Non, Mdpt ! Macron ne gagnera pas, même à la Pyrrhus : Sortir du défaitisme éclairé !

Suite à l'article de Mediapart : "La réforme des retraites a été une déroute intellectuelle pour l’exécutif", Sortons des horizons obstrués marqués par le défaitisme éclairé ! Macron a perdu la manche idéologique mais son tour de force n'a pas vocation à réussir. C'est l'intelligence et la mémoire collective qui rentrent en jeu à condition d'anticiper la séquence qui s'annonce.

Macron n'a pas gagné si nous comprenons la séquence politique qu'il va chercher à nous imposer.

 

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Oui, le macronisme a perdu sa séquence "pédagogie" mais le moment Tatcherien, n'a pas à se répéter continuellement.

Pour celles et ceux qui n'ont pas lu l'article c'est ici. D'un côté l'article synthétise les débats publics perdus par le gouvernement sur la "réforme" des retraites depuis plusieurs mois et c'est pas rien. Lorsque la macronerie nous met sans arrêt le nez dans le guidon en nous contraignant à réagir à bout d'indignation successifs à ses calomnies, violences (problème de l'immédiateté et de l'actualisme médiatique) on a du mal à voir le chemin parcouru et les victoires successives. En tout cas, la macronerie a perdu sur le plan des idées et on peut s'en réjouir.

De l'autre, l'auteur  de l'article est défaitiste par rapport au mouvement social et acte que la "réforme" passera (les lecteur.trices avisés comprendront "en force", à la Thatcher) :

"A première vue, la messe est dite. Le mouvement social s’est fracassé sur l’intransigeance du gouvernement. Le projet de réforme des retraites sera sans doute adopté. Emmanuel Macron aura donc gagné son pari, celui de résister à la contestation pour imposer une des réformes les plus néolibérales que la France ait connues."

La réforme des retraites a été une déroute intellectuelle pour l’exécutif, 30 janvier 2020, Romaric Godin, Mediapart.

La vision d'une victoire de Macron à la Pyrrhus apparaît en filigrane. Il perdrait tout sur son passage : troupes, soutiens, légitimité, crédibilité et possibilité de se représenter en 2022... mais gagnerait la séquence. Et au final cette victoire porterait ses fruits, dans un horizon de moyen-long terme, par une sorte de légitimité auto-proclamée. On le sait, un président néo-libéral "démocratique" au nom d'un postulat un peu étrange a vocation a faire des réformes impopulaires, en condamnant les expression démocratiques d'un peuple. On renverra à la notion de "haine de la démocratie" bien exposée par Rancière. 

Oui, "marquer les esprits", savoir la défaite possible, mais croire à la victoire !

C'est revenu plusieurs fois, il faut "marquer les esprits", avec toutefois une ambivalence : marquer pour vaincre mais aussi pour mieux "échouer". En somme : constituer une mémoire des luttes avant une possible défaite. Cela s'entend, la défaite sera proclamée médiatiquement par la presse bourgeoise, mais il faudra rappeler par un travail d'éducation populaire toutes les victoires qui ont ponctué le mouvent et constituent une somme de savoirs politiques, d'actions collectives, d'esprit critique et de stratégie de mobilisation.

Mais si la possibilité de la défaite existe, s'il ne s'agit pas d'un côté de la sous-estimer, ou de déprécier par sa possibilité la valeur des luttes actuelles, rien ne suggère qu'elle arrive de manière irrémédiable.

En tout cas Mediapart, au delà de ce que j'appellerais une sorte de "défaitisme éclairé" reste à mon sens, très axé sur les institutions "démocratiques", ses "rendez-vous" électoraux et ses temporalités. Je ne sais pas si on peut savoir quoi que ça soit sur l'évolution d'un mouvement dans quelques mois, tellement les lignes ont tendance à bouger vite, notamment des "barrières infranchissables" qui nous étaient vendues il y a quelques temps. Il faut tâcher d'analyser ce qu'il se déroule et continuer à se battre en anticipant ce que le gouvernement prévoit comme contre-attaque. Séquence, Acteurs, Discours, Rapports de forces, Langages, Controverses, Savoirs, Déplacements de lignes etc...

La séquence "participative" à venir : « Je ressoude, et dès que c’est consolidé je réattaque »

A la vue de ce qu'il s'est passé depuis 1 ans et demi, on peut supposer que le "maître des horloges" va tenter de nous faire assister à une séquence "participative" avec la "conférence de financement" pour faire oublier la précédente séquence "plus répressive".
La presse bourgeoise s'efforcera à grand coup de couverture médiatique de retransmettre la "civilité" de "ces moments démocratiques" pour occulter les manifestations et les violences policières. Cette séquence a déjà été employée l'année dernière avec la succession du "Grand Débat" et des élections européennes. Il faudrait alors analyser à nouveau les tentatives de relégitimisation en tout cas le verdict de l'année dernière était cinglant : "57% des Français pensent que les conclusions du grand débat ne seront pas restituées en toute transparence" . Un grand débat parallèle a eu lieu et le mouvement des gilets jaunes en est même ressorti renforcé. 

La séquence qui s'ouvre aura sans doute ses nouveautés : les acteurs syndicaux et sans doute l'occasion au pouvoir de ressortir ses invectives anti-syndicales à coup de stéréotypes entre "réformistes" et "radicaux". C'est aussi le moment de ressortir cette technique contre-syndicale managériale : « négocier avec les réalistes, dialoguer avec les idéalistes, isoler les radicaux, avaler les opportunistes ». Macron a déjà théorisé sa propre stratégie ciment lors du "Grand débat" : « Je ressoude, et dès que c’est consolidé je réattaque », on pourrait dire ici : "après avoir attaqué je consolide". Faire semblant de lâcher du lest : admettre à demi-mots qu'il y a des violences policières, que sa méthode n'était pas la bonne voir peut être demander à ce que les policiers soient "moins violents". 

D'ailleurs il y a plusieurs indices la dessus : la séquence Macron-T shirt LBD d'Angoulème , le faisant passer pour un modéré par rapport aux réactions des syndicats de policiers pro-repression, Castaner "annonçant" la fin de l'"usage" de GLI-F4, en réalité en rupture de stock vu la cessation de production et remplacée aussitôt par la GM2L : On perd la TNT on gagne de l'Hexocire, mélange RDX-cire. Le RDX constitue 91% du C4 mais passons.

C'est toute la stratégie, souffler le chaud, le froid, puis le chaud. C'est à cette succession qu'il faut penser pour ne pas se laisser prendre au dépourvu, car si ces séquences politiques indépendamment échouent, la succession de celles çi, a pour but de créer une démoralisation, une désorientation. Nous connaissons les moyens de nous en prémunir, à savoir arrêter absolument d'écouter, de regarder, de lire, les médias de garde.

Face à la stratégie de l'usure tenir grâce à la mémoire et à l'intelligence collective.

L'article se plante sur plusieurs points. Macron n'a pas gagné et d'un autre côté la bataille des idées du mouvement d'opposition à la "réforme" n'est pas encore gagnée non plus. La stratégie de Macron fonctionne à l'usure, un flux continu de propagande, discrédit, réduction des contestations à des scènes d'"hystérie", de "haine" etc... ce que nombres d'articles de médiapart ont parfaitement mis en lumière.

Donc il ne faut pas lâcher sur tous les plans, continuer à dénoncer les violences policières, à soutenir les mobilisations, et gagner en intelligence collective (une excellente analyse du "libéralisme-autoritaire). 

N'oublions pas que Macron est illégitime, 61 % des français sont opposés à la "réforme" des retraites. Quand à son élection si elle est légale, (quoique la campagne n'a pas été exempte d'irrégularités) elle ne transpire pas la légitimité (Lordon : "la légitimité ne dure que ce que dure la reconnaissance. Et pas une seconde de plus. Si la croyance collective est détruite, la légitimité est détruite à son tour.").

Un Français sur trois a refusé de choisir entre Emmanuel Macron et Marine Lepen. 4 français sur 5 qui a voté Macron l'a fait non par adhésion à son programme ou à sa personnalité mais pour faire barrage à Marine Lepen. Le taux d'abstention aux présidentielles n'a jamais été aussi élevé depuis 1969 et le taux de vote blanc a franchi la barre historique des 10% ce qui fait qu'il a pour la première fois doublé. Notons également que le taux d'abstention aux élections parlementaires au premier et second tour n'a jamais été aussi élevé sous la Vème République avec une majorité absolue  allant jusqu'à 56% !

 

Voici ce qu'il y a avait à dire. Tout n'a pas été dit certes mais l'objet de ce post est d'ouvrir des portes et des perspectives et surtout s'y autoriser. Chacun.e fait partie du chantier.

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