Inceste et syndrome de Stockholm.

Le syndrome de Stockholm peut affecter des otages mais aussi diverses autres sortes de victimes. Par exemple des enfants soumis à une autorité parentale dévoyée ou despotique. L'inceste, l'abus, le viol ne sont pas loin.

S'ils vivent assez longtemps avec leurs geôliers, des otages peuvent développer vis-à-vis de ceux-ci des sentiments mêlés d'attachement, de dépendance, d'empathie, de soumission, d'admiration, de vénération. Ce phénomène psychologique, appelé syndrome de Stockholm, repose sur des mécanismes complexes parmi lesquels la force de l'habitude (où il peut entrer une forme de paresse), l'instinct de survie, l'identification de la victime à son  bourreau, une forme de faiblesse. La victime apeurée tente, lâchement peut-être, de se protéger en évitant l'angoisse que générerait la confrontation.

Ce syndrome peut aussi affecter des victimes sans qu'elles soient forcément séquestrées, par exemple des enfants soumis à une autorité parentale dévoyée ou despotique. L'enfant, incapable de vivre sans aimer, victime d'une domination abusive, se soumet, coopère, cherche à séduire son bourreau, à attirer sa sympathie. L'enfant, victime innocente, faible et apeurée, peut aussi tenter d'échapper au sentiment de culpabilité que lui procurerait le fait de haïr son bourreau-géniteur dont il dépend entièrement. Ce bourreau peut être le père, la mère, le parâtre, la marâtre de l'enfant, voire deux d'entre eux à la fois. L'enfant a rarement la force d'un adulte.

Un phénomène similaire peut s'observer dans la relation entre le citoyen d'un régime despotique et son dictateur. L'amour ou la vénération permettent d'éviter que la relation évolue vers un conflit ou un affrontement desquels le citoyen pense qu'il sortirait perdant.

Notre histoire familiale, notamment l'inceste dont notre sœur cadette fut victime dans son adolescence, illustre bien ce phénomène psychique d'adaptation à une situation traumatique: https://blogs.mediapart.fr/wawa/blog/300121/aux-origines-dun-inceste

On pense à cette citation de Marcel Proust: "Le mal seul fait remarquer et apprendre et permet de décomposer les mécanismes que sans cela on ne connaîtrait pas". On pense aussi à ce vieux proverbe "Le courage croît en osant et la peur en hésitant" et, par opposition, à cette maxime de François de La Rochefoucauld: "La paresse usurpe sur tous les desseins et sur toutes les actions de la vie; elle y détruit et y consume insensiblement les passions et les vertus".

There is none so deaf as he who will nohear.

No hay peor sordo que el que no quiere oír.

Non c'è peggior sordo di chi non vuol sentire.

Il n'y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

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