Une France, Onze Présidents

Onze candidats ! Partout ailleurs, onze candidats formeraient une équipe. En politique, onze candidats et c’est la foire d’empoigne ; chacun doit utiliser tous les moyens pour éliminer l'autre comme dans la dernière émission de téléréalité de Donald Trump, « T’es viré ! »… et à la fin, c’est l’immense majorité des français qui se retrouve exclue de la sphère politique.

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Le 7 mai prochain, un des onze candidats sera élu Président de la République.

Quel qu’il soit, ce candidat fera l’unanimité… contre lui.

D’abord parce qu’il sera élu par une minorité. L’immense majorité des français en âge de voter n’aura pas voté pour lui… voire aura voté contre lui.

En dehors de l’accident Chirac/Le Pen en 2002, tous les présidents de la Vème république ont été élus par une minorité des inscrits : 45,25% des électeurs inscrits pour de Gaulle et jusqu’à 39,07% pour Hollande.

Ensuite parce que l’idée même de cette élection est basée sur la compétition, la divergence de points de vue. Il s’agit d’élire celui qui est différent des autres…et donc de mécontenter tous les autres.

Is it necessarily so?

Pourquoi participer à ce délire schizophrénique ? Pourquoi acter aujourd’hui le mécontentement certain de demain ?

Et si « une France apaisée » était autre chose qu’un slogan politique creux, vidé de son sens ?

In medio stat virtus

Un seul débat a vu non pas s’affronter mais discuter ensemble les onze candidats. Et il s’est passé un évènement incroyable : une convergence de vues a commencé à poindre entre certains candidats.

Grand débat présidentiel: Asselineau à Macron, "vous êtes toujours d'accord avec tout le monde" © 20Minutes

Emmanuel Macron s’est révélé d’accord avec tout le monde.

Mieux, il a confondu François Asselineau et Philippe Poutou. Pourtant il ne se trompait pas. François Asselineau, issu de la droite forte, était effectivement tombé d’accord avec Philippe Poutou, issu de la gauche révolutionnaire. En l’occurrence ici, les trois candidats remettaient en cause l’aide apportée par le gouvernement français aux politiques belliqueuses du Qatar et de l’Arabie Saoudite.

C’est un début ! Et pourquoi ne pas continuer ?

Pourquoi ne pas voter pour les onze candidats ? Ils veulent tous être présidents et chacun d’entre eux représentent une partie de l’opinion publique française.

Seul, aucun d’entre eux n’est légitime à diriger le pays. Ensemble, ils donnent une idée assez précise de la volonté du Peuple Français.

Chaque candidat a au minimum l’agrément d’un million de français (500 maires et quelques milliers de militants). Onze candidats, c’est donc potentiellement au départ onze millions de Français au pouvoir. C’est généralement in fine près de 80% des inscrits qui seraient appelés à diriger le pays.

Cacophonie ?

Que risquons-nous ? De les voir s’affronter en Conseil des ministres. Et alors ? C’est le principe même du débat. Le risque de violence est minimum.

Par contre si un seul est élu, les violences auront lieu dans la rue. Quel candidat peut garantir qu’aucun français ne se fera tuer lors d’une manifestation populaire contre sa politique ?

Combien de Malik Oussekine et de Rémi Fraisse devra-t-on déplorer dans le prochain quinquennat ?

L’élection présidentielle ne doit pas être cette chronique d’une mort annoncée... ni même de plusieurs.

Alors supposons un Directoire à 11 qui bénéficierait des compétences de chacun des candidats durant 5 ans :

  • Philippe Poutou serait la garantie que la catégorie socio-professionnelle des ouvriers soit pour une fois représentée au plus haut niveau de l’état. C’est tout de même le minimum démocratique lorsque l’on sait que les ouvriers représentent 25% du salariat. Si on ajoute aux ouvriers, les employés et les professions intermédiaires et c’est 80% des salariés français qui décideront enfin de l’utilisation des impôts qui sont prélevés sur leur salaire.
  • Nathalie Arthaud est agrégée d’économie. De tous les candidats, elle est celui qui possède le mieux tous les concepts macroéconomiques utiles à la décision politique. Or l’économie est au cœur de toutes nos décisions politiques.
  • Jacques Cheminade est franco-argentin. Enarque, licencié en droit, diplômé d’HEC, il a longtemps été rattaché à la Direction des Relations Economiques Extérieures au Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie. Il saura faire profiter ce gouvernement de ses compétences linguistiques et de son carnet d’adresses internationales pour mener une politique industrielle tournée vers l’avenir.
  • Jean Lassalle a été berger. Qui mieux que lui pour inspirer notre politique agricole, essentielle à notre bien-être et notre survie ? Il saura redonner espoir à nos agriculteurs dont nous avons tant besoin pour vivre.
  • François Asselineau a pour lui son érudition, sa grande connaissance des traités internationaux et sa longue expérience des cabinets ministériels. Comme Jacques Cheminade, il est énarque, diplômé d’HEC et au moins trilingue. Pourquoi se passer de ses compétences ?
  • Nicolas Dupont-Aignan est lui aussi énarque, licencié en droit et a une longue expérience des cabinets ministériels. Homme de toutes les alliances, il saura créer du lien au sein de ce gouvernement hétéroclite.
  • Emmanuel Macron a l’oreille des banquiers. Il parle leur langage. Et si un banquier est un mauvais maître, il reste un excellent serviteur. Nous aurons besoin de son entregent et de son intelligence en matière d’affaires économiques pour amadouer nos créanciers. Sa jeunesse assurera aussi une meilleure compréhension de cette partie de la population qui a tant à nous apprendre.
  • Il reste les 4 candidats politiques issus de partis idoines : Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon, François Fillon et Marine Le Pen. Si leurs compétences sont moins évidentes, ils permettent le lien avec cette vie politicienne qui rythme la France depuis 50 ans et, dont il semble, on ne sache se passer.

Avec un tel directoire, nul besoin de gouvernement et de sa pléthore d’incompétents choisis sur leur seule capacité à représenter… la représentation politique des français.

Il faut le savoir mais la composition d’un gouvernement n’a rien de démocratique. Il s’agit d’assurer un équilibre entre députés et sénateurs d’une part et entre les différents courants politiques du parti au pouvoir d’autre part. S’il assure aujourd’hui la parité grâce à la volonté socialiste, il ne peut jamais prétendre à la compétence quelle que soit sa couleur politique.

Un Directoire avec les onze candidats permet donc de réaliser une économie substantielle par la suppression du gouvernement et de sa quarantaine de ministres et secrétaires d’état.

Un tel Directoire aurait pour lui sa pluralité et sa compétence, véritable représentant de l’expression de la volonté populaire de la Nation.

Chaque décision serait l’objet d’un vote en Conseil des Directeurs. Et la majorité simple à un tour serait requise.

Le mandat des Directeurs serait unique et exclusif.

  • Exclusif, il interdit tout cumul de fonctions publique ou privée
  • Unique, il interdit toute réélection.

Leur rémunération serait identique pour chacun des onze directeurs et égale au double du salaire le plus haut de la fonction publique. Tout autre revenu acquis lors de la vie professionnelle du directeur serait déduit de l’indemnité. L’indemnité présidentielle a pour but de compenser la perte d’activités. Elle ne saurait permettre un enrichissement personnel au-delà de la raisonnable promotion sociale. Serait établi un congé sans solde pour mandat politique à l’intention des Directeurs qui seraient amenés à quitter leur travail pour exercer la fonction présidentielle.

Un Directoire donc plutôt qu’un Président censé incarner seul les frustrations de la majorité des français

Pour reprendre l’anaphore de Benoît Hamon lors du dernier débat présidentiel :

« Seul on va plus vite mais ensemble on ira plus loin »

Un message que l’on aimerait d’abord voir imposé aux candidats eux-mêmes !

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