Espérance de changement et répression antisyndicale au Mexique

Est-ce un mouvement de protestation comparable à ce qui se passe en France ? Au Mexique, un grand mouvement social porté par les enseignants s'étend à d'autres secteurs de la société. Il est suivi d'une répression féroce.

L'universitaire John Ackerman, figure du monde intellectuel mexicain, fait le bilan de la situation politique du Mexique dans La Jornada du 20 juin.

L'émergence d'un nouveau parti de centre gauche, MORENA, sorte de parti de "gauche radicale", suscite des espoirs depuis plusieurs mois. Le parti a été fondé par d'anciens membres du parti de gauche (PRD) en particulier par l'ancien candidat à la Présidentielle Andrés Manuel López Obrador (dit ALMO). Le PRD s'était finalement compromis dans la corruption et dans des alliances électorales douteuses. Parmi les figures de MORENA on trouve l'ethnologue et historien Héctor Díaz-Polanco dont j'avais publié sur ce blog l'article consacré au vénézuelien Leopoldo Lopez.

Ackerman relève une convergence entre MORENA et le mouvement des enseignants. Il y voit une réponse à l'arlésienne de la "transition démocratique" attendue depuis 1946. Jusqu'à présent, aucune agitation sociale n'a permis de remettre en cause la prééminence du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) et du parti de droite extrême (PAN). Le mouvement social serait aujourd'hui en mesure de rebattre les cartes. Le 12 juin, Ruben Nunez Gines, dirigeant syndical de la CNTE pour Oaxaca (Coordination nationale des travailleurs de l'Education) a été brutalement arrêté à Mexico à la sortie d'une réunion. Capturé par six hommes encagoulés et lourdement armés, il a été transféré à la prison de haute sécurité de Hermosillo (Sonora), une région désertique au nord du pays. En tout, 13 enseignants sont actuellement incarcérés.

Un grand mouvement de protestation est alors apparu, faisant converger les enseignants et la population de l'Etat de Oaxaca, dont les populations indigènes du sud. Des routes ont été bloquées. Les affrontements avec la police fédérale à Nochixtlán ont fait au moins huit morts. 22 manifestants sont portés disparus. Les télévisions libres du monde latino-américain ont diffusé les images et le bruit sourd des mitrailleuses de la police.

 

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La résistance d'Oaxaca a fait huit morts parmi les manifestants

 

Les manifestants réclament la libération des enseignants et l'abandon de la Réforme de l'éducation nationale qui vise à précariser les professeurs et à exercer un contrôle idéologique. Une manifestation  de 20 000 personnes a également eu lieu dans la ville de Mexico. Comme en France, des milliers de policiers ont été mobilisés, formant une barrière infranchissable face aux manifestants, pour les intimider "en violation de la constitution", rappelle Ackerman.

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Dimanche 26 juin au Paseo de la Reforma

 

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Offrande aux morts de Nochixtlán, Oaxaca, sur le Paseo

 

 Andrés Manuel López Obrador, le dirigeant du parti MORENA, a pris publiquement parti pour le combat des enseignants. MORENA organise ainsi aujourd'hui dimanche un grand rassemblement avec le mouvement des enseignants, affirmant que l'objectif de son parti n'est pas de gagner des sièges mais de changer profondément le pays.

Selon Ackerman, le président Peña Nieto n'a jamais pu asseoir son pouvoir et se trouve dans un rapport de forces particulièrement défavorable. MORENA s'appuie sur cette faiblesse du pouvoir pour espérer un renouveau en 2018.

 

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Suivre les manifestations : https://www.periscope.tv/basttet013 (rediffusions visibles sur l'application Periscope seulement)

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