Aux origines d'un inceste?

En 1980, Patricia, la cadette de notre fratrie, âgée de 17 ans, fut victime d'un inceste de la part de Max, notre "parâtre". "Si c'était à refaire, je porterais plainte contre lui" dit Patricia aujourd'hui. Mais Max, l'incestueux "parâtre", est mort en 2010. Il est donc trop tard pour soumettre le cas de Max à la justice humaine.

A l'époque de nos naissances, les pères déclaraient seuls leurs enfants à la mairie. Les employés de l'état civil devaient être patients et attentifs car la liste des prénoms était parfois longue, et même très longue, mêlant allègrement masculin et féminin. Par exemple, notre grande tante Marie-Thérèse, née en 1919, s'appelait en réalité Marie-Thérèse, Antoinette, Anne, Michelle, Marguerite, Jeanne, Joseph, Gérard.

Le père choisissait parfois des prénoms qui n'étaient pas du goût de la mère. Par exemple, notre père Joseph, dit José, né en 1932, souhaitait que son fils aîné s'appelât Joseph, comme lui-même était fils aîné de Joseph, né en 1901, lui-même fils aîné de Joseph, né en 1875, lui-même fils aîné de Joseph, né en 1852. Mieux encore il a voulu que Joseph figure dans la liste des prénoms de tous les enfants qu'il eut de notre mère Mariette. Notre mère n'était pas d'accord avec cela, mais elle n'eut pas le dernier mot, sauf, apparemment, pour la cadette.

José et Mariette étaient âgés de 23 ans et 24 ans en juin 1955 quand leur aînée, Myriam est née, à Tourcoing. Notre mère aurait aimé que Myriam s'appelât Marielle. Notre père préféra choisir Myriam, en y ajoutant Joseph (le prénom du parrain, le grand-père paternel), puis ceux de la marraine (Ghislaine, notre grand-mère maternelle, née 53 ans plus tôt) et de son époux (Ferdinand notre grand-père maternel, né 59 ans plus tôt). Ce prénom "trans-genre" Myriam, Joseph, Ghislaine, Ferdinand, devait plus tard lui causer divers tracas: par exemple à l'occasion d'un renouvellement de carte d'identité remplacer Joseph par Josèphe et Ferdinand par Ferdinande peut sembler naturel à un employé de préfecture, mais cela peut "pourrir la vie" de l'intéressée.

La seconde fut Béatrice, née en 1956, et morte quelques jours après sa naissance. Elle est enterrée au cimetière de Tourcoing. Nous ignorons la liste de tous ses prénoms.

Puis ce fut Sylvie, née en novembre 1958, à Tourcoing. Notre mère aurait aimé qu'elle s'appelât Sophie. Notre père préféra choisir Sylvie, Marie, Joseph. Les ajouts (Marie et Joseph) représentent notre mère (Mariette) et notre père. Myriam, alors âgée de plus de 3 ans n'a gardé aucun souvenir de Sylvie bébé mais elle a entendu dire qu'elle voulait souvent jouer avec le bébé, la saisir un peu maladroitement, et surtout brusquement, car elle était, paraît-il, très brusque.

Le quatrième enfant fut Joseph, né en 1961, à Tourcoing. Notre mère avait insisté pour que ce soit Christophe. Notre père se décida pour Joseph-Christophe, Philippe, Marie, Sabine. Il n'osa apparemment pas supprimer Christophe en 1961, comme il avait supprimé Marielle en 1955, puis Sophie en 1958. Est-ce le signe qu'il avait retenu la leçon qu'avait dû lui faire notre mère de ses précédentes initiatives? Philippe est le prénom du parrain, l'unique frère vivant de notre père. Marie représente notre mère et Sabine la marraine (épouse du frère aîné de notre mère). De manière définitive, Mariette refusa d'appeler Joseph autrement que Christophe. Dans la famille, personne, pas même José, ne l'appela jamais Joseph. Myriam se souvient que notre grand-père paternel fut le seul à l'appeler Joseph-Christophe, dans sa toute petite enfance. Myriam alors âgée de 8 ans se souvient très bien du jour de la naissance de Joseph-Christophe: la directrice de son école vint lui annoncer cette naissance, dont elle fut joyeuse.

Que se passait-il donc dans la tête de notre père pour qu'il décide seul des prénoms Myriam, puis Sylvie, puis Joseph? En tous cas Myriam préfère son prénom à Marielle, Sylvie préfère son prénom à Sophie et Joseph préfère son premier prénom Joseph à son second prénom Christophe. En fin de compte, notre père fut donc meilleur, dans le choix de nos premiers prénoms à tous les trois, que notre mère. Et donc, contrairement à ce que nous en disait parfois notre mère dans notre enfance, cela ne tournait pas si mal que cela dans la tête de notre père.

La cadette Patricia, est née en 1963, à Tourcoing elle aussi. Étrangement, elle est la seule à ne pas avoir Joseph parmi ses prénoms Patricia, Marie, Thérèse. Marie représente notre mère. Thérèse est le prénom de la marraine, la sœur unique de notre père. Patricia est née à un moment difficile dans la vie de couple des parents. C'était l'époque où Mariette travaillait à Valenciennes trois jours par semaine et elle n'avait pas toujours le temps de se consacrer à ce bébé. José en revanche prenait plaisir à s'occuper du bébé. De là, peut-être, est né un attachement de Patricia pour José plus fort que l'attachement que Patricia ressentait pour Mariette. C'est aussi cela, peut-être, qui poussera Patricia à aller vivre quelques temps avec José quand nos parents se séparèrent, puis divorcèrent, au tout-début des années 1970.

Des années plus tard, Patricia et Mariette vécurent en voisines pendant quelques années, à Saint-Cyr-sur-Loire. Mariette eut alors l'occasion d'apprécier la compagnie de Patricia, mais ce temps ne dura pas puisque Patricia se maria et partit vivre en Savoie. Avec le temps, le détachement s'aggravera progressivement. Pourquoi cela? Est-ce parce que Mariette et Patricia furent des bébés moins désirés de leur mère que le furent leurs sœurs et frères aînés? Seraient-elles nées si la contraception avait été pratiquée à l'époque de leurs conceptions? Quand l'occasion se présenta, Mariette a confié à Sylvie et à Patricia qu'elle s'était fait avorter, comme elles. En tous cas Patricia estime que son détachement pour Mariette, qui est arrivé progressivement, a débuté pendant la cohabitation que notre mère nous imposa avec Max, à partir de la fin de l’année 1976 quand nous partîmes tous vivre en Bretagne, sauf Myriam qui s’était mariée peu de temps avant et sauf Joseph-Christophe qui termina les six mois de son année scolaire en pension au collège d’Estaimpuis, en Belgique, et qui était hébergé les samedis et les dimanches chez nos grands maternels, à Roubaix.

C'est pendant cette triste période de cohabitation forcée, d'abord en Bretagne, puis en Touraine, que nous fumes maltraités par Max, jusqu'à l'inceste pour notre sœur cadette. De manière un peu prémonitoire, notre grand-père maternel, qui a tenu un journal intime, pendant toute sa vie (que nous avons découvert après sa mort, survenue en 1987), avait écrit, entre autres, ces quelques phrases:

  • 30 août 1974: "Mariette vient présenter son ami Max. Je ne fais aucun commentaire, mais je doute que l'entente dure, car il ne veut pas se divorcer".

  • 24 mars 1975: "Max et Mariette vivent maritalement depuis une année. Ghislaine a été la première à l'accepter. Moi je reste toujours froid. Que réserve l'avenir quand c'est surtout le sexe qui domine leur entente?".

Max désirait notre mère (Mariette), ce qui était son affaire, et la-sienne, mais il désirait aussi ses trois filles (Myriam, Sylvie et Patricia), ce qui était criminel. Bien que Max soit seul coupable du crime d'avoir abusé sexuellement d'une mineure placée sous son autorité de "parâtre", la complicité de notre mère ne peut pas être écartée.

Notre récit se poursuit ici: https://blogs.mediapart.fr/wawa/blog/040221/linceste-de-max-ne-en-1924-contre-patricia-nee-en-1963

Festen (discours de Snoot au dîner de famille): https://www.youtube.com/watch?v=_QiKyFXuvVw&feature=share&fbclid=IwAR32yjlLF8E3ATxOY1BLThwkXWTnGxeJuypsk_QTUbCnJOGHsuGsfwn5AVI





 

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