Qui pour remplacer de Rugy ?

Souffrant d’indigestion alimentaire, François Henri Goullet de Rugy n’est plus en état d’assumer ses fonctions sereinement. L’urgence écologique suppose un ministre à temps complet. Seule, la difficulté à lui trouver un successeur permet au Ministre de la Transition Ecologique et Solidaire de se croire encore le numéro deux du gouvernement.

Nicolas Hulot a circonscrit le débat : Toute la difficulté de la fonction de ministre de la transition écologique réside dans sa crédibilité. Cette crédibilité naît de sa légitimité. Et en démocratie, toute légitimité vient du soutien populaire.

En direct sur Inter, Hulot annonce sa démission du gouvernement © Journal l'Humanité

François Henri Goullet de Rugy a perdu ce soutien populaire, si tant est qu’il ne l’ait jamais eu. Alors qu’il est à la tête du ministère le plus populaire, il se retrouve en queue de peloton des ministres les plus appréciés des français. Heureusement pour lui, Castaner est toujours ministre de l’intérieur.

L’écologie est par essence un sujet qui transcende les idéologies partisanes. C’est le sujet par excellence qui peut rassembler les français de toutes catégories socio-professionnelles et de tout horizon politique. Et en ces temps d’insurrection latente, de ras-le-bol généralisé, nous avons besoin de mettre en avant les points d’accord qui nous font vivre ensemble.

Nicolas Hulot avait su incarner cette cohérence. Son honnêteté l’a obligé à déclarer forfait. François Henri Goullet de Rugy a confirmé l’erreur de casting qui avait mené à sa nomination. Il est temps de revenir au cahier des charges de la fonction.

Le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire est un ministère technique. Son budget de 12, 166 milliards d'Euros pour encadrer 39 173 fonctionnaires suppose

  • une excellente connaissance des dossiers,
  • une connaissance et surtout une reconnaissance par les institutions françaises et étrangères qui comptent dans ce domaine
  • et évidemment une parfaite maîtrise au moins de l’anglais, langue de travail internationale.

Compte tenu de ces critères, il reste à Emmanuel Macron deux choix possibles, dilemme qu’il affectionne particulièrement :

Un choix progressiste ou un choix conservateur ?

S’il veut rester dans la continuité, le choix de Brune Poirson s’impose.

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Secrétaire d’Etat dans ce ministère, elle saura assurer la permanence de l’action gouvernementale.

Vice-présidente de l’Assemblée des Nations-Unies pour l’environnement, ayant travaillé en Angleterre, en Inde et aux Etats-Unis, elle représente certainement l’alternative gouvernementale française la plus crédible au niveau international.

Née aux Etats-Unis, et possédant la nationalité américaine, Brune Poirson est diplômée de la fameuse London School of Economics, sa maîtrise de la langue de Shakespeare n’est plus à démontrer. Dans un milieu qui a l’habitude de se regarder le nombril pour expliquer le monde, Brune Poirson est une agréable exception française.

Il lui est souvent reproché sa jeunesse. Au pays de Corneille, on le sait, « la valeur n’attend pas le nombre des années ». Au pays du plus jeune président de la Vème république aussi.

Un autre avantage est non des moindres : Alors que seule l’incompétence notoire de Marlène Schiappa ne fait pas figuration, nommer une femme numéro deux du gouvernement permettrait d’anmorcer un début de commencement de rééquilibrage paritaire dans un pays où le Président de la République, le Président du Sénat, le Premier Ministre, le Président de l’Assemblée Nationale, le Président du Conseil Economique Social et Environnemental, le Président du Conseil Constitutionnel, le vice-Président du Conseil d’Etat sont des hommes.

Le choix progressiste consisterait à rechercher non plus dans le monde politique mais dans la société civile, celle ou celui qui succèdera à l’erreur de casting François Henri Goullet de Rugy.

  • Aurore Lalucq serait certainement une excellente alternative : Directrice de l’Institut Veblen, Aurore Lalucq est une éminente spécialiste, mondialement reconnue, de la monétisation de la nature. Certes, Aurore Lalucq vient juste d’intégrer le monde politique en se faisant élire au Parlement Européen sous la liste hybride Place Publique. Aurore Lalucq serait pourtant bien plus utile à la France et à l’Europe en dirigeant le ministère de la Transition Ecologique et Solidaire.

Aurore Lalucq : "On ne peut pas compenser la destruction de la nature" © Mediapart

  • Pour une approche moins économique et plus technique, l’excellent Nicolas Meilhan, ingénieur diplômé de l'Ecole Spéciale des Travaux Publics, du Batiment et de l'Industrie et du Massachusetts Institute of Technology serait une addition judicieuse au gouvernement d’Edouard Philippe.

L'énergie des conflits, les conflits de l'énergie © Thinkerview

Au XXIème siècle, la recherche d’un ministre n’a pas à se limiter à la France. L’écologie n’est pas un sujet national. Et toute solution proposée devrait pour le moins être européenne.

Avoir un ministre de la transition écologique et solidaire ressortissant d’un pays européen serait une innovation salutaire.

La liste est certainement longue. La seule condition, au-delà des trois critères précités, serait la maîtrise de la langue de Molière.

Pour cela, il faudrait qu’Emmanuel Macron se rappele qu’il est l’autreur d’un livre intitulé « Révolution ». 

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En ce jour de commémoration révolutionnaire, puisse le jeune révolutiuonnaire Emmanuel Macron se souvenir des mots d’un autre jeune révolutionnaire Georges-Jacques Danton.

Aujourd’hui, la planète, comme la patrie hier, est en danger. Les lobbies sont les ennemis de la patrie.

« Pour les vaincre », s’écriait Danton,

 « il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée ».

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