et on peut parier sur le fait que, elle comme la plupart de ses voisins immédiats, subiront plutôt un effondrement sociétal total et très rapide.

Maintenant, si je devais pronostiquer un état qui serait parmi les plus résistants aux conséquences de l’effondrement de la civilisation globalisée, en me fiant à cette « grille de lecture », je placerais la Russie parmi ceux du peloton de tête. Elle est certes interconnectée au système globalisé mais elle dispose d’une biocapacité qui excède largement son empreinte écologique (cf bibliographie et partie 2), elle dispose encore d’énergies fossiles et d’uranium en quantité importante. Comme elle dispose de ressources géologiques colossales et d’un secteur minier actif, elle pourrait être en mesure d’assurer une autonomie sur ce point. Son secteur sidérurgique est très peu technologique car hérité de l’époque soviétique, ce qui est actuellement un handicap mais qui sera alors possiblement un avantage conséquent. De même, elle possède des industries de transformation des produits semi-finis qui pourraient être recyclés à des fins différentes de leurs actuelles activités.

On peut donc constater que la Russie est peu dépendante du système globalisé et qu’elle a d’ailleurs tout fait pour cela depuis des décennies… Toutefois, l’effondrement de ce dernier lui porterait quand même un coup dont elle ne se relèverait peut-être pas si elle ne disposait pas de tous les « amortisseurs d’effondrement » sus-cités, à savoir : un régime politique autoritaire, un système religieux très homogène et populaire issu des religions monothéistes, une armée puissante dont on peut penser qu’elle restera fonctionnelle et fidèle au régime tant qu’un homme comme Vladimir Poutine sera à sa tête, et enfin la possession de l’arme atomique.

Attention, n’allez pas vous imaginer que je suis en train de dire que la Russie serait donc susceptible de rester à son niveau de vie et à son niveau technologique actuels, ce n’est absolument pas ce que je pense. Mais je la crois capable de se stabiliser à un niveau bien plus élevé que le reste du monde après l’effondrement de notre civilisation globalisée car elle-seule cumule tous les facteurs qui lui permettraient une telle chose.

De même, il y a fort à parier qu’un pays dont une grande partie de la population est rurale et dont l’agriculture reste traditionnelle et très peu mécanisée, le tout dans un pays qui pèse peu sur la scène mondiale, pauvre en ressources attractives, peu industrialisé, important peu de matières premières et peu de produits finis, verra toutes les conditions réunies pour ne ressentir que très faiblement l’effondrement du système globalisé.

Bien que ces prédictions relèvent de l’approximation et qu’elles proviennent d’une démarche essentiellement intuitive, faute de mieux pour l’instant (et cela restera probablement le cas jusqu’à la fin), je les pense pertinentes pour offrir un modèle prévisionnel de sévérité des effondrements au niveau local.

Je ne serais d’ailleurs pas surpris qu’un tel modèle prévisionnel existe déjà sous une forme très proche chez de nombreux auteurs que je n’ai pas encore eu l’occasion de lire…

Les questions du « Où ? Quand ? Comment ? » étant maintenant traitées, je m’attaquerai la prochaine fois aux implications psychologiques, morales, économiques, politiques, écologiques et sociales que de tels constats entraînent sur nous et nos sociétés.

Bibliographie : 

  • Effondrement de la biosphère : « Les limites à la croissance » D. Meadows et al (2004). « Empreinte écologique et biocapacité » M. Wackernagel. « Comment tout peut s’effondrer » P. Servigne et R. Stevens.
  • « Dérive » climatique : 5ème rapport du GIEC. Confirmé par le 6ème même si je ne l’ai pas encore lu… Cours à l’école des mines et conférences de J. M. Jancovici sur « Énergie et climat »
  • Baisse des stocks de matières premières et d’énergies fossiles : « Dormez tranquilles jusqu’en 2100 » J. M. Jancovici. « L’âge des Low-techs » P. Bihouix. « Les limites à la croissance » D. Meadows et al (2004). « Effondrement » J. Diamond. « Comment tout peut s’effondrer » P. Servigne et R. Stevens.
  • Dépendance du système globalisé à la croissance : « Comment tout peut s’effondrer » P. Servigne et R. Stevens.
  • Dépendance de la croissance à la disponibilité des énergies fossiles et notamment du pétrole : Cours à l’école des mines et conférences de J. M. Jancovici sur « Énergie et climat »
  • Dynamique des systèmes complexes : « Comment tout peut s’effondrer » P. Servigne et R. Stevens. Conférences de V. Mignerot.
  • Interaction entre extraction des métaux et énergie : « L’âge des Low-techs » P. Bihouix.
  • Quelques notions sur la réflexion à l’échelle locale : Interviews d’Y. Cochet.
  • Dépendance de l’agriculture intensive aux énergies fossiles : « Comment tout peut s’effondrer » P. Servigne et R. Stevens. « Dormez tranquilles jusqu’en 2100 » J. M. Jancovici. « Les limites à la croissance » D. Meadows et al (2004).
  • Secteur minier en France : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mine_en_France
  • Dépendance de la France aux énergies fossiles : Conférences sur YouTube de M. Auzanneau. Cours à l’école des mines et conférences de J. M. Jancovici sur « Énergie et climat ».  
  • Économie de la Russie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Économie_de_la_Russie

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